Cameroun: Les évêques demandent une supervision des présidentielles de décembre

«Il y a eu trop de fraudes lors des élections locales 2002»

Yaoundé, 5 mai 2004 (Apic) La Conférence Nationale Episcopale du Cameroun (Cnec) réclame la création d’une Commission indépendante électorale, chargée d’organiser et de superviser l’élection présidentielle de décembre prochain. Dans un rapport, elle dénonce les fraudes qui ont marqué les élections locales de 2002: listes incomplètes, opposants ignorés, bulletins insuffisants, transport illégal des urnes, .

Dans son document, rapporte «Le Quotidien Mutations» de Yaoundé, la Cnec met à nu la fraude qui a eu lieu lors du scrutin de juin 2002. Cela a été grandement facilité par la méconnaissance de la loi électorale, estime Pierre Titi Nwel, un des auteurs du texte.

Le sociologue camerounais recommande la création consensuelle d’un code de conduite des partis politiques, et met l’accent sur l’éducation des cadres et militants sur les principes de la démocratie et de l’éthique politique. Une action qui devrait s’accompagner de la mise sur pied d’un organe politiquement et financièrement autonome chargé de l’organisation et du suivi du processus électoral.

Coordonnateur de la commission nationale «Justice et Paix» de la Cnec, Pierre Titi Nwel a présenté le rapport le 30 avril au siège de la conférence épiscopale à Yaounde. Le document est intitulé «Les élections municipale et législatives 2002 au Cameroun: la loi, le crime, la justice». Le rapport fait ressortir les prescriptions de chaque phase du processus électoral, et montre surtout comment elles ont été ignorées sur le terrain. Il contient enfin des propositions pour que les élections à venir soient conformes à la norme.

Seuls 30% des électeurs ont été inscrits légalement

La plus grave entorse concerne les listes électorales, selon les auteurs du rapport. Ils estiment que 30% seulement de Camerounais en âge de voter ont pu avoir de façon légale leur nom sur une liste. Une situation due, entre autres, a l’absence de calendrier précisant le moment de la descente sur le terrain des commissions chargées de la révision des listes et la trop faible conscience des électeurs potentiels de la nécessité de jouer leur rôle.

Le rapport relève avec insistance la multiplicité des inscriptions, à cause de la défaillance des moyens mis en place. Il déplore la possibilité accordée aux chefs de quartiers et villages de recueillir les noms des citoyens désirant s’inscrire sur les listes électorales. Ces agents auxiliaires de l’administration ont transmis avec parcimonie les noms des «opposants». Conséquence: 60% des personnes inscrites n’ont pas reçu leur carte d’électeur.

Listes rendues publiques le matin du scrutin

Par ailleurs, les observateurs de l’Eglise catholique font remarquer que les listes d’électeurs sont rendues publiques le matin même du scrutin dans 90% des circonscriptions. Or, la loi demande de le faire trois jours avant. Ils signalent surtout un manque d’égalité dans le traitement des candidats. «Alors que les bulletins du Rdpc (Rassemblement Démocratique et Populaire du Cameroun, parti au pouvoir) n’ont manqué dans aucun bureau de vote, il y a eu des bureaux où les bulletins de certains partis de l’opposition ont été en nombre insuffisant», font-ils remarquer. «Les partis politiques en compétition ont organisé des charters électoraux dans leurs fiefs ou là où ils pouvaient bénéficier de la complicité de l’administration territoriale». «La fraude ne s’est pas arrêtée là», poursuit le rapport de l’Eglise camerounaise. «Pendant la phase post- électorale, on a par exemple constaté que dans certains bureaux de vote, les urnes ont été transportées pour le dépouillement dans les sous- préfectures, en violation de la loi».

En conclusion, le rapport suggère que des scrutins, du genre de ceux du 30 juin 2002, au regard des irrégularités qui les ont entourés, «ne doivent être validés ni par des juges, ni par quiconque».

Concernant le retard du rapport (près de deux ans après les élections), Titi Nwel répond: «Sa publication en ce moment ne saurait être le fait du hasard. Elle intervient à la veille de l’élection présidentielle et rentre justement dans le cadre du lancement de la campagne de sensibilisation des différents acteurs du processus électoral». (apic/ibc/bb)

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