Appel aux peuples à vider les rancoeurs et à se pardonner

Côte-d’Ivoire: Fin de la première rencontre des évêques ivoiriens et burkinabés

Abidjan, 27 avril 2004 (Apic) Les évêques de Côte d’Ivoire et du Burkina- Faso ont déploré les conséquences de la crise politico-militaire ivoirienne sur les populations des deux pays. Dans un message publié à l’issue d’une rencontre de 4 jours (22-25 avril) à Abidjan, ils appellent les dirigeants à combattre l’injustice et l’impunité, à mettre la transparence dans la gestion de nos ressources économiques, sans oublier les pauvres et les marginaux », a rapporté le quotidien ivoirien, « Le Patriote ».

« L’entente fraternelle qui existait entre les deux peuples a été sérieusement ébranlée au point que Burkinabés et Ivoiriens, naguère frères, cultivent maintenant la méfiance, chacun pointant vers l’autre un doigt accusateur », ont souligné les évêques des deux pays, accompagnés de l’archevêque de Bamako, représentant l’épiscopat du Mali. Selon eux, le manque de respect des droits humains a occasionné de part et d’autre les humiliations, les frustrations, les injustices et bien d’autres souffrances. « Il est évident que les deux peuples et l’ensemble de la région souffrent énormément de cette crise aux conséquences dramatiques pour les uns et pour les autres ».

Les évêques ont rappelé que les peuples burkinabé et ivoirien sont unis tant par l’histoire que par la géographie. Leurs pays, situés tous deux dans la partie ouest de l’Afrique, « occupent les deux versants d’une frontière commune longue de plus de deux cents kilomètres ». « Nous sommes condamnés à vivre ensemble, donc à nous vider de nos rancoeur, à nous pardonner mutuellement et sincèrement, convaincus que l’amour du Christ élevé sur la croix surpasse toutes les contradictions humaines et attire tous les hommes à Dieu qui est paix et réconciliation ».

Retrouver la fraternité entre les deux peuples

« Notre volonté manifeste de vivre ensemble par-delà les frontières dans la confiance, dans l’amour et la vérité doit vous entraîner dans le sillage de la fraternité retrouvée », ont-ils poursuivi à l’égard des peuples ivoiriens et burkinabé. Aussi, ont-ils invité les deux communautés « à cultiver la concorde et l’entente par des jumelages, des partenariats. « Nous nous adressons, en ce temps pascal, aux deux peuples pour les inviter à la repentance, au pardon, à la réconciliation et à la paix afin que brille dans le ciel ivoiro-burkinabé le soleil radieux du Christ ressuscité qui illumine nos coeurs ». « Nous invitons les chrétiens à la prière et à l’engagement pour la paix et la réconciliation vraie, ont-ils poursuivi. Nous invitons nos dirigeants à se rencontrer et à dialoguer pour le bien de nos peuples, à combattre l’injustice et l’impunité, à mettre la transparence dans la gestion de nos ressources économiques, sans oublier les pauvres et les marginaux ».

Ne pas se laisser manipuler par les puissances économiques étrangères

« Que nos leaders politiques ne se laissent pas manipuler par les puissances économiques étrangères, qu’ils soient des hommes de vérité, qu’ils aient le souci des peuples », ont encore poursuivi les évêques burkinabé, ivoirien et l’archevêque de Bamako.

« A tous les protagonistes et à tous ceux qui sont impliqués », ils ont demandé de bannir la violence, « en privilégiant le dialogue pour résoudre les problèmes », de considérer la souffrance des peuples et de se libérer « des manipulations souterraines ». Aux forces de défense et de sécurité, aux rebelles ivoiriens des Forces Nouvelles, les prélats ont recommandé de faire « preuve d’humanité dans l’exercice de leur fonction que nous reconnaissons parfois difficile ». « Qu’elles renoncent au racket qui ne fait pas honneur à nos nations! A la suite du prophète Jean-Baptiste, nous leur disons : « contentez-vous de vos salaires et de vos indemnités », ont-ils notamment indiqué.

Afin de donner une suite concrète à leur appel à la réconciliation, les évêques ont décidé d’organiser un pèlerinage catholique pour les deux pays à la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro au mois d’août 2004. Les assises de la conférence des évêques du Burkina-Faso, de Côte- d’Ivoire et de l’archevêque de Bamako ont eu lieu à Abidjan, au secrétariat général de la Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (Cerao).

Profondeur des blessures réciproques

« En se lançant dans cette démarche de réconciliation, les deux épiscopats n’ignorent pas la profondeur des blessures réciproques », a notamment souligné l’archevêque d’Abidjan, le cardinal Bernard Agré. « Nous savons la permanence de certaines poches de résistance à voir une nouvelle page s’ouvrir. Nous savons comment les mémoires revêches comme imprimées sur des disques durs, restent promptes à reparaître sans cesse sur les écrans de nos ordinateurs intérieurs », a-t-il dit encore.

Selon « Fraternité Matin », un autre quotidien ivoirien, les évêques ont chargé le nonce apostolique, Mgr Mario Zénari, de dire « au pape de s’impliquer dans la résolution de la crise ivoirienne ». La demande a été formulée lors d’un repas par Mgr Vital Komenan Yao, président de la Conférence Episcopale de la Côte d’Ivoire et son homologue du Burkina- Faso, Mgr Philippe Ouédraogo. « Le pape prie sans cesse pour la paix dans le monde, dans son message de Pâques, il a mentionné l’Irak, l’Afrique, la Palestine. Dites-lui qu’en Afrique, les pasteurs essayent d’aller avec lui dans le combat pour la paix. Pour un monde toujours fraternel. Pour ce qu’il appelle la civilisation de l’amour », ont indiqué les présidents des deux conférences épiscopales. (apic/ibc/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/cote-d-ivoire-fin-de-la-premiere-rencontre-des-eveques-ivoiriens-et-burkinabes/