New York: Rencontre d’intellectuels chrétiens et musulmans: Allocution de Kofi Annan
New York, 17 mai 2004 (Apic) Au cours de la 35e conférence nationale du Trinity Institute, tenue du 2 au 4 mai à New York, sur le thème «New York: Rencontre d’intellectuels chrétiens et musulmans: Allocution de Kofi Annan» le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan et plusieurs experts ont tenté de répondre à cette question.
«Pourquoi le mal, pourquoi la souffrance, pourquoi l’adversité existent-ils dans le monde?» Les réponses à ces questions éthiques, posées par le professeur israélite Jon Levenson, qui enseigne à l’Institut de théologie à Harvard, ont mobilisé les esprits. C’est dans l’espoir qu’un dialogue interreligieux aide le monde contemporain à y faire face que le professeur Levenson, le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan, et plusieurs spécialistes et auteurs chrétiens et musulmans, ont débattu du thème «Donner un nom au mal».
Dans son allocution, tenue lors de la 35e conférence nationale du Trinity Institute, du 2 au 4 mai à New York, Kofi Annan a dit avoir quelques réticences à employer le terme «mal». Pour lui «c’est un terme trop absolu, et qui semble écarter toute possibilité de rédemption, de dialogue, voire de coexistence. C’est l’équivalent moral d’une déclaration de guerre» a ajouté le secrétaire général des Nations Unies, qui a évoqué son expérience face au mal alors qu’il était à la tête de la mission de maintien de la paix des Nations Unies durant le génocide de 1994 au Rwanda et le massacre de 1995 à Srebrenica, en Bosnie.
Dans ces deux situations, a rappelé Kofi Annan, les forces de maintien de la paix des Nations Unies étaient sur place, sur les lieux mêmes où des «actes de génocide» ont été commis. «Dans les deux cas, j’ai du faire ultérieurement un examen de conscience, tout comme ceux qui ont été impliqués», a expliqué Kofi Annan. «Nous avons dû tous nous demander ce que nous aurions pu faire de plus et pourquoi nous ne l’avons pas fait, pour stopper cette horreur, ou mieux encore, la prévenir.»
Pour Kofi Annan, «la force doit être confrontée à la force»
Le secrétaire général a encore constaté: «Nous avons une idéologie d’impartialité, même lorsque nous nous trouvons confrontés à un tentative de génocide. En d’autres termes, nous étions réticents à affronter le mal lorsque nous l’avons vu.» Selon Kofi Annan, chrétien du Ghana, l’une des leçons à tirer de ces expériences a été qu’en certains cas «des forces de maintien ou de rétablissement de la paix impartiales ne sont plus la réponse». Dans ces situations, «la force doit être affrontée par la force, ce qui signifie, et je le regrette, que le mal doit être confronté au mal.»
Pour sa part, Seyyed Hossein Nasr, professeur d’études islamiques à l’Université George Washington de Washington DC, a mis en garde contre la tendance à l’absolutisme et à l’intolérance qu’il constate, à la fois dans l’islam et dans le christianisme – réflexion qui revêt une signification particulière car Trinity Church se trouve non loin du World Trade Center, attaqué et détruit le 11 septembre 2001.
L’émotion a gagné les participants lorsque une religieuse bénédictine, Joan Chittister, auteur de plusieurs ouvrages, en rappelant le contexte historique de l’époque de Jésus, semblait parler de la guerre menée par les Etats-Unis en Irak. «En un temps ou` le gouvernement impérial d’alors absorbait, brisait et intimidait la population partout, le défi que Jésus le libérateur a lancé du sommet de cette montagne était de ne pas se cacher derrière de bonnes intentions.»
«Le défi est de rester au milieu des combats, comme il l’a fait, et de donner un discours prophétique, alors que le vieux monde s’écroulait autour de lui et que le nouveau monde ne cessait de lutter pour émerger. Ce moment est appelé l’énumération des Béatitudes, que l’on recouvre de platitudes pieuses. Quant à moi, je l’appelle la Constitution du bien affrontant le mal», a-t-elle ajouté.
Ce colloque «Donner un nom au mal» était organisé par la paroisse de Trinity Church, une Eglise épiscopale (anglicane) de la ville de New York, et l’institution Chautauqua, un centre de formation de l’Etat de New York. (apic/eni/vb)
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