Un morceau d’Afrique en pays Agaunois

Saint-Maurice: 3e Pèlerinage des Africains de Suisse: un succès qui ne se dément pas

Pierre Rottet, Agence Apic

Saint-Maurice, 31 mai 2004 (Apic) Près de 300 personnes, africaines pour la plupart, ont participé dimanche de Pentecôte à Saint-Maurice, en Valais, au 3ème pèlerinage des Africains de Suisse. Un rassemblement haut en couleurs, en chants, en musiques, en bonne humeur. Transformant l’espace d’une journée les alentours de l’Abbaye de Saint-Maurice en terre africaine. Le soleil même s’était fait complice.

Depuis trois ans maintenant, à l’initiative du GCMSR, le Groupe de coopération missionnaire de Suisse romande, les Africains de Suisse convergent, de partout en Suisse, pour participer à ce pèlerinage dédié aux saints d’Afrique. L’abbaye de Saint-Maurice est en effet dépositaire d’une relique des saints Charles Lwanga et Mathias Mulumba, chrétiens d’Ouganda martyrisés par le roi Mwanga en 1886. Tous deux ont trouvé place à côté des anciens saints d’Afrique, Maurice et ses compagnons de la Légion thébaine, de Haute-Egypte, martyrs pour leur foi au IIIe siècle.

De Fribourg, du Jura, du Valais, de Vaud et Genève. mais aussi de Suisse alémanique, et même de France et d’Italie, ils sont venus, en famille le plus souvent, par bus entiers. Apportant chacun avec eux un coin de leur terre, laissé quelque part au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Burundi, au Rwanda ou ailleurs.

Aux abords de l’abbatiale, la vie a soudain pris des couleurs, en ce dimanche matin, pour se transformer à l’heure des retrouvailles en musique, en rire. En gaieté, simplement. Sûr que les nombreux enfants n’y étaient pas pour rien. Certains venaient pour la première fois à Saint-Maurice, comme Hortense Masandza, du Congo Brazzaville, arrivée de la ville picarde d’Amiens, ou encore Nadine Likassi, accourue la veille déjà de la région de Venise.

Unique en Suisse

Unique en Suisse, en tous cas, ce pèlerinage des Africains prend d’année en année plus d’importance. Logique, commente l’abbé Hyacinthe Ya Kuiza N’Guezi, prêtre à Courtételle, dans le Jura, arrivé à la tête d’une délégation d’une quarantaine de personnes: «Ce rassemblement permet de donner aux chrétiens africains de Suisse ou d’ailleurs un lien identitaire». Un lien que la forte délégation de l’Ecole de la Foi, à Fribourg, a bien vite lié, avec les groupes africains du Cap Vert, venus de Zurich, avec aussi les trois ou quatre groupes musicaux, et notamment celui de la chorale africaine de langue française de la paroisse catholique de Zurich.

Au son des balafons et des maracas

«La diaspora africaine se voit ici offrir un espace de liberté, que nous partageons ensemble», témoignait d’ailleurs ce participant, à l’heure où se mettaient en route les pèlerins pour sillonner les quelques 300 mètres les séparant de l’abbatiale. En habits traditionnels, comme il se doit pour certains, boubous bariolés aux couleurs les plus vives pour d’autres, instruments de musique, balafons, maracas, guitares et tam tam. sûr que ce petit cortège entonnant les chants les plus divers dans des langues non moins variées n’allait pas passer inaperçu, en pénétrant dans l’abbatiale. Premier acte de la journée en hommage aux martyrs africains.

Accueillis par Mgr Joseph Roduit, Abbé de Saint-Maurice, les pèlerins n’ont pas tardé à faire vibrer l’austère abbatiale et la petite chapelle contenant la relique des saints Lwanga et Mulumba, martyrs en Ouganda à la fin du XIXe siècle.

Les chants entrecoupés des youyous de circonstances ont dès lors imprimé le ton à la fête. Et lorsque des Africains prient en chantant, on ne reste que difficilement en place: ils dansent et bougent. à faire remuer les jambes des plus récalcitrantes. Bref, «ça» transforme un lieu, fût-ce une église, une abbatiale. En d’autres termes, cela rapproche.

L’invitation du cardinal

Pas triste non plus, l’acte qui allait précéder l’Eucharistie, sous la forme d’un pique nique qui allait donner au réfectoire des allures de gastronomies africaines. De restaurants de Cotonou ou de Brazzaville, de Kinshasa ou Luanda. Pour demeurer dans le ton de la journée, le cardinal Henri Schwery, hôte surprise venu à l’heure du repas saluer les convives, n’a pas hésité à se mêler à la foule et aux groupes musicaux. Y allant même de sa plaisanterie: «Si un Africain parmi vous veut devenir saint, qu’il n’hésite pas à s’adresser à moi, en ma qualité de membre de la Congrégation pour les causes des saints».

Ce troisième pèlerinage a pris fin dans l’après-midi avec la célébration de l’Eucharistie. En musique et en chants comme il se doit. En danse. Bref, de quoi faire regretter qu’il n’y ait pas plus de rythmes africains lors des messes dominicales ordinaires. PR

Encadré

Une fausse note signée police

A l’heure où les Agaunois se réveillaient, en ce dimanche de Pentecôte, laissant désertes les rues de la ville, les quelques rares passants n’en crurent pas leurs yeux, en voyant la voiture de police s’arrêter aux abords de l’abbatiale, pour aller apposer une amende sur le pare-brise d’une voiture. Une voiture qui ne gênait pourtant nullement la circulation, mais parquée au plus proche de la porte de l’église pour permettre à une personne handicapée de parcourir le moins de mètres possibles. Malgré les interventions de plusieurs personnes, l’homme de la police cantonale n’en voulut pas démordre. 120 francs, le tarif. Même pour un dimanche de Pentecôte, c’était placer haut la quête.de la messe et des finances de l’Etat. PR

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(apic/pr)

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