Moluques: Jean Paul II lance un appel à mettre un terme aux violences intercommunautaires
Rome, 2 mai 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II a lancé samedi 1er mai un appel à mettre un terme aux nouvelles violences intercommunautaires qui ont fait 37 morts et 180 blessés en une semaine aux Moluques. Les affrontements sanglants entre chrétiens et musulmans avaient fait quelque 6’000 morts et des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés de 1999 à 2002 dans cette partie de l’archipel indonésien.
Après avoir été averti du déclenchement de nouvelles violences dans des Moluques, le 25 avril 2004, Jean Paul II a envoyé un message de soutien et de solidarité à l’évêque catholique d’Amboine, Mgr Petrus Canisius Mandagi. Ce message signé du secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano, a été rendu public le 1er mai.
Alors que la reprise des violences entre chrétiens et musulmans menace de faire capoter la réconciliation, le pape a tenu à assurer à toute la communauté chrétienne de « son affection paternelle et sa solidarité (.) dans ce temps de souffrance et de graves anxiétés ». Le pape Jean Paul II l’a encore assurée de ses prières « pour que l’ordre public et des relations pacifiques entre les différentes religions et les groupes sociaux puissent être rapidement restaurées ». Il s’agit des pires violences à Amboine depuis un accord de paix, en 2002, qui avait mis fin à un conflit entre chrétiens et musulmans dans ces « îles aux épices », anciennes colonies hollandaises situées à 2’400 Km à l’est de Jakarta.
Appel à l’ONU et à la communauté internationale pour protéger les Moluquois
De son côté, Mgr Petrus Mandagi a appelé l’ONU et la communauté internationale à protéger le droit des Moluquois à vivre en paix. L’évêque du diocèse catholique d’Amboine avait expliqué au lendemain de la fin des combats, il y a deux ans, que la principale raison du calme retrouvé était la dissolution de la milice extrémiste musulmane du « Laskar Jihad » et l’évacuation de ses miliciens.
Des membres du groupe « Cowok Keren » – tous chrétiens – accusés d’avoir perpétré des attentats à l’explosif à Amboine et ailleurs aux Moluques, avaient également été arrêtés à l’époque. Cependant, au-delà de la paix retrouvée, la situation reste volatile, estimait alors l’évêque catholique d’Amboine.
Cette fois-ci également, les forces de sécurité indonésiennes ont peu fait pour tenter de mettre un terme aux affrontements intercommunautaires et ont même, selon des témoins, pris part aux violences, qui divisent les quartiers où des maisons continuent de brûler. Ces derniers jours, une Université chrétienne, une autre publique, les bureaux du Programme de développement de l’ONU, ceux de plusieurs ONG ainsi que des dizaines de maisons et un temple protestant ont été partiellement ou en totalité incendiés.
Les forces de l’ordre accusées de ne pas suffisamment protéger les chrétiens
Les chrétiens accusent les forces de l’ordre de prendre partie pour les musulmans et de ne pas protéger la communauté chrétienne. De leur côté, les chrétiens, y compris les catholiques, sont systématiquement soupçonnés, voire accusés de soutenir le projet indépendantiste de la République des Moluques du Sud (RMS). Mgr Mandagi a déjà dû préciser à plusieurs reprises que l’Eglise catholique aux Moluques n’avait rien à voir avec les partisans de la RMS.
Lors du premier conflit, des milliers de combattants fondamentalistes musulmans d’autres régions d’Indonésie étaient venus prêter main-forte aux militants islamistes locaux pour mener le « djihad », la guerre sainte. Aujourd’hui, on voit à nouveau des restaurants dans la partie musulmane de la ville qui récoltent de l’argent dans des boîtes marquées « fonds pour le djihad », tandis que des mosquées proches de la ligne de bataille demandent à leurs fidèles de rejoindre les combattants.
Les troubles ont éclaté le dimanche 25 avril lors de la traditionnelle manifestation d’un petit mouvement séparatiste, le Front de souveraineté des Moluques (FKM), une organisation interdite prônant l’instauration d’une République des Moluques du Sud (RMS). Le FKM, qui comprend parmi ses militants une majorité de chrétiens, a paradé dans le centre ville d’Amboine, la capitale moluquoise, provoquant les réactions violentes de la part des partisans de l’intégrité territoriale de l’Indonésie, qui sont pour la plupart des musulmans.
Les troubles, oeuvre de « provocateurs »
A Djakarta comme aux Moluques, les principaux responsables religieux soulignent que ce regain meurtrier de tension ne signifie pas que les Moluquois, chrétiens ou musulmans, veulent renouer avec les affrontements sanglants des années 1999-2002. Ils ont mis en cause des « tierces parties » – sans les nommer plus précisément -, estimant que des provocateurs sont à l’origine de ces événements, qui n’ont rien de religieux. (apic/imedia/eda/be)
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