Rome: Réactions autour du message Urbi et Orbi de Jean Paul II contre le terrorisme
Rome, 14 avril 2004 (Apic) Le sacré collège et les politiques italiens ont fait dans l’ensemble bon accueil au message Urbi et Orbi de Jean Paul II du 11 avril 2004, dans lequel le pape invitait à «résister au phénomène inhumain et malheureusement répandu du terrorisme». Les réactions ont été nombreuses et variées, du reste publiées par la presse, y compris celles de la Ligue du Nord, qui embouche son refrain anti-musulman.
«Une chose m’a touché dans le discours du pape, le rappel au courage, à la force. Cela veut dire un rappel à l’espérance qui trouve son apogée dans la foi dans le Christ ressuscité», a affirmé le cardinal Georges Cottier sur les ondes de Radio Vatican, le 13 avril 2004. «La formule du ’courage du pardon’ à la fin du message Urbi et Orbi m’a saisi», a poursuivi le théologien de la maison pontificale, pour lequel le fait que le thème du pardon «puisse avoir aussi des réflexions politiques est une idée très neuve devant pénétrer la mentalité de tous les chefs». «Réaliser ce pas (.) est difficile, mais me semble très riche d’espérance», a-t-il ajouté, expliquant aussi que «l’un des dommages les plus grands produits par le terrorisme est de maintenir l’humanité – au moins les pays les plus menacés – dans la peur».
De son côté, le cardinal Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, a déclaré au «Corriere della Sera» du 11 avril 2004: «Je la comprends bien cette peur diffuse parmi les gens, moi-même je suis touché d’une certaine façon. Je comprends cette situation de grande peine, d’égarement, d’angoisse, et comment tout cela peut engendrer un défi suffisamment radical pour devenir un véritable désespoir. Il semble vraiment que le mal soit victorieux du bien, incontestablement». Mais le cardinal d’ajouter que «l’élément central de la foi chrétienne nous dit que le mal n’aura pas le dernier mot dans l’histoire : ce sera le bien qui aura le dernier mot.»
Saut culturel
Reprenant les paroles du pape sur le pardon, le cardinal italien a expliqué que «nous sommes appelés à réaliser un saut culturel, parce que le pardon n’est pas seulement un fait éthique individuel (.), mais qu’il concerne aussi les rapports entre les groupes et les peuples, alors le pardon devient une force politique». «Selon moi, ce point est nouveau dans le magistère de Jean Paul II: justement parce qu’il saisit la valence politique du pardon. Le pape demande que cette force soit assumée par les responsables des nations et puisse recevoir un accueil qui prenne réellement forme en termes juridiques et légaux, dans les pourparlers internationaux, dans les négociations pour faire cesser ces guerres: le pardon est une stratégie politique», a-t-il poursuivi.
«Le croyant comme l’homme de bonne volonté est appelé à dépister en lui l’esclavage qui le fait devenir égoïste jusqu’à instrumentaliser l’autre. Il s’agit de viser haut : reconnaître la dignité de chaque être humain et donc l’égalité de tous les hommes, le refus de toute discrimination», a conclu le cardinal archevêque de Milan, avant de lancer dans son homélie pascale, que «la paix tant désirée doit certainement venir de l’engagement et de la responsabilité de beaucoup».
Le message du pape sur le terrorisme a obtenu un large consensus auprès de la majorité parlementaire italienne, comme on peut le lire dans La Stampa et dans le journal «Avvenire» du 13 avril 2004. L’Italie, engagée militairement en Irak, est l’une des cibles du terrorisme.
La haine du parti de Bossi, ministre du gouvernement Berlusconi
En revanche, le parti de la Ligue du nord s’est une nouvelle fois fait remarquer par ses propos provocateurs. Fin février 2004 déjà, Umberto Bossi, président de ce parti et ministre du gouvernement italien, avait déjà critiqué le financement de l’Eglise en Italie et jugé inquiétants les quelques mots prononcés par Jean Paul II en dialecte romain, le 26 février 2004.
«Belles paroles, mais le pape ne nous prend plus sur le terrorisme», a ainsi déclaré Roberto Calderoli, l’un des premiers responsables de la Ligue du nord. «L’esprit chrétien est peu productif quand il a à faire à des individus pour qui la mort de l’adversaire religieux et leur propre mort permettent d’atteindre le paradis», a-t-il poursuivi. «La religion de la haine doit être combattue avec le bâton. Le monde musulman a déjà reçu trop de carottes du monde occidental, et en voilà les résultats», a-t-il conclu. Pour ce parti nationaliste, les mosquées sont en effet des «centres de propagation de la haine en occident».
La réaction à ces propos ne s’est pas faite attendre. Elle vient de «L’Osservatore Romano: «Malheureusement, une fois de plus, on a observé un cas, même si isolé, de manque de respect au Saint-Père. Peut-être qu’il serait bon que quelqu’un apprenne à retrouver un peu de sérieux et d’intelligence avant de manifester des jugements insensés sur les discours du pape». (apic/imedia/pr)
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