Jérusalem: Israël ne respecte pas ses promesses envers la communauté chrétienne
Jacques Berset, agence Apic
Jérusalem, 26 mars 2004 (Apic) Depuis maintenant 3 ans, en violation flagrante de l’Accord fondamental signé le 30 décembre 1993 avec le Vatican, les autorités israéliennes refusent d’octroyer des visas à des dizaines de prêtres, séminaristes, étudiants et religieuses catholiques. A terme, c’est la présence chrétienne qui est remise en question. «Israël tue les communautés chrétiennes à petit feu», de l’avis de maints responsables chrétiens sur place.
Israël traîne en effet les pieds pour garantir un statut juridique aux communautés chrétiennes, ce qui devrait être fait en vertu de la reconnaissance de l’Etat d’Israël par le Vatican. Les tentatives récurrentes de taxer fiscalement les propriétés des couvents – qui sont pourtant sans revenus – sont également dénoncées. Dans les faits, cela signifierait quasi automatiquement la disparition d’Israël et de Jérusalem de congrégations comme les bénédictins, les carmélites, les dominicains. Pour le moment, «le Saint-Siège nous demande de ne pas payer et nous avons des arriérés énormes», révèle le responsable d’une communauté à Jérusalem.
Conséquence: la présence des religieux et religieuses en Terre Sainte est menacée, tandis que nombre de fidèles et plus d’un responsable chrétien local sont de plus en plus ulcérés par le silence de la représentation diplomatique du Saint-Siège à Jérusalem.
«Naïveté chrétienne incroyable»
Malgré les promesses faites jusqu’ici au Saint-Siège, Israël n’a toujours pas octroyé un statut juridique qui garantirait notamment les propriétés chrétiennes et l’existence des communautés chrétiennes. Après des protestations auprès de diplomates et de responsables, la situation s’est cette année arrangée pour l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem, dont la survie était menacée par le refus de visas pour ses étudiants.
«Nous restons cependant solidaires des autres institutions qui vivent ce problème de façon permanente», a précisé le 26 mars à l’Apic le Père Jean- Michel Poffet, directeur de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem. L’an dernier à Pâques, le dominicain fribourgeois lançait un cri d’alarme dans les colonnes de «La Liberté»: «Le refus des visas menace la survie des institutions chrétiennes de Terre Sainte». Un an après, en ce qui concerne la prestigieuse institution qu’il dirige, les choses ont été réglées. «Mais les franciscains sont en attente d’une cinquantaine de visas. Des religieuses sont également concernées. Les chrétiens de Terre Sainte viennent des territoires palestiniens ou de Jordanie, et pour eux, les visas sont très difficiles à obtenir». La situation est intolérable: une provinciale à Jérusalem ne peut même pas assister une de ses religieuses mourantes à Bethléem.
«Cela fait plus de dix ans que la commission bipartite mise sur pied par le Saint-Siège et l’Etat d’Israël pour préciser le statut juridique des communautés chrétiennes se réunit sans aucun résultat. En reconnaissant Israël, on pensait obtenir de la bonne volonté de la part d’Israël, mais on a été visiblement d’une naïveté incroyable», note un autre responsable religieux à Jérusalem.
La situation est «hallucinante»: des religieux forcés à la clandestinité
Le Père David Jaeger, un franciscain d’origine juive, fait partie de la commission bipartite. Il est amer, et demande que la communauté internationale fasse pression sur les autorités israéliennes: «C’est une situation hallucinante, le problème est très grave et les promesses faites jusqu’ici par les hauts responsables du gouvernement n’ont pas été tenues», déclare-t-il à l’agence AsiaNews. Le Père David Jaeger, porte-parole de la Custodie franciscaine de Terre Sainte, dénonce lui aussi les graves problèmes provoqués par les restrictions persistantes imposées par les autorités israéliennes à la délivrance de visas d’entrée et au renouvellement des permis de séjour aux personnels ecclésiastique et aux religieux oeuvrant en Israël.
Le phénomène, déjà décrit il y a un an dans un rapport rédigé par la Commission «ad hoc» instituée par l’Assemblée des ordinaires de Terre Sainte, concerne désormais plusieurs dizaines de prêtres, de religieux et de religieuses, qui vivent dans des conditions de clandestinité, bien qu’ils soient présents depuis des années en Israël ou dans les Territoires occupés.
C’est la première fois en près de 50 ans que le gouvernement israélien refuse ces dernières années le renouvellement des visas à des centaines de religieuses, religieux et séminaristes. La suspension des visas met également en question l’Accord fondamental entre le Saint-Siège et Israël, signé il y a dix ans et qui reconnaît le droit de l’Eglise de déployer son personnel et ses institutions. A ce jour, les appels des responsables de l’Eglise catholique lancés aux autorités israéliennes ont été inutiles, car celles-ci n’ont fait que de vagues promesses, note le Père Jaeger.
Tristesse et frustration des chrétiens locaux
«Face aux difficultés que doivent affronter les chrétiens locaux, il n’y a jamais une parole pour eux de la part de ceux qui ici devraient les consoler; ils ne comprennent pas le silence du représentant du Vatican sur place. Pourquoi n’y a-t-il pas de dénonciation de la part du nonce, jamais une parole forte, c’est choquant», relèvent plusieurs interlocuteurs. C’est, peut-on entendre auprès de maints responsables chrétiens à Jérusalem, un sentiment de «tristesse et de frustration» qui domine désormais chez les chrétiens locaux qui se sentent abandonnés par tous. (apic/be)
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