Italie: Un prêtre qui s’est élevé publiquement contre la mafia remis au pas
Rome, 21 avril 2004 (Apic) Un prêtre napolitain qui s’est élevé publiquement contre la mafia a été remis au pas. Selon le cardinal Michele Giordano, archevêque de Naples, l’Eglise n’a pas pour rôle de « suppléer les devoirs incombant aux institutions » dans la lutte contre la Camorra (la mafia) dans la capitale de la Campanie.
Dans un entretien accordé au quotidien catholique Avvenire, le 21 avril 2004, le cardinal Giordano réagit aux propos de l’un des jeunes prêtres de son diocèse contre la mafia locale. « Le devoir de l’Eglise est d’éduquer à la loi morale à travers le catéchisme et la direction des familles. Mais un prêtre n’a pas à faire le policier », a déclaré le cardinal au journal italien. Pour l’archevêque, l’Eglise a le devoir d’éduquer les consciences et non celui de palier « le désert des institutions » contre le crime organisé, sous peine de tentation « césaropapiste ».
Dans cette perspective, « le sens de la loi n’est pas une valeur qui s’improvise, mais au contraire, elle exige un long et consciencieux processus éducatif », explique l’archevêque de Naples. Par le catéchisme, la charité et ses associations « l’Eglise enseigne que la fidélité aux lois civiles est une fidélité à l’homme et à Dieu », poursuit le prélat.
« Remettre un peu de peur de Dieu dans les consciences »
« Les membres de la camorra ne sont pas inconnus. Ce sont des personnes dont les enfants rencontrent nos communautés », remarque le cardinal qui donne la solution de l’Eglise à cette violence: l’évangélisation. « Si des phénomènes sociaux urbains malsains se perpétuent, c’est que nous n’avons pas assez évangélisé. Nos églises sont pleines, très nombreux sont ceux qui viennent à la messe. Peut-être serait- il nécessaire de remettre un peu de peur de Dieu dans les consciences », constate le cardinal Giordano.
L’archevêque de Naples réagissait à l’appel lancé par Luigi Merola, jeune prêtre du quartier de la Forcella à Naples, où la jeune Annalisa Durante a été tuée par une balle perdue lors d’un combat de rue entre deux clans de la Camorra, le 27 mars 2004. Lors des funérailles, le prêtre de 32 ans avait alors appelé le quartier à se soulever contre les groupes mafieux. Il avait ensuite reçu des menaces de mort et ne se déplaçait plus sans escorte.
Après cette dangereuse incartade, le curé de Forcella s’est soumis à son évêque qui est venu à son aide. « Don Luigi est admirable, mais il s’est retrouvé seul. Il a dû tenir lieu de maire, de questeur et de préfet », a souligné le cardinal Giordano. Quant à l’intéressé, il a affirmé, « le cardinal a pleinement raison. Il n’existe pas de prêtre anti-camorra. Il existe des prêtres qui s’occupent des consciences des hommes et des femmes ». (apic/imedia/be)
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