Singapour: Un prêtre condamné à sept ans et demi de prison pour détournement de fonds

Trois millions d’euros «prélevés» de la caisse de l’Eglise

Après un procès très médiatisé par la presse de Singapour, le Père Joachim Kang Hock Chai, âgé de 55 ans, ancien curé de la paroisse Ste-Thérèse de Singapour, a été condamné le 23 avril dernier à sept ans et demi de prison ferme pour détournement de fonds et abus de confiance au détriment de l’Eglise catholique, confirme Eglises d’Asie. La somme détournée avoisine les trois millions d’euros.

L’affaire a été découverte en 2003 par le département des Affaires commerciales de la police nationale. Des observateurs interrogés par Eglises d’Asie estiment que, depuis les attentats du 11 septembre 2001, les services de police de Singapour sont devenus très attentifs aux circulations d’argent dans la cité-Etat aussi bien que vers l’étranger. Ils jugent plausible l’hypothèse selon laquelle l’acquisition à Singapour, en Malaisie et en Angleterre de plusieurs propriétés immobilières par un prêtre aux faibles revenus ainsi que l’existence de plusieurs comptes en banque assez importants à son nom aient suffi pour alerter les services de police.

Les attendus du jugement lu par la juge Jasvender Kaur sont d’une particulière sévérité pour le prêtre. Elle a pratiquement rejeté toutes les circonstances atténuantes présentées par la défense. Elle a déclaré cependant que les témoignages de paroissiens et de l’archevêque lui-même le décrivant comme «un prêtre ayant un vrai souci des fidèles et les servant de son mieux» étaient les seuls éléments en sa faveur. Pour le reste, a-t- elle ajouté, «l’affaire se résume juste au cas d’un prêtre qui s’est approprié l’argent de l’Eglise par abus de confiance sur une certaine période de temps».

Sanction sévère

Le fait que l’accusé ait finalement décidé de plaider coupable n’a pas joué en sa faveur parce que «ce changement d’attitude s’est produit un peu tard et le prêtre n’a manifesté aucun signe de regret concernant ses actes». Par ailleurs, estime la juge, la proposition de restituer à l’Eglise les sommes détournées n’est pas non plus une circonstance atténuante puisque «l’accusé, de toute façon, n’a pas d’autre choix». En ce qui concerne la sévérité de la sentence, Jasvender Kaur la justifie par la position importante du Père Kang dans l’Eglise: «Plus la confiance placée en une personne est grande et plus la sanction doit être sévère quand cette confiance est abusée».

Au cours des premières semaines du procès, le Père Joachim Kang avait plaidé l’innocence et le droit d’un curé d’utiliser les fonds de sa paroisse pour les faire fructifier. Sa ligne de défense n’étant pas très convaincante, du fait même que le directoire du clergé de Singapour interdit formellement ces pratiques, il avait finalement décidé de plaider coupable au moment où le procureur allait s’intéresser à ses relations personnelles avec deux jeunes femmes qui avaient apparemment profité de ses largesses.

L’affaire Kang met l’Eglise catholique dans l’embarras

Le procès très médiatisé du Père Joachim Kang a mis l’Eglise catholique dans un grand embarras. Il est encore trop tôt pour juger des conséquences à long terme de l’affaire sur le moral des fidèles mais, dès à présent, on peut dire que l’image de l’Eglise catholique dans la société singapourienne s’en trouve quelque peu ternie et que la confiance des catholiques dans leurs prêtres est moins absolue qu’elle ne l’était jusqu’à présent, écrit Eglises d’Asie.

S’exprimant après la lecture du jugement, le 23 avril dernier, Mgr Nicholas Chia, archevêque de Singapour, avouait être «très mortifié» par toute l’affaire. Il s’est dit triste pour le prêtre, sa famille et ses paroissiens qui attendent de leurs leaders «qu’ils leur montrent la voie et leur donnent l’exemple».

Admettant implicitement que les manières de faire de l’Eglise catholique dans le domaine des finances étaient sans doute trop laxistes, eu égard aux fortes sommes d’argent en jeu, particulièrement dans la construction ou la rénovation des églises, l’archevêque a déclaré: «Dorénavant, les comptes de chaque paroisse seront gérés par un comptable qualifié et qu’un système comptable informatique avait déjà été mis en place partout. Par ailleurs, pour ce qui concerne la gestion de tous les fonds paroissiaux, les banques et les institutions financières n’accepteront d’instructions que contresignées par l’archevêque. Enfin, tous les chèques pour une somme dépassant 5’000 dollars de Singapour (environ deux mille euros) devront obligatoirement porter deux signatures».

Déception

Selon une enquête conduite par le quotidien de Singapour, «The Straits Times», dans les heures qui ont suivi le jugement du Père Kang, beaucoup de catholiques singapouriens manifestent un profond embarras à propos de toute l’affaire. La plupart des fidèles interrogés ont refusé de s’exprimer en arguant du fait que tout cela était une affaire entre le prêtre et Dieu.

Certains catholiques sont pourtant plus durs. Florence Fong, âgée d’une trentaine d’années, se dit «écoeurée et scandalisée par le sourire arboré par le prêtre pendant le procès. J’aurais préféré qu’il ne se montre pas en soutane blanche mais qu’il porte des vêtements civils pendant les délibérations». Jessica Goh, enseignante de 28 ans, se dit «blessée que le Prêtre n’ait pas songé à demander pardon et qu’il continue de ne pas admettre sa faute». (apic/eda/pr)

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