Grande-Bretagne: Christian Aid dénonce la dangereuse dérive du gouvernement britannique
Londres, 10 mai 2004 (Apic) Les pauvres paient la guerre contre le terrorisme, dénonce l’oeuvre d’entraide ecclésiale britannique Christian Aid. L’ONG, émanation d’une quarantaine d’Eglises en Grande-Bretagne et en Irlande, demande au gouvernement britannique de renoncer à la «dangereuse dérive internationale» consistant à lier l’aide aux pays les plus pauvres à leur alignement dans la lutte contre la terreur.
Christian Aid a lancé dimanche 9 mai sa semaine nationale de collecte de fonds. L’oeuvre d’entraide des Eglises anglicanes, méthodistes, baptistes, réformées, luthériennes, moraves, orthodoxes, presbytériennes, adventistes, Armée du Salut et Quakers, espère récolter près de 21,5 millions d’euros pour venir en aide aux populations les plus pauvres de la planète.
Ligne de plus en plus floue entre activités humanitaires et activités militaires
A l’occasion de sa campagne, Christian Aid cite des pays comme l’Irak, l’Afghanistan et l’Ouganda où les financements britanniques destinés au développement ont été détournés de leurs buts. Dans une interview à la BBC, John Davison, un des auteurs du rapport de l’ONG britannique, dénonce le fait que les pauvres sont victimes de la rhétorique «Soit vous êtes avec nous, soit contre nous!»
Davison qualifie de dangereux le fait que la ligne devienne de plus en plus floue entre les activités humanitaires et de développement et les activités militaires et de sécurité des gouvernements des pays donateurs. Ainsi, a-t-il précisé, en octobre 2003, le gouvernement britannique a réorienté son aide pour financer la reconstruction de l’Irak pour un montant sur trois ans d’un total de 816 millions d’euros. Le résultat: moins d’argent pour les pays classés dans la catégorie des pays à revenus moyens. Cependant, a déploré le responsable de Christian Aid, 140 millions de personnes parmi les plus pauvres du monde vivent justement dans de tels pays à revenus moyens.
Pour l’Afghanistan, un montant de 3,3 milliards d’euros d’aide internationale pour 2004 a été détourné vers des projets militaires et d’aide d’urgence, sacrifiant ainsi le développement à long terme, affirme John Davison. La priorité américaine dans ce pays est la chasse aux talibans et la lutte contre al-Qaïda. Résultat: des travailleurs humanitaires sont pris pour cible et tués, car ils sont confondus avec l’ennemi. Au moins onze d’entre eux ont perdu la vie en Afghanistan ces derniers mois, et les deux tiers du pays sont désormais hors du champ d’action des Nations Unies. Ainsi, la reconstruction du pays est rendue impossible.
Quant au gouvernement ougandais, dont le budget dépend pour moitié de l’aide internationale, il est empêtré depuis 18 ans dans une guerre sanglante contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA). Troisième plus grand bénéficiaire de l’aide fournie par le Département britannique pour le Développement International (DFID), à savoir près de 103 millions d’euros pour 2002-2003, Kampala a dépensé dans des opérations militaires le quart de son budget social. Pour Christian Aid, le conflit ougandais ne peut pas être résolu par des moyens militaires, car les actions armées ont aggravé la situation sur le terrain. (apic/bbc/be)
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