APIC Interview
« Nous sommes très traumatisés », affirme le président du CRIF
Paris, 11août(APIC) « Nous sommes particulièrement secoués en apprenant la
déclaration du cardinal Macharski, archevêque de Cracovie, suivant laquelle
il entend mettre un terme aux Accords de Genève conclus entre une délégation catholique et une délégation juive et portant sur l’éloignement du
carmel du camp d’Auschwitz au plus tard le 22 juillet 1989″, déclare Jean
Kahn, depuis deux mois président du CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France. Il déplore en particulier que « par sa décision
unilatérale, les signatures de Mgr Decourtray et Mgr Lustiger aient été en
quelque sorte bafouées »
Jean Kahn, dans une interview accordée à l’agence APIC, souligne que la
déclaration de Mgr Decourtray, selon laquelle les Accords de Genève ne seront pas remis en cause, « nous rassure dans une certaine mesure, bien que
nous nous posions la question de savoir si Mgr Macharski, qui est l’évêque
de la circonscription où se trouve le camp d’Auschwitz, voudra bien exécuter ce que la délégation catholique s’était engagée à faire ».
« Ne pas ’déjudaïser’ les camps de la mort »
« Nous considérons que c’est un acte grave, parce qu’il s’insère dans
tout un processus où nous souhaitons que les camps de la mort – où ont été
exterminés essentiellement des juifs, six millions, dont 1,5 millions d’enfants – ne puissent pas être ’déjudaïsés’ ou même dans une certaine mesure
christianisés », déclare le président du CRIF. Et d’ajouter, mettant nommément en cause le Vatican : « Nous souhaitons que l’on laisse les morts reposer en silence, le même silence qui a prévalu au moment de leur extermination ».
« Nous souhaitons vraiment de tout coeur que nous puissions continuer le
dialogue fructueux entre juifs et catholiques, poursuit-il, mais cependant
ce qui nous émeut, c’est la récente déclaration du pape où il déclare en
substance que le peuple juif était devenue infidèle envers son Dieu; je
crois que cela mérite réflexion, et pour certains catholiques que j’ai interrogés, connaissant la théologie, c’est un retour en arrière qui remet en
question tout ce qui avait été conclu entre juifs et catholiques à Seelisberg, dans les années 50, ou lors du Concile Vatican II avec l’Encyclique
’Nostra Aetate’ du bon pape Jean XXIII ».
« En cas de transfert, l’incident sera considéré comme clos »
Pour Jean Kahn, il faut maintenant attendre qu’il y ait une preuve concrète de la volonté de l’Eglise de réaliser les accords conclus et « si nous
constatons que véritablement ces accords sont respectés, et bien nous pensons que nous pourrons considérer l’incident comme clos, mais pour l’instant, nous sommes très traumatisés ». Il dénonce « la volonté concertée de
l’Eglise » de construire dans tous les camps de la mort des symboles chrétiens, « qu’il s’agisse de Sobibor, avec des capucins, de Birkenau avec des
franciscaines, Majdanek, avec une chapelle, etc… ». A ses yeux, cela signifie que dans cinquante ou cent ans, lorsque l’on visitera les sites des
camps de la mort, il n’y aura plus qu’une présence chrétienne.
Concernant les manifestations et actions violentes perpétrés par des militants juifs américains contre le carmel d’Auschwitz, Jean Kahn affirme
qu’il ne fait pas partie des gens qui préconisent des méthodes violentes,
mais plutôt le dialogue. Il admet que ces « militants un peu plus excités
que d’autres » ont eu le mérite de faire dire à Mgr Macharski ce qu’il pensait depuis longtemps. « Lorsque l’on pense que, maintenant, l’on nous parle
de deux ans, et puis de huit ans et de dix ans pour construire un carmel à
500 mètres, alors que l’on sait que des centaines d’églises sont en cours
de construction en Pologne et qu’elles sont construites dans un délai record; l’on peut effectivement dire qu’il y a véritablement de la mauvaise
volonté de la part de l’Eglise polonaise ».
Jean Kahn souligne finalement qu’il fait ces déclarations dans le respect de la hiérarchie catholique française, « que nous considérons être de
bonne foi et comprenant notre sensibilité ». (apic/be)
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