Fribourg: Les grands rassemblements ont transformé la pastorale des jeunes

APIC interview

Evénement de masse ou accompagnement de groupes: le dilemme

Bernard Bovigny, de l’Apic

Fribourg, 16 avril 2004 (Apic) JMJ internationales ou romandes, rassemblement national des jeunes avec le pape, rencontre européenne de Taizé, week-end «Prier-Témoigner», festival Maranatha, . Il ne se passe pas une année sans que deux ou trois importants rassemblements ne touchent les jeunes du canton de Fribourg, tout comme ceux des autres cantons romands d’ailleurs. Comment ces événements ont-ils transformé la pastorale des jeunes? Le point avec Stéphane Currat, responsable de Formule Jeunes dans le canton de Fribourg, à moins de deux mois du rassemblement national des jeunes avec le pape les 5 et 6 juin à Berne.

Stéphane Currat travaille pour Formule Jeunes depuis sept ans, dont quatre comme responsable cantonal. Ce père de famille, âgé de 30 ans, s’est orienté vers cet engagement au service de l’Eglise catholique après un apprentissage de facteur d’orgues suivi d’une activité d’éducateur auprès de handicapés à Bulle.

Apic: Tous ces rassemblements ont passablement modifié la donne au niveau de vos activités .

S.C: Oui, cela a donné une nouvelle couleur à une partie de notre pastorale. Mais cela a aussi créé parfois des tensions entre les animateurs. Nous nous demandons justement quelle place doivent prendre ces événements dans notre pastorale. Ils proviennent d’instances extérieures au canton, comme le pape, la communauté de Taizé, les évêques suisses, . et nous devons les intégrer dans notre pastorale. Avec la fréquence des JMJ internationales et romandes, il n’y a pas une année de répit.

Apic: Et pourquoi est-il difficile d’intégrer ces événements dans votre programme?

S.C: Ils répondent à certains besoins, mais pas à tous. Des jeunes ont plaisir à participer à ces rassemblements de masse, certains sont attirés par l’idée de rencontrer des jeunes de différents pays ou par la figure de Jean Paul II.

Mais dans notre pastorale de proximité, nous atteignons une toute autre tranche de jeunes, qui entreprennent un cheminement plus personnalisé, dans des groupes paroissiaux.

Nous sommes donc en face de deux types de pastorale. Quelle place donner, dans le cadre de Formule Jeunes, à ces rassemblements et quelle place aux groupes de jeunes? Nous pourrions, si nous le voulons, organiser uniquement une pastorale basée sur ces événements. Mais nous ne tenons pas à abandonner la pastorale des groupes de jeunes. Et je sais que ces questions touchent également les responsables de jeunes des autres cantons romands.

Apic: Concrètement, comment Formule Jeunes a-t-il géré la rencontre nationale des jeunes avec le pape?

S.C: C’est un événement pour lequel notre collaboration a été sollicitée et nous y participons. Formule Jeunes est répondant de cet événement pour la partie francophone du canton de Fribourg. Nous avons délégué une animatrice, Bernadette Lopez, au comité romand du rassemblement. C’est elle qui assure le suivi. Et chaque animateur a fait passer l’information dans les paroisses, équipes de jeunes et aumôneries de sa région.

Par ailleurs, ce type de rassemblement attire les prêtres et agents pastoraux laïcs. Nous profitons de cette occasion pour créer des contacts avec eux.

Apic: Avez-vous perçu, dans vos groupes de jeunes, des réactions «anti- romaines» face à la présence du pape à Berne?

S.C: Pas du tout, je n’ai pas rencontré de telles réactions du côté des jeunes. Des agents pastoraux seront même davantage motivés si le pape est présent. Et cela peut influencer la motivation des jeunes.

Apic: La participation à des grands rassemblements incite-t-elle les jeunes à poursuivre un cheminement dans un groupe?

S.C: Justement pas, et c’est ce qui nous pose question. Mais le Valais, dans ce domaine, constitue une exception. De nombreux groupes de prière ont éclos à la suite des JMJ. Mais sur Fribourg, nous n’avons pas assisté à un «effet JMJ» dans notre pastorale. Ces événements touchent beaucoup de jeunes, qui participeront volontiers au suivant, mais ne chercheront pas à creuser les questions de la foi en équipe, ou alors dans les communautés initiatrices de ces rassemblements, comme le groupe Maranatha animé par les Carmes ou le Verbe de Vie à Pensier.

Un exemple pour illustrer cette difficulté: trois animateurs de Formule Jeunes ont accompagné la délégation fribourgeoises aux JMJ du Grand Jubilé 2000 à Rome. Le groupe a vécu une rencontre formidable à Vérone et a même invité des Véronais après coup dans l’Intyamon. Tout s’est bien passé, mais il n’y a eu aucune suite. Cela a été décevant par rapport à tout ce que nous avons investi.

Apic: Et qu’en retirez-vous?

S.C: Nous ne pouvons pas investir partout. Rencontres européennes de Taizé, JMJ romandes et mondiales, rencontre nationale des jeunes, «Prier- Témoigner», Festival Maranatha, . Nous pourrions pratiquement arrêter nos activités dans les paroisses et nous lancer dans la participation à ces manifestations. Mais ce n’est pas notre optique.

