Jean Paul II demande aux historiens d’être moins subjectifs

Rome 50e anniversaire du Comité pontifical des sciences historiques

Rome, 18 avril 2004 (Apic) « L’ignorance de son propre passé conduit fatalement à une crise et à la perte de son identité et de celle des communautés », a déclaré Jean Paul II dans son message au président du Comité pontifical des sciences historiques, Mgr Walter Brandmüller, pour le 50e anniversaire de l’institution, le 17 avril 2004.

Jean Paul II demande aux historiens d’être « moins subjectifs », pour aider au rapprochement entre les peuples. Le souverain pontife a ainsi appelé les historiens à travailler à « des enquêtes historiques libres de tout préjugé », les invitant à étudier avant tout « la documentation scientifique », pour « abattre les barrières existant entre les peuples ».

Selon le pape, « de lourdes barrières se sont élevées entre les peuples au cours des siècles à cause de la partialité de l’historiographie et du ressentiment réciproque », a poursuivi le pape, appelant à travailler à l’écriture d’une histoire comparée des événements, afin de pouvoir les apprécier à leur juste valeur.

Ce chemin est aussi tracé pour l’Eglise, elle-même »phénomène historique », qui a « toujours encouragé la science historique ». « L’Eglise est soucieuse de toujours mieux connaître sa propre histoire ». C’est pourquoi, Jean Paul II a exhorté les candidats au sacerdoce à approfondir leur connaissance des langues latine et grecque, afin que « l’accès aux fonds de la tradition de l’Eglise leur soit possible ».

Mgr Walter Brandmüller, président du Comité pontifical des sciences historiques, a lui aussi traité « du déclin des langues anciennes depuis cinquante ans », dans son discours lors de la cérémonie officielle qui s’est tenue au palais de la chancellerie, à Rome, le 16 avril 2004 au soir.

Langues anciennes: sauvetage culturel

« Une science qui se réfère exclusivement aux traductions des textes latins et grecs ne mérite pas le nom de science », a déclaré le prélat allemand. Cette connaissance des langues anciennes n’est plus, pour le président du Comité pontifical, que l’apanage d’une minorité. Il appelle ainsi le Comité à poursuivre son oeuvre pour « ce sauvetage culturel ».

Le Comité pontifical des sciences historiques a réussi à faire adopter une résolution unanime en ce sens par le dernier Comité international des sciences historiques tenu à Amsterdam, malgré quelques résistances, a souligné Mgr Brandmüller. Cette résolution invite les Etats à s’aligner sur l’objectif des scientifiques afin d’aider au renouveau de l’étude des langues anciennes. Pour mener ce combat, a annoncé Mgr Brandmüller, le Comité a décidé d’instituer un prix pour le meilleur article de presse ayant pour objectif de souligner « l’importance vitale des langues anciennes ».

Le président du Comité pontifical a aussi lancé un appel aux évêques pour que les jeunes prêtres puissent plus facilement se dédier à l’étude de l’histoire de l’Eglise et à la recherche historique. En effet, « l’histoire de l’Eglise est une composante essentielle des disciplines théologiques.

L’oecuménisme des historiens

Par ailleurs, le président du Comité pontifical a tenu à souligner le rôle oecuménique de son institution. Ainsi, il a rappelé les liens amicaux qui unissent l’institution pontificale et l’Académie russe des sciences, en particulier son Institut pour l’histoire universelle, ainsi que l’Institut national d’histoire byzantine d’Athènes. Un colloque commun au Comité pontifical et à l’institut grec, sur la prise de Constantinople par les croisés en 1204, doit se tenir sur l’île d’Andros à la fin mai 2004.

Mgr Brandmüller espère que « l’oecuménisme des historiens contribuera toujours plus à l’oecuménisme entre les chrétiens ». « Cette espérance est fondée sur le fait que les divisions entre les Eglises ont souvent été causées par des facteurs politiques, psychologiques et économiques, davantage que par des faits religieux. Plus les circonstances et les causes de ces phénomènes pourront être étudiées et portées à la lumière, de façon impartiale et sans préjugé, plus la voie vers l’unité perdue sera retrouvée », a conclu le président du Comité pontifical des sciences historiques. Il a rappelé que son institution avait été créée en 1954 par Pie XII pour contrer les historiens marxistes, mais aussi pour lutter contre les tendances apologétiques de l’Eglise catholique.

L’Eglise n’est pas infaillible

Quant au cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, qui présidait la cérémonie officielle du 50e anniversaire du Comité, le 16 avril 2004, il a centré son homélie sur le travail de l’historien face à l’institution ecclésiale et à ses erreurs.

« L’Eglise est faite d’hommes et non d’anges, a déclaré le cardinal, et chaque homme a ses limites et est assujetti à l’erreur et au péché. Mais cette caractéristique fait toujours plus émerger, aux yeux des chercheurs, le mystère de l’Eglise et les fait s’interroger sur la force intérieure qui l’anime et sur la pérennité de cette institution à travers les siècles. Ainsi, les études des historiens explorant l’oeuvre de l’Eglise et de ses pontifes, sont toujours les bienvenues », a conclu le secrétaire d’Etat, qui a par ailleurs inauguré le site internet du Comité (accessible par le www.vatican.va).

Ce 50e anniversaire du Comité pontifical des sciences historiques a enfin été l’occasion de rappeler à plusieurs reprises, « l’importance pour la science historique et pour la crédibilité du Saint-Siège de l’ouverture progressive des archives du Vatican. Nous n’avons pas peur de la publicité de nos documents », a réaffirmé Mgr Brandmüller, reprenant les propos du pape Léon XIII (1878-1903). (apic/imedia/vb)

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