Réamorcer le dialogue

Paris: Colloque du Monde des Religions: Juifs et musulmans, une histoire partagée

Par Jean-Claude Noyé, correspondant à Paris

Paris 17 mai 2004 (Apic) Organisé conjointement par le bimestriel Le Monde des Religions, l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et l’Institut européen en sciences des religions, le colloque « Juifs et musulmans : une histoire partagée, un dialogue à construire » a réuni un vaste auditoire dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne ainsi qu’à l’Institut du monde arabe (IMA).

Ce colloque, qui a eu lieu jeudi 13 mai, visant à réamorcer un dialogue aujourd’hui réduit à néant entre les communautés juives et musulmanes de France, pays d’Europe où elles sont les plus nombreuses, a suscité un vif intérêt. Il a donné l’occasion de réaffirmer que les relations entre juifs et arabes n’ont pas toujours été hostiles et que, tôt ou tard, les accords de paix de Genève serviront de base au règlement du conflit israélo- palestinien.

Mille deux cents personnes à la Sorbonne dans la journée, quatre cents le soir à l’Institut du monde arabe (IMA) et septante journalistes présents: les organisateurs ne s’attendaient pas à un tel un succès. « Il faut impérativement que nous arrivions à nous mettre d’accord sur nos désaccords », a lancé Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Sa poignée de main à Meir Waintrater, directeur du magazine juif l’Arche, a été perçue comme un symbole fort, puisque ces deux hommes ont des positions sur le conflit du Proche-Orient fort éloignées au point de ne plus s’adresser la parole.

La crispation des relations judéo-musulmanes en France et la tendance à la radicalisation de chaque camp sont attestés, entre autres, par l’émiettement des mouvements anti-racistes et antisémites, de moins en mois disposés à oeuvrer de concert. De là à dire que le conflit israélo- palestinien a été importé en France, c’est un pas que Pascal Boniface franchit.

Les intervenants, par un détour historique, ont pu souligner la complexité des relations judéo-musulmanes. Dans un même lieu, à des époques parfois rapprochées, ces relations ont pu être tantôt bonnes et animées par de nombreux éléments de fraternisation, tantôt difficiles. Pierre Lory, de l’EPHE, et l’historien Mohammed Harbi, ont rappelé combien les paroles dures du Coran à l’égard des juifs étaient à resituer dans leur contexte historique.

Exégèse du Coran nécessaire

Ce travail de nouvelle exégèse du Coran, encore émergeant mais déjà rejeté par les fondamentalistes, permettrait de désamorcer la haine actuelle des fils d’Ismaël envers les fils d’Israël. Du reste, le monde musulman a longtemps été plus respectueux des croyances juives que des croyances chrétiennes. Le statut de dhimmi accordé par les musulmans aux juifs laissait à ces derniers une entière liberté religieuse, quand bien même il les maintenait dans un statut d’infériorité sociale. L’histoire du sionisme réserve également quelques surprises. Où l’on apprend que les premiers sionistes, convaincus d’apporter aux bédouins de Palestine un mieux (le progrès), n’ont pas anticipé les crispations à venir et la contestation palestinienne. De 10 500 en 1855, le nombre de ces sionistes est passé à 50 000 en 1898 et à 75 000 en 1907.

Elias Sanbar, directeur de la Revue d’études palestiniennes, a pour sa part montré l’impact du retour des sionistes en Palestine sur les Arabes. Ceux- ci ne peuvent désormais lire la question palestinienne qu’à travers le prisme de la terre volée à un peuple. Et ce d’autant qu’ils sont travaillés par le mythe d’un retour à l’âge d’or, au cours duquel la terre leur appartenait, sans partage. Les juifs aussi.

Deux mythes identiques

Ce sont donc deux mythes à la fois identiques et contraires qui animent ces deux peuples et contribuent à nourrir leur vindicte. Elias Sanbar, comme Dominique Ede, écrivain libanaise, rappellent que si la catastrophe subie par les Palestiniens – l’anaqba – a été bien attestée par les nouveaux historiens israéliens, elle n’est toujours pas reconnue par les autorités israéliennes. Et ils soulignent aussi combien cette non-reconnaissance juive de l’anaqba et de l’immense effort de renonciation des Palestiniens à 75 % de leurs terres pèse dans l’échec des négociations de paix du conflit israélo-palestinien. Conflit plus politique qu’ethnique ou religieux.

Et Quid des accords de Genève ? Ils ont contribué a renouer les fils du dialogue, permis aux négociateurs de se connaître mieux et prouver que dans les deux sociétés, israélienne et palestinienne, des forces vives continuent, même diminuées, à oeuvrer pour la paix. De celles-ci, les accords de Genève dessinent tous les aspects. A la différence des accords d’Oslo, ils proposent un règlement global, sans période intermédiaire. La paix ? Chacun s’est dit convaincu qu’elle se fera nécessairement. Chaque peuple y est « condamné ». Mais combien faudra-t-il de morts d’ici là ? (apic/jcn/vb)

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