Apic exergue
Entre guerre sans nom et Intifada
Rome, 20 mai 2004 (Apic) La «guerre sans nom» en Irak et l’autre s’appelant «Intifada» entre Israéliens et Palestiniens ne doivent pas être mélangées, ou plutôt ne devraient même pas être qualifiées de guerres: c’est une règle non écrite du «journalisme comme il faut». L’Agence missionnaire Misna, à Rome, par la signature de Pietro Mariano Benni, commente les événements en Irak et au Proche-Orient sous le titre: «De Husaybah à Rafah: une traîné de sang inutile et sans aucune limitation».
«Une règle non écrite du «journalisme comme il faut? C’est d’ailleurs ce que confirme presque toujours quelques bulletins d’informations qui doivent être toujours plus «light», pour «faire audience» et ne pas faire peur au monde de la publicité, dit-on à voix basse, derrière les caméras; on peut ajouter aussi, pour être rangés du «bon côté», allez savoir ensuite quel est-il et dans quelle mesure?»
«Mais bien souvent les faits se moquent des règles, semblent peu disposés à tenir compte des habitudes artificieuses et tentent même de les nier. La journée de mercredi en est la preuve, des champs de bataille au Palais de Verre de New York. Les moyens d’information du monde entier – à commencer par un enregistrement vidéo incontestable de l’agence de presse Associated Press (AP) – diffusaient la nouvelle d’une attaque aérienne américaine qui, par erreur (?), avait provoqué la mort de 40-45 personnes – y compris 15 enfants et 10 femmes – invités, malgré les démentis officiels du Pentagone, à un banquet nuptial dans le désert, à Husaybah, dans la province de Ramadi, à 25 kilomètres de la frontière syrienne.
Presque au même moment, dans la bande de Gaza, un des deux territoires palestiniens, celui frontalier de l’Egypte, des chars d’assaut et des hélicoptères israéliens, toujours par erreur, provoquaient pas moins de 10 victimes (et selon certaines sources davantage encore), surtout des jeunes. Au Palais de Verre, l’agenda du Conseil de sécurité, ouvert sur la question irakienne, suivait son cours avec le vote de la résolution 1544 qui «condamnait l’assassinat de civils palestiniens à Rafah» et demandait à Israël de respecter «les devoirs imposés par le droit humanitaire international» et «insistait en particulier sur l’obligation de ne pas procéder à la démolition de maisons, contraire à ce droit».
Etranges «absences»
A la surprise tous, les Etats-Unis, au lieu d’avoir recours au veto – comme c’est toujours le cas sur cet argument – se sont abstenus et la résolution 1544 a été approuvée par 14 voix favorables.
Dans un document de 22 lignes, John Dugard, «rapporteur spécial» de la Commission pour les droits de l’Homme, se dit «horripilé» par les opérations israéliennes et demandait un jour au Conseil de sécurité de prendre en considération la possibilité d’imposer un embargo sur les armes à Tel-Aviv similaire à celui qui avait été décrété en 1977 pour l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. «Je ne vois pas pourquoi cette mesure ne pourrait pas être considérée comme celle appropriée», ajoutait même M. Dugard.
Des paroles et un ton que «le journalisme comme il faut» ne semble pas avoir saisi car ni les pages des journaux ni celles virtuelles d’internet n’en faisaient état. Un rapprochement est en revanche bien moins passé sous silence: en juillet 2002, en Afghanistan, les Américains ont tiré du ciel sur une assemblée qui participait à un mariage à Uruzgan faisant 48 morts et au moins 170 blessés, y compris de nombreuses femmes et des enfants. A l’époque aussi ils démentirent les faits et répondirent avoir riposté au feu ennemi. Et dans les deux cas, le «feu ennemi» est celui d’une tradition bruyante mais inoffensive: celle de la célébration des époux avec quelques pétards et quelques coups de fusil tirés en l’air.
Comment feront-il pour nier, cette fois?
Comment ont-ils fait cette fois, malgré l’évidence télévisée fournie par Associated Press qui livre des témoignages sur la fête nuptiale et dans laquelle on voit d’ailleurs – les détails sont désolants mais ne pouvant pas être passés sous silence vu la nature des démentis – les cadavres d’enfants les uns sur les autres, y compris un sans tête et celui martyrisé d’une fillette âgée d’environ 5 ans.
Husaybah et Uruzgan sont des noms dont peu de personnes se souviendront et encore moins sauront situer sur la vaste portion de territoire toujours plus ensanglantée sur le globe terrestre. Sans doute quelqu’un se souviendra davantage de Rafah et aura à l’esprit la localisation de cette ville, sans toutefois savoir que les fleurs achetées aujourd’hui, ou demain, ou un autre jour, arriveront peut-être de Rafah. «Nous avons été contraints de mettre les corps dans les frigos utilisés pour les fleurs que nous exportons en Europe» a déclaré le médecin Manar Thair de l’hôpital de Rafah à Giorgio Raccah de l’agence de presse italienne ANSA. Ce sont quelques dizaines de Palestiniens – le nombre précis est difficile à évaluer – en majorité des civils, qui ont été tués durant les trois premiers jours de cette opération militaire israélienne que même l’Union européenne a qualifié «d’absolument disproportionnée».
Sur le même ton ont été formulées les déclarations officielles de Madrid, Moscou et Londres. Malgré tout, la nuit dernière de nouvelles victimes palestiniennes sont tombées à Gaza, cinq au moins, pour un total d’une vingtaine en 24 heures; et, en violation de la résolution 1544, ce sont 15 autres maisons qui ont été détruites, augmentant le total des 1’600 sans abris de la bande de Gaza.
Combien de jeunes survivants et sans cicatrices?
David Bassiouni, représentant spécial de l’UNICEF, l’organisme de l’ONU pour l’enfance, a rappelé que ces derniers jours au moins 10 mineurs sont morts à Rafah, dont une fillette de 16 ans et un enfant de 13 touchés dans leur habitation; d’innombrables mineurs ont été blessés physiquement et se trouvent dans de terribles conditions psychologiques. Depuis le début du conflit, a rappelé Bassiouni, plus de 660 enfants de moins de 18 ans sont «tombés», dont 104 Israéliens. Si jamais Israël et un futur Etat palestinien – situation à laquelle la Road Map (la feuille de route) devait porter – devaient un jour cohabiter dans la paix, combien y aura-t-il de jeunes survivants sans cicatrices physiques et morales indélébiles? Et en Irak, où le nombre exact de morts et de personnes souffrantes n’existe pas, combien y aura-t-il de victimes de cette unique «venin» Moyen-oriental dont a parlé en avril dernier l’envoyé spécial de l’ONU Lakhdar Brahimi?
Pour le moment, espérons qu’au moins à Rafah ils puissent encore conserver les fleurs au lieu de devoir transformer les frigos en morgues. Espérons aussi que «le journalisme comme il le faut et light» se libère de ses règles non écrites et se décide à voir et à décrire les liens découverts et ceux occultes entre les faits, dans une situation internationale qui parvient à «globaliser» la planète presque exclusivement en termes de peur et d’angoisse». (apic/misna/pr)
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