Fribourg: Exposition de jeunes peintres brésiliens à l’Institut agricole de Grangeneuve
Fribourg, 17 mai 2004 (Apic) La peinture peut servir d’antidote à la violence qui décime la jeunesse marginalisée des favelas de Sao Paulo. L’ONG romande E-Changer, basée à Fribourg, présente jusqu’au 22 mai à l’Institut agricole de Grangeneuve (Posieux) une septantaine de tableaux peints par des jeunes exclus des bidonvilles d’Interlagos. Certains d’entre eux viennent à peine de sortir de la prison pour mineurs.
A mi-parcours, quelque 3’000 francs ont déjà été récoltés. L’argent de la vente est destiné aux « artistes » âgés de 12 à 21 ans, pour financer leur formation scolaire et professionnelle, précise Bruno Kull-Moreira, vulgarisateur agricole à l’Institut agricole de Grangeneuve, et l’un des organisateurs de l’exposition-vente.
Robson: 4 balles dans la tête à l’âge de 15 ans
C’est dans le but de transformer l’énergie de la violence en énergie créatrice qu’a été lancé le projet « Art-Education » qui mobilise dans les favelas de la métropole brésilienne un groupe d’éducateurs artistes – professeurs de théâtre, de peinture, de graffitis, de photographie et de littérature. Leur but: casser le cercle vicieux de la violence et de la criminalité des jeunes des favelas et les sortir de l’exclusion par le biais de l’art.
Exemple de la violence extrême qui règne dans les bidonvilles qui enserrent le circuit automobile d’Interlagos où s’illustrèrent les stars Emerson Fittipaldi et Ayrton Senna, vainqueurs au Grand Prix du Brésil: Robson Noguera Mariano, abattu de 4 balles dans la tête. Ce gosse de 15 ans a été assassiné au cours d’un règlement de comptes. à l’intérieur d’une école publique! A Grangeneuve, on peut acheter – sur une carte postale – l’illustration de son tableau, un « Nu » qu’il n’a pas eu le temps d’achever.
Bâtir un projet de vie à partir de l’art
Parmi les 80 professionnels – avocats, assistants sociaux, pédagogues, psychologues – engagés dans le CEDECA (Centre de défense des droits de l’enfance et de l’adolescence) d’Interlagos, se trouve une volontaire d’E-Changer, Moyra Cayetano. L’artiste d’origine argentine met depuis 3 ans son art au service des jeunes exclus, qui découvrent à travers la peinture un moyen de communiquer et d’exprimer leurs sentiments. Elle ne vise pas à former de véritables artistes professionnels – les tableaux exposés à Grangeneuve sont souvent naïfs, voire proches de l’art brut – mais utilise l’art comme un moyen visant à l’autonomie des jeunes.
Les ateliers d’art « Ouvrir les horizons », pour ces jeunes souvent sortis de prison et confiés au CEDECA, sont une bonne base pour bâtir un projet de vie. « Parallèlement à ces activités créatrices, les jeunes du Centre, pour la plupart en liberté surveillée, doivent suivre des cours de civisme, pour apprendre à connaître leurs droits, mais aussi leurs devoirs », précise Bruno Kull. Cet ingénieur agronome et formateur d’adultes, ancien de la coopération technique, a lui-même travaillé de nombreuses années au Brésil et en Afrique. Il relève que la plupart des enfants et des jeunes artistes du CEDECA d’Interlagos sortent des prisons pour mineurs brésiliennes et sont en situation délicate par rapport à leur environnement.
Depuis deux ans, le groupe de soutien « Favel’Art » – l’art des favelas – a mis sur pied plusieurs expositions en Suisse et à Sao Paulo. Grâce à ce travail dans le cadre du CEDECA, en trois ans, 50 jeunes ont pu accéder à une formation et 30 sont désormais diplômés. Ils ont pu s’autofinancer en vendant leurs tableaux. JB
Encadré
Fonder une section cantonale fribourgeoise d’E-Changer
L’initiative de l’expo « Favel’Art » de Grangeneuve a été prise par Bruno Kull et son épouse Béatrice, une chimiste d’origine brésilienne, actuellement technicienne de laboratoire en génie génétique à l’Université de Fribourg. L’ancien coopérant technique aimerait mettre en place une section cantonale fribourgeoise d’E-Changer (ex-Frères sans Frontières), qui permette de valoriser les connaissances acquises outre-mer par les anciens volontaires de cette ONG romande de retour en Suisse. Il existe déjà un « Groupe régional Fribourg » d’E-Changer, mais ce dernier est avant tout destiné à préparer les volontaires au départ. L’objectif d’une section cantonale d’E-Changer est avant tout de rassembler des compétences et des énergies pour sensibiliser le public aux problématiques des pays du Sud, et de les mettre en réseau.
Aujourd’hui, E-Changer a 50 volontaires dans 11 pays, engagés dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la technique et de la gestion. Le mouvement, qui compte plus de 500 membres en Suisse, est cofinancé par la Coopération suisse au développement (DDC), l’Action de Carême et des dons privés. Son secrétariat général est à Fribourg. L’ONG fonctionne de façon décentralisée avec des bénévoles répartis dans 5 groupes régionaux actifs dans la formation et la sensibilisation: Fribourg, Jura, Genève, Vaud, Valais. E-Changer dispose de 5 coordinations locales de volontaires et partenaires: Brésil, Bolivie, Amérique Centrale, Colombie, Afrique Centrale. (apic/be)
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