Apic: Où trouve-t-on des groupes de jeunes issus dans paroisses dans la partie francophone du canton?

S.C: Entre la Gruyère, la Glâne, la Broye et la région de Fribourg, il y en a une quinzaine. La plupart sont issus de la confirmation. Formule-Jeunes intervient vers la fin du parcours de préparation, ou lors des retrouvailles après la confirmation, pour proposer à ces jeunes de poursuivre librement leur cheminement. Des groupes démarrent, certains s’arrêtent au bout de deux trois séances, parfois aucun des confirmés ne désire continuer la réflexion: nous avons toutes sortes de réponses à notre offre.

Parfois, les animateurs de Formule-Jeunes se demandent s’il faut poursuivre ce type d’activité. Nous avons l’impression de tirer le groupe au point que rien ne se passerait si n’avions pas nous-mêmes la flamme. Il faut parfois courir après les jeunes pour les motiver. Une autre option serait d’offrir notre présence là où les jeunes sont eux-mêmes présents. D’axer par exemple notre action davantage sur les écoles, la rue ou les lieux de rencontre des jeunes.

Apic: Et dans vos groupes paroissiaux, qu’est ce qui intéresse les jeunes actuellement?

S.C: Ils sont surtout motivés par l’envie de se retrouver. Et même s’ils se voient dans d’autres cercles et sortent ensemble le week-end, le groupe leur offre une occasion de discuter plus à fond. Les thèmes peuvent être très divers. Nous partons en général de ce qu’ils vivent et de ce qui leur pose question. Ils sont également motivés par les actions caritatives, et par d’autres initiatives sortant de l’ordinaire: spectacle monté par eux, animations paroissiales, marche au clair de lune avec d’autres groupes de jeunes, .

Apic: Et comment parler du Christ aux jeunes d’aujourd’hui?

S.C: Il n’y a pas de méthode unique, qui fonctionnerait avec tous les jeunes. Cela dépend du cadre et de ceux à qui l’on s’adresse. Certains événements constituent des occasions évidentes de parler du Christ, comme la fête de Pâques, mais en général nous partons de ce qu’ils vivent ou de ce qui les intéresse, et la Parole de Dieu peut éclairer ce vécu ou ce thème.

Une réflexion entreprise à Formule Jeunes a défini notre méthode d’animation en quatre phases:

– rejoindre les jeunes où ils sont,

– les accompagner au niveau humain,

– puis révéler le Christ déjà présent en eux,

– les aider à grandir aux niveaux humain et spirituel.

En fait, ce chemin n’est pas toujours facile à réaliser dans nos groupes de jeunes.

Je pense que les aumôniers en milieu scolaire oeuvrent sur un terrain plus propice à la réflexion. Ils ont la possibilité de rejoindre les jeunes dans un milieu de vie, l’école, avec son lot de relations humaines, de projets de vie, de violence aussi.

Apic: Quels conseils donneriez-vous à un prêtre qui vous dit: «Les jeunes désertent ma paroisse. Que faire pour les approcher?»

S.C: Je dirais d’abord que c’est un état de fait à accepter. Il ne faut pas attendre des jeunes qu’ils s’investissent en milieu paroissial. Ils ont besoin de vivre des projets entre eux, adaptés à eux, y compris au niveau de la messe. La confirmation constitue encore un lien entre les jeunes et la paroisse, mais ça ne va souvent pas plus loin.

Je regrette que l’on fasse parfois appel aux jeunes de façon utilitaire, en leur proposant par exemple de préparer les reposoirs de la Fête-Dieu, . Intégrer des jeunes dans la paroisse, c’est leur laisser s’exprimer à leur manière, donner une certaine liberté pour «chambouler» la liturgie, ou proposer des occasions de réflexion ou d’engagement adaptés à eux. Bref: leur donner une place dans la communauté. BB

Encadré:

Pastorale des jeunes dans le canton de Fribourg

Trois organes travaillent ensemble pour la pastorale des jeunes dans la partie francophone du canton de Fribourg: Formule Jeunes, la fondation «Shalom» et l’association «Au Carrefour».

Formule Jeunes regroupe les cinq animateurs professionnels, pour 3,8 postes, et de nombreux bénévoles qui s’occupent de:

– l’animation d’après-confirmation, notamment en fondant des groupes de jeunes dans les paroisses,

– la gestion d’un centre d’accueil en ville de Fribourg, «Au Carrefour» avec entre autres de la pastorale de rue, et de nombreuses activités,

– la coordination de la pastorale des jeunes dans le canton. Dans ce cadre là, Formule Jeunes organise et gère un programme d’activités avec des week- ends pour les ados et les jeunes, camps d’été, formation pour animateurs bénévoles, …

La Fondation Shalom met à disposition de Formule Jeunes une maison pour l’accueil de groupes de jeunes à Echarlens, en Gruyère.

L’Association Au Carrefour met à disposition de Formule Jeunes le centre «Au Carrefour», pour l’accueil des jeunes de Fribourg.

Pratique: Formule Jeunes, Av. Général Guisan 18a, 1700 Fribourg – internet: www.formulejeunes.ch

(apic/bb)

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