Tergiversations d’Israël et tensions: promesses non tenues

Rome: A un mois du 10e anniversaire des relations entre Israël et le Saint- Siège

Rome, 6 mai 2004 (Apic) A un mois du 10e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège – le 15 juin 1994 -, le volet économique de cet accord n’a toujours pas été signé. Ce retard provoque des tensions entre les deux Etats. Les tensions demeurent, malgré les promesses non tenues par Israël, ainsi que les tergiversations de son gouvernement. Cet accord aurait dû être signé avant la fin 1995. Il y est notamment question de l’exemption des taxes pour les congrégations et les institutions chrétiennes.

Le 4 mai dernier, l’ambassadeur d’Israël auprès du Saint-Siège, Oded Ben-Hur, s’est rendu au Vatican pour faire part au secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, du souhait de son gouvernement de reprendre les négociations, au plus tôt à la fin du mois de juin 2004, afin d’arriver à cet accord économique en décembre 2005.

Ce volet – crucial pour la survie et le développement des communautés chrétiennes en Terre Sainte – a été rendu obligatoire par l’article 10 de l’accord fondamental du 30 décembre 1993, premier lien juridique entre les deux Etats avant l’établissement des relations diplomatiques six mois plus tard.

Cet accord économique aurait dû être signé avant la fin 1995. Il concerne essentiellement la question de l’exemption des taxes pour les congrégations et les institutions chrétiennes.

En juillet 2003, le ministre des Affaires étrangères israélien, Silvan Shalom, avait annoncé à la presse que l’accord serait signé dans les prochains mois. Un mois plus tard, Israël, sans se justifier, décidait de se retirer des négociations.

Une promesse de plus

Cependant, le 28 avril 2004 à Rome, à l’occasion d’une réception donnée par l’ambassade d’Israël auprès du Saint-Siège, l’ambassadeur Oded Ben-Hur a annoncé aux participants la volonté de l’Etat d’Israël de reprendre les négociations. «Dans l’optique du 10e anniversaire des rapports diplomatiques, nous espérons enfin apercevoir de la lumière au bout du tunnel, même s’il nous faudra encore du temps pour en sortir», a-t- il affirmé à I’Apic. Quelques jours plus tard, le 4 mai, il se rendait chez Mgr Lajolo pour lui annoncer formellement cette décision.

«C’est une promesse, une de plus», a confié à l’Apic un représentant du Vatican, lors de cette même réception. «Elle nous satisfait, mais nous verrons bien si elle est suivie d’effets».

Un accord sur la personnalité juridique des Eglises chrétiennes – lui aussi prévu dans l’accord fondamental – avait déjà été signé le 10 novembre 1997. A cette occasion, le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro- Valls, avait regretté «les délais d’attente qui conditionnaient la signature» de cet accord juridique ainsi que «l’interruption des négociations, sur d’autres points, qui auraient dû se poursuivre».

Toujours les visas

L’Eglise catholique, dans ce domaine, sert de porte-parole à l’ensemble des Eglises chrétiennes qui, à la différence du Vatican, ne sont pas une entité souveraine internationalement reconnue et ne peuvent donc dialoguer au même niveau avec les représentants de l’Etat d’Israël.

Un autre point sérieux de tension concerne les quelques centaines de visas, en attente d’être concédés au personnel religieux chrétien. Après que le Père David Jaeger – porte-parole de la Custodie de Terre Sainte et conseiller juridique du Saint-Siège – ait lancé un appel dans le quotidien israélien «Haaretz», au mois de mars 2004, Ariel Sharon a fait savoir qu’il souhaitait la mise en place d’une commission interministérielle pour résoudre les problèmes considérés comme bureaucratiques. «Une attitude nouvelle, un vrai changement est en cours» depuis Pâques, a confirmé Oded Ben-Hur à l’Apic.

Cependant, l’Eglise catholique souhaite la résolution de l’ensemble des dossiers. Il se trouve que certains requérants de visas – une minorité – viennent de pays qui ont été mis dans la liste des ennemis d’Israël, comme la Syrie ou le Liban.

A propos du mur dit de sécurité

Au Vatican, on affirme sous couvert d’anonymat qu’Israël est «libre de choisir les pays qu’elle souhaite inclure dans la liste de ses ennemis, mais n’est pas libre de mettre les catholiques parmi ses ennemis». Une double garantie est pourtant offerte aux autorités israéliennes. D’une part, les supérieurs locaux, qui signent les permis d’entrée ou les requêtes de permis de séjour, se rendent responsables du comportement des personnes concernées. Une deuxième garantie est offerte par la délégation apostolique du Vatican à Jérusalem.

A propos du «mur de sécurité», on fait remarquer au Vatican qu’il est un problème «pour toute la population» et, qu’au sein de la population, les congrégations religieuses qui en souffrent représentent une «petite minorité». On ajoute cependant que la construction du mur est une «violation permanente de l’accord fondamental». L’article 4 de cet accord stipule en effet qu’Israël s’oblige à «continuer de respecter et de protéger le caractère propre des lieux saints catholiques comme les Eglises, les monastères, les couvents, les cimetières et autres lieux du même ordre». «Une structure militaire comme ce mur, avec des camionnettes militaires qui tournent autours, est en total contradiction avec le caractère sacré des lieux et en total contradiction avec l’article», affirme-t-on. Des congrégations ont expulsées de leurs terres, d’autres ont vu leurs terrains scindés en deux et la vie même des institutions est remise en cause par la division de la population.

Le 16 novembre dernier, à la veille d’une visite d’Ariel Sharon à Rome, Jean Paul II avait affirmé que «la construction d’un mur entre le peuple israélien et le peuple palestinien est considérée par beaucoup comme un nouvel obstacle sur la voie d’une cohabitation pacifique. En réalité, la Terre Sainte n’a pas besoin de murs, mais de ponts. Sans la réconciliation des âmes, il ne peut y avoir de paix». (apic/imedia/sr/pr)

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