Irak: Tortures et exécutions sommaires britanniques dénoncées par AI et la FIACAT
Londres/Lausanne/Paris, 11 mai 2004 (Apic) Malgré les récentes dénégations de M. Anthony Blair, les troupes d’occupation britanniques dans le Sud de l’Irak ont tué des civils sans avoir été directement menacées et commis d’autres exactions. Parmi les victimes, une fillette de huit ans et un homme invité à un mariage, dénonce Amnesty International dans son rapport «Killings of Civilians in Basra and Al-Amara» publié mardi 11 mai à Londres.
Par ailleurs, dans un communiqué publié à Paris, la Fédération Internationale de l’ACAT, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, estime qu’en ce qui concerne la torture en Irak, «les excuses ne suffisent pas» face à ces «faits criminels». L’organisation chrétienne constate qu’il «paradoxal et honteux de constater que bon nombre de ces exactions se sont produites dans une prison rendue tristement célèbre par les brutalités du régime de Saddam Hussein.»
L’usage de la torture est prohibé par le droit international
La FIACAT rappelle que l’usage de la torture est prohibé par le droit international en toutes circonstances, en temps de guerre, comme en temps de paix, et que la lutte contre le terrorisme ne saurait justifier la moindre, pour aucun Etat, aucune dérogation au principe absolu du respect de la dignité de la personne.
L’ONG internationale rappelle également que la reconnaissance de ces faits et les excuses présentées par les autorités des Etats-Unis et du Royaume-Uni constituent une étape certes importante, mais ne peuvent en aucun cas suffire. La FIACAT demande, par conséquent, aux Gouvernements des Etats-Unis et du Royaume-Uni de faire la lumière sur toutes les allégations de torture et de traitements inhumains et dégradants dans tous les lieux de détention dont leurs forces militaires ont la responsabilité en Irak. Elle demande également au gouvernement américain de procéder aux mêmes investigations dans les lieux de privation de liberté sous son autorité en Afghanistan et à Guantanamo Bay, et ailleurs dans le monde (Philippines, Yémen.).
Signer sans délai le Protocole facultatif à la Convention de l’ONU contre la torture
La FIACAT demande par conséquent que les enquêtes sur les allégations de violations du droit international humanitaire soient menées, en toute transparence, par des organes indépendants et impartiaux et que leurs conclusions soient rendues publiques; que les responsabilités de faits constitutifs de crimes de guerre aux termes de la Convention de Genève soient clairement établies et que leurs auteurs soient traduits en justice et sanctionnés; que toutes les victimes de ces crimes et leurs familles soient indemnisées.
Elle demande aux pays concernés de signer sans délai le Protocole facultatif à la Convention des Nations Unies contre la torture, qui crée justement un mécanisme de prévention de la torture dans les lieux privatifs de liberté par un système de visite régulière des lieux de détention.
Fillette de 8 ans abattue par des soldats britanniques: version officielle contestée
Le rapport d’Amnesty International détaille les nombreuses exécutions imputables aux troupes britanniques et à des groupes armés dans le sud de l’Irak, contrôlé par l’armée du Royaume-Uni. Une fillette de 8 ans, Hanan Saleh Matrud, a ainsi été tuée en août 2003 par un soldat de la Compagnie B du Premier Bataillon du King’s Regiment. Un témoin oculaire contredit la version de l’armée britannique selon laquelle la fillette se serait trouvée prise par hasard dans des tirs croisés.
Ce témoin a expliqué à la délégation d’Amnesty International en Irak que Hanan avait été tuée par un soldat qui l’a visée alors qu’elle se trouvait à 60 mètres de lui et lui a tiré dessus. De nombreux cas de civils tués par les troupes britanniques n’ont pas donné lieu à des enquêtes.
Les investigations menées par la police militaire britannique ont été tenues secrètes, les familles n’ont pas ou peu reçu d’informations sur le déroulement de l’enquête. Amnesty International exige des enquêtes complètes, indépendantes et menées par des instances civiles de tous les cas dans lesquels des civils ont été tués par des membres des troupes britanniques en Irak. Les résultats doivent être rendus publics.
Impunité garantie
Les soldats comptent visiblement sur l’impunité dont ils bénéficient. Les exécutions commises par des soldats britanniques dans des circonstances où ils n’auraient pas dû tirer sont tenues secrètes. Il n’est pas suffisant que l’armée britannique mène des enquêtes internes lorsque des personnes ont été tuées. Amnesty International exige que tous ces cas donnent lieu à une enquête civile et impartiale.
En janvier 2004, un jeune homme de 22 ans, Ghanem Kadhem Kati, a reçu cinq balles dans le dos alors qu’il se trouvait devant la porte de sa maison pendant une fête de mariage. Des soldats britanniques lui ont tiré dessus d’une distance de plus de 50 mètres, en réaction à des tirs en l’air liés à la cérémonie de mariage. Les soldats avaient pourtant été avisés par un voisin qu’il s’agissait de tirs de joie.
Exécutions sommaires de membres du parti Baas «tout à fait justifiées»
Le rapport contient également des informations détaillées sur des exécutions politiques et «morales» commises par des groupes armés dans le sud de l’Irak. D’anciens membres du parti Baas, des vendeurs d’alcool ou des commerçants de musique ou de vidéos ont été assassinés sans que leur mort ne débouche sur une enquête.
Amnesty International salue les efforts de la Grande-Bretagne pour renforcer la police irakienne. Mais cette police doit être active dans tous les cas de violations de la loi. Pour l’instant, aucune enquête n’a été ouverte dans les cas d’assassinats politiques. Des officiers de police ont déclaré à la délégation d’Amnesty International qu’à leur avis, l’exécution d’anciens membres du parti Baas était tout à fait justifiée. (apic/com/be)
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