Paris: Canonisation de Mère Marie et de quatre autres exilés russes orthodoxes
Paris, 28 avril 2004 (Apic) Le 2 mai, à Paris, la cathédrale russe Alexandre-Nevsky accueillera la glorification solennelle de cinq orthodoxes de l’émigration russe, canonisés le 16 janvier dernier par le patriarche oecuménique de Constantinople. Il s’agit du père Alexis Medvedkov, de Mère Marie Skobtsov, figure emblématique, fondatrice, à Paris, de l’Action orthodoxe, et de trois de ses proches : son fils Youri Skobtsov, le père Dimitri Klépinine ainsi que Elie Fondamensky.
Tous, excepté le père Medevdkov, sont morts dans les camps de concentration nazis parce qu’ils avaient sauvé des juifs. Dans son livre d’entretiens avec le correspondant de l’Apic Jean-Claude Noyé (1), le théologien orthodoxe Olivier Clément a dit la haute estime qu’il avait pour Mère Marie, «image et l’exemple de l’amour créateur». En voici les principaux extraits.
Une femme d’un grand rayonnement
Geneviève De Gaulle, qui a été sa compagne de déportation au camp de Ravensbrück, où mère Marie est morte gazée en 1945, a été frappée par la qualité de cette femme. Elle avait un grand rayonnement, elle apaisait les gens (.). Elle tenait de petits cercles autour d’elle, sur sa paillasse, lisant et commentant à l’occasion un passage de l’Evangile ou d’une épître extraits d’un «Manuel du Chrétien» que quelqu’un avait pu sauver de la fouille.
Une histoire mouvementée
Née en 1891 dans une famille de la noblesse qui possédait un domaine à Anapa, au bord de la mer Noire, Mère Marie a donné toutes ses terres aux paysans quand la Révolution est arrivée (.) Pendant la Révolution russe, elle a adhéré au parti «socialiste-révolutionnaire» (.) Elle a reçu l’ordre de ce parti d’assassiner Trotski, ce qu’elle a refusé de faire. Elle a finalement été obligée d’émigrer à Paris avec son deuxième mari, où elle s’est fixée (.). En 1932, elle a obtenu le divorce et fait sa profession monastique. Ses enfants sont repartis en Russie et elle a perdu une fille qu’elle aimait beaucoup. Elle est allée rencontrer le métropolite Euloge, à la tête de l’Eglise russe en Occident. Il lui a dit : «Vous serez comme Marie l’Egyptienne. Vous avez eu une vie orageuse comme elle. Maintenant vous allez vivre comme elle.» Elle a répondu : «Oui, mais je ne veux pas aller dans un monastère, je veux m’occuper des plus abandonnés, des plus misérables.».
Une moniale libre
Mère Marie a aussi obtenu la possibilité de parler dans les églises et également de fumer! Elle s’est mise à parcourir la France, en troisième classe, pour rencontrer des malades, des chômeurs, des drogués, toutes sortes de malheureux. Dans le train, elle écrivait des poèmes ou brodait des icônes. Petit à petit, et encouragée par des personnages de l’émigration russe comme Nicolas Berdiaev, elle a créé l’Action orthodoxe, dans le XVe° arrondissement. Sans argent mais se débrouillant toujours pour en trouver, Mère Marie y accueillait clochards et délinquants. Les plus grands intellectuels de l’émigration russe, comme Boulgakov, Berdiaev, s’y réunissaient et y donnaient des conférences.
L’image et l’exemple de l’amour créateur
À Ravensbrück, elle a fait cette icône où l’on voit Dieu le Père qui tient le Christ crucifié. Le bruit a couru qu’elle a pris la place d’une autre dans la file qui allait vers les chambres à gaz. Elle a laissé des écrits extrêmement intéressants sur le «sacrement du frère» (2), selon l’expression de Jean Chrysostome. Elle disait : «C’est très bien toutes ces méthodes monastiques de concentration et d’ascèse, mais on y parle pas tellement des autres, de ceux qui ont le plus besoin de nous.» Elle est pour moi l’image et l’exemple de l’amour créateur.
L’illustration de la grande diversité de l’orthodoxie
Quand on pense à la spiritualité orthodoxe, on a en tête un certain type de vie monastique, hautement contemplative, qui implique la séparation du monde. Or la mère Marie était vouée au service du prochain. Ce sont des attitudes complémentaires mais assez diverses. Contrairement au catholicisme, il n’y a pas dans l’orthodoxie différents ordres religieux. Simplement un père spirituel voit quel est le chemin qui convient à telle personne qui s’adresse à lui. JCN
(1) Mémoires d’espérance. DDB. 235 p. 21 euros.
(2) «Le sacrement du frère» de Mère Marie Skobtsov. Le Cerf/Le sel de la terre.312 p. 22,87 euros.
(apic/jcn/bb)
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