Inde: L’autorisation de l’enseignement de l’astrologie dans les universités critiquée
New Delhi, 21 mai 2004 (Apic) L’enseignement de l’astrologie dans les universités en Inde, légitimé par une décision de justice, est vivement critiqué. Une partie des Hindous et de nombreux chrétiens s’inquiètent d’une telle porte ouverte à cette pratique. Une pratique, répliquent les partisans, plus ancienne que celle des sciences occidentales, et à laquelle ont recours de nombreuses personnes, y compris les politiciens.
Le 5 mai 2004, la Cour suprême de New Delhi a en effet rendu son jugement au sujet d’une plainte mettant en cause l’enseignement de l’astrologie dans les universités. Elle l’a rejetée, la considérant non fondée sous prétexte que ce cours n’est pas obligatoire et que personne n’est par conséquent obligé de le suivre.
La plainte avait été déposée par un scientifique indien et deux autres personnalités. Elle contestait la décision prise par la Commission fédérale d’allocations universitaires visant à introduire parmi les matières d’enseignement du baccalauréat (bachelor) et de la maîtrise, une discipline appelée astrologie védique (Jyotir Vedan) tirée des Védas. Les auteurs de la plainte mettaient en avant l’absence de fondements scientifiques de cet enseignement. L’introduction de l’astrologie dans le programme universitaire ne pouvait selon eux que discréditer l’enseignement scientifique dispensé aux étudiants.
L’astrologie védique n’en conserve pas moins de fervents défenseurs qui se sont réjouis de la sentence de la Cour suprême, comme, par exemple, Vishnu Hari Dalmia, le président international du Vishwa Hindu Parishad (Conseil mondial hindou, VHP). Il a affirmé qu’il s’agissait là d’une science indienne dont le développement a duré des milliers d’années. Son histoire, a-t-il dit, est plus ancienne que celle des sciences occidentales et seuls les pseudo-scientifiques ne veulent pas la reconnaître.
Divergences
Un certain nombre d’hindous, de scientifiques chrétiens, de théologiens mêmes sont loin de partager cette opinion. A l’annonce de la décision du tribunal, un ascète hindou Swami Agnivesh, qui s’est posé à plusieurs reprises en défenseur des droits des enfants, a fait remarquer que les textes hindous ne font pas mention de l’astrologie, une discipline en désaccord avec la simple raison. «Tous les hindous de progrès, a-t-il ajouté, s’opposent à l’astrologie, à la chiromancie et autres superstitions semblables sans fondements religieux ou scientifiques». Il a toutefois concédé que beaucoup de politiciens indiens, peut-être la plupart, ont recours aux astrologues. C’est le cas, a-t-il dit, du ministre des ressources humaines et du développement.
Selon l’ascète hindou, la Commission d’allocations universitaires et un certain nombre d’autres services de l’Education nationale sont placés sous la direction de Joshi, un important dirigeant du Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien, BJP). Celui-ci croit fermement dans l’astrologie et la défend vigoureusement bien qu’il ait été étudiant en physique nucléaire.
A l’occasion de cette controverse, un spécialiste de théologie morale, le P. Arokiasamy, a tenu à donner sur ce problème un point de vue à la fois éthique et sociologique. Selon lui, lorsque le peuple se met à croire dans l’astrologie, il oublie ses facultés humaines comme la liberté. De telles croyances s’opposent à l’esprit scientifique, à l’indépendance de la réflexion, et réduisent grandement le sens de la responsabilité.
Le théologien a cependant reconnu que beaucoup d’Indiens font confiance aux astrologues. C’est une part de la réalité de l’Inde que l’on ne peut ignorer, même si il est difficile de l’accepter.
Le «spectacle» de la Place Connaught
Le «spectacle» offert dans la capitale indienne sur la Place Connaught vient d’ailleurs renforcer les propos du théologien. Sur cette place, des étudiantes se pressent autour d’un astrologue nommé Rajesh Kumar accroupi dans un couloir. Celui-ci annonce à l’une d’entre elles, Shikha Garg, qu’elle est sur le point de trouver un emploi et qu’elle va se marier. Cette prédiction lui vaut 50 roupies. Grâce à ce genre de révélation, l’astrologue obtient chaque jour une somme d’argent qui va de 200 à 1’000 roupies, soit près de 18 euros.
Déjà, en novembre 2001, a New Delhi, lors d’une réunion de protestation contre certains éléments d’un remaniement gouvernemental du programme des études scolaires, divers groupes chrétiens, des dirigeants religieux et des représentants de partis de gauche avaient reproché aux autorités fédérales de vouloir légitimer l’astrologie comme discipline d’études dans les universités. (apic/eni/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse