Le ministre des «Affaires étrangères» du St-Siège très critique
Rome, 12 mai 2004 (Apic) Les tortures subies par des prisonniers irakiens constituent pour les Etats-Unis un «coup plus grave que le 11 septembre» dans la mesure où ils se le sont infligé eux-mêmes, a estimé Mgr Giovanni Lajolo, le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège, dans une déclaration reprise par le quotidien italien «La Repubblica».
«Les tortures? Il s’agit d’un coup plus grave pour les Etats-Unis que le 11 septembre. Avec cette particularité que le coup n’a pas été porté par les terroristes, mais que ce sont les Américains qui se le sont infligé eux- mêmes», a estimé le chef de la diplomatie du Vatican, résumant par ces mots le sentiment du Saint-Siège sur cette affaire.
Pour Mgr Giovanni Lajolo, le scandale des tortures infligées aux prisonniers par les soldats de la coalition à Abu Gharib est «est un événement tragique pour les rapports avec l’islam». Le ministre des «Affaires étrangères» du Saint-Siège, en visite à Londres, a à nouveau exprimé la position du Vatican sur la guerre et sur le rôle des différentes parties en présence.
Aversion et haine
«L’aversion et la haine pour l’Occident de la plupart des gens dans les pays arabes ne fait que croître, sous l’influence des médias», a affirmé Mgr Lajolo, «même si les personnes intelligentes réussissent à comprendre que des faits de ce genre ne sont pas acceptables et sont punis dans une démocratie, contrairement à ce qui se faisait sous l’ancien régime irakien».
Ces propos ont été recueillis alors qu’a été retrouvé en Irak le corps d’un civil américain décapité par ses ravisseurs, en guise de vengeance. Pour l’organe de presse officiel du Saint-Siège, «lorsque des actes aussi féroces sont expliqués comme la réponse à la violence inhumaine des sévices s’ouvrent des perspectives pour le moins inquiétantes». «D’autres atrocités menacent: une logique de représailles qui est l’expression de la barbarie de l’homme qui, dans la spirale d’une haine sans fin, massacre son propre semblable», peut-on lire en effet dans l’»Osservatore Romano» à paraître le 13 mai 2004.
Dans ce contexte, dangereux pour le christianisme, puisque «de fait, l’Occident (.) modelé par les valeurs chrétiennes, (.) est souvent identifié au christianisme», le secrétaire au Vatican pour les relations avec les Etats a tenu à rappeler la position du Saint-Siège sur la situation en Irak.
Priorités
Mgr Lajolo s’est en outre prononcé pour rétablir la sécurité à l’intérieur du pays, collaborer avec toutes les forces en Irak pour aider la population, faire comprendre à cette dernière que la présence étrangère n’est pas là pour l’opprimer mais pour l’aider, et restituer le plus rapidement possible l’indépendance et la souveraineté du pays, sont autant de priorités prônées par le Saint-Siège.
Mgr Giovanni Lajolo s’est montré favorable à l’intervention des Nations Unies en Irak. Il a également encouragé la nomination d’un Irakien à la tête d’un régime qui soit accepté par la population.
En visite officielle à Londres depuis le 11 mai et jusqu’au 13, le prélat italien a affirmé qu’il y était venu «surtout pour écouter», et «qu’il n’avait pas de conseils à donner». Acceptant la proposition du gouvernement britannique, allié des Etats-Unis en Irak qui invite régulièrement des responsables des Affaires étrangères de différents pays pour discuter de la politique extérieure du Royaume-Uni, Mgr Giovanni Lajolo rencontrera entre autres son homologue anglais Jack Straw, ainsi que Gordon Brown, le ministre des Finances.
Pour Mgr Lajolo, «la grande masse des gens – dans les pays arabes – sous l’influence des médias de masse arabes – ne peut que sentir monter en elle l’aversion et la haine de l’Occident».
Rappelant l’opposition du pape à la guerre en Irak, le secrétaire pour les rapports avec les Etats, Mgr Lajolo a dit que Jean Paul II «avait parlé très clairement». «S’il avait été écouté, nous n’aurions pas à avoir tant de regrets. La violence appelle la violence, la guerre appelle la guerre. Il me vient à l’esprit une phrase de Lincoln qui disait «dans la guerre, il n’y a rien de bon sauf la fin». Le prélat conclut en en réaffirmant la position du Vatican en faveur d’un rôle de l’ONU en Irak.
Le président Bush, actuellement en mauvaise posture à la suite des révélations et en raison d’une opinion de moins en moins convaincue de la «justesse» de cette guerre, doit être reçu par Jean Paul II le 4 juin. Ce sera la première rencontre entre les deux hommes depuis la guerre en Irak.
La position claire du Vatican
Une guerre que le Vatican ne cesse de dénoncer. Il ne se passe en effet pratiquement aucun jour sans qu’une déclaration forte de l’une l’autre personnalité ne vienne alimenter le flot de critiques. Mardi, le nonce apostolique en Irak avait abondé dans le sens de Mgr Lajolo, en relevant que les actes de torture marqueront durablement les Irakiens.
«La population irakienne se sent blessée dans sa dignité et n’oubliera pas facilement ces terribles événements», a estimé Mgr Fernando Filoni, nonce à Bagdad, interrogé par la revue «30 Giorni» sur le scandale des tortures infligées par des militaires américains – et de Grande- Bretagne – à leurs prisonniers irakiens, notamment à Abu Ghraib.
Pour le nonce, «la crédibilité de la coalition a été compromise et je doute qu’elle puisse être restaurée», a-t-il ajouté. Pour lui, chez tous les Irakiens, «il y a de l’indignation, et également de la désillusion». (apic/ag/imedia/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse