La formation insuffisante, responsable de la pauvreté

Berne: Caritas Suisse demande des mesures pour enrayer la précarité

Berne, 24 mai 2004 (Apic) Caritas présente à la presse son étude «Risque de pauvreté No 1: une mauvaise formation» et réclame des mesures dans le domaine de l’éducation, de la formation et de la politique familiale. L’oeuvre d’entraide a également commenté son rapport annuel. Le volume des comptes s’équilibre à 103 millions dont près de 45 millions sont consacrés à la coopération internationale.

Aujourd’hui ce sont les couches moyennes qui sont touchées par la pauvreté. C’est nouveau.»La pauvreté est un problème de gens normaux, ni asociaux, ni marginalisés», affirme l’étude de Caritas. Ce qui recoupe les résultats des études européennes sur le sujet. «La personne disposant d’un niveau de formation élevé est également confrontée à des situations de pauvreté, mais généralement à court terme. Par contre, celui ou celle qui a un niveau de formation inférieur peut craindre une pauvreté à long terme ou répétitive».

Le directeur de Caritas Suisse, Jürg Krummenacher, a présenté l’étude «Risque de pauvreté no 1: une mauvaise formation» et a mis en avant l’existence de «phases critiques de la vie», au cours de laquelle les individus et les familles peuvent être touchés par la pauvreté. Celle-ci n’est donc plus structurelle, mais concerne les gens au cours de leur vie. Le rôle de la formation et son incidence sur la pauvreté fait dire à Caritas que «la formation protège contre la pauvreté». Une précédente étude montrait que celle-ci touche 10 à 12% de la population résidente.

Pour Jürg Krummenacher, la formation commence au berceau ou presque. Il plaide pour «des institutions d’encadrement complémentaires à la famille», telles que crèches, familles de jour, groupes de jeu, jardins d’enfants, etc. En effet, affirme-t-il, «les enfants en âge préscolaire y développent généralement mieux leurs aptitudes que les enfants qui n’ont pas été placés dans des institutions ou qui ont grandi exclusivement au sein de leur propre famille». Dans le domaine éducatif, l’école devrait comporter un premier degré obligatoire (préscolaire) et développer les structures d’accueil extrascolaire.

Etendre le système des bourses

Selon un graphique, 5% des étudiants dans une haute école ont des parents ayant fait l’école primaire seulement, alors qu’ils sont 25% à avoir des parents qui ont suivi une école professionnelle ou un apprentissage. Il faudrait encore, assure le directeur de Caritas, «étendre le système des bourses et harmoniser les règlements cantonaux en matière de prêts aux études».

De plus, la formation continue devrait être mieux promue. Sur le marché du travail, Caritas insiste sur la création de places d’apprentissage ainsi que «des solutions transitoires» pour les jeunes. Les employeurs sont aussi appelés à s’engager. Le chômage des jeunes dépasse les 8% rappelle Caritas, soit le double de la moyenne du chômage en Suisse.

Enfin, la politique familiale devrait comprendre «des prestations complémentaires pour familles dans le besoin». Les jeunes adultes sont particulièrement exposés à un risque de pauvreté accru au moment de fonder une famille, rappelle Caritas. Qui réclame dans son étude une nouvelle politique de «gestion de la pauvreté s’appuyant sur une politique étatique, axée sur les moments critiques de la vie, en prévision du danger d’appauvrissement des personnes».

«Quand on réussit à faire accéder le plus d’enfants possible à un bon niveau de formation, on réduit en conséquence le risque d’appauvrissement ultérieur des adultes», note l’étude de Caritas, qui ajoute que «les jeunes adultes qui ont suivi une formation insuffisante sont aussi venus grossir les rangs des clients de l’aide sociale ces dernières années».

La responsabilité de l’économie dans la nouvelle pauvreté

Le directeur de Caritas, interrogé par l’Apic sur le rôle de l’économie et des critères de la libéralisation, dans ce nouveau phénomène de la pauvreté, déplore «que beaucoup d’entreprises n’emploient plus de personnes invalides, ce qui était le cas autrefois .» Il y a là une responsabilité de l’économie dans le processus de paupérisation», déclare Jürg Krummenacher, qui reconnaît qu’il ne sait pas comment lutter contre cette tendance. «Pour les chômeurs de longue durée», précise-t-il, «Caritas a des projets en vue, afin de créer un deuxième marché du travail intégrant les exclus». Et ceci dans plusieurs cantons.

En ce qui concerne les jeunes, l’étude regrette que «l’entreprise perde de plus en plus sa fonction d’intégration des jeunes gens. «En raison de l’élévation du niveau de qualifications nécessaires lors de l’entrée dans l’entreprise, tout un groupe de main-d’oeuvre se trouve dévalué avant même d’avoir pu se rendre utile».

Pour l’un des signataires de cette étude sociologique sur la pauvreté, Carlo Knöpfel, responsable du secteur Etudes de Caritas Suisse, le système éducatif faillit à sa mission». Trop de jeunes accèdent encore à la vie professionnelle avec une formation insuffisante, insiste-t-il. Avant de relever que «les femmes sont plus souvent et plus violemment confrontées à la pauvreté que les hommes», en raison d’interruptions dans leur cursus professionnel pour cause de famille et surtout lorsqu’elles élèvent seules leurs enfants. VB

Encadré:

Caritas aide qui et pour quel montant ?

L’Irak, où Caritas est présente depuis 1991, a été au centre de l’aide humanitaire en 2003. Après une période de reconstruction en faveur de populations kurdes, l’oeuvre poursuit son aide sociale: 30’000 enfants sous- alimentés et 20’000 femmes ont profité de ce programme.

Dans la région de Bam en Iran, elle est en passe de reconstruire environ 450 maisons. Le Soudan et sa guerre oubliée du Darfour où plus d’un million de personnes a dû fuir donne l’occasion à Caritas d’apporter son aide humanitaire. L’organisation gère trois camps de réfugiés à l’est du Tchad.

En Suisse, Caritas a continué à développer ses 11 épiceries sociales, destinées aux personnes démunies, dans différentes villes de Suisse. En outre, l’oeuvre d’entraide a placé 1640 personnes dans plus de 200 fermes de montagne. En plus de son important engagement social auprès des requérants, Caritas s’est engagée pour les sans-papiers, pour lesquels, rappelons-le l’association a demandé une régularisation collective.

Le rapport annuel 2003 de Caritas met en évidence que si les comptes s’équilibrent sur le chiffre de 103 millions de francs, près de 45 millions vont à son secteur Coopération internationale. 32 millions ont servi à l’accompagnement et l’encadrement des réfugiés et requérants d’asile. Reste 7,3 millions pour les projets sociaux et à l’aide en cas de catastrophes en Suisse. 11,6 millions vont à la recherche, aux activités de l’association, à l’information, à la pub et aux coûts administratifs et de personnel. Les dons, la Chaîne du Bonheur et autres organismes d’entraide contribuent pour 46,3 millions, les fonds publics pour 41,7 millions. 15 millions proviennent de la vente de marchandises ou services. (apic/com/vb)

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