Le Saint-Siège satisfait

Qatar: Fin des travaux de la Commission pour les rapports religieux avec les musulmans

Blandine Bècheras, envoyée spéciale d’I.Media à Doha

Doha, 1er juin 2004 (Apic) Au terme des travaux à huit clos de la Commission pour les rapports religieux avec les musulmans, tenus au Qatar du 27 au 29 mai 2004 sur le thème de la liberté religieuse, le Saint-siège s’est dit satisfait de la teneur des discussions. Interrogé par une poignée de journalistes avant de quitter Doha le 29 mai, Mgr Michael Fitzgerald, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a résumé le contenu de ces discussions.

«Nous avons d’abord eu une longue partie théorique dédiée à la Charte des droits de l’homme, comment elle a été élaborée ainsi que les difficultés pour certains pays musulmans d’accepter l’article qui parle de la liberté religieuse», a déclaré Mgr Michael Fitzgerald, promoteur de cette réunion qui réunissait douze experts catholiques et douze musulmans de 15 pays, dont trois femmes. Certains pays musulmans, colonisés par des pays européens au moment de la rédaction de cette Charte en 1948, considèrent en effet ce document comme une imposition de la part de l’Occident.

«Nous avons ensuite abordé la doctrine de l’Eglise catholique sur la liberté religieuse, puis nous avons eu une approche de la liberté religieuse par les auteurs modernes musulmans. Enfin, nous sommes passés à l’application du principe de liberté religieuse en prenant trois exemples: le Pakistan, le Nigeria, et la France». Ces trois pays avaient en effet été choisis par la Commission en raison de la différence de répartition entre chrétiens et musulmans, le Pakistan étant un pays à majorité musulmane, la France un pays à majorité catholique et le Nigeria avec une population à moitié musulmane et à moitié catholique.

Liberté religieuse vue sous un seul angle

La dernière session de travail a été «une tentative de surveillance du droit à la liberté religieuse» dans le monde, à savoir le fonctionnement d’organismes indépendants, comme Amnesty International, la commission de l’OSCE sur la liberté religieuse, ou encore le Congrès américain. Les deux délégations se sont mises d’accord sur le fait que ces organismes n’observent souvent les cas de liberté religieuse que sous un certain angle. Selon un des experts de la Commission qui veut rester sous couvert d’anonymat, le Congrès américain par exemple – qui a créé un comité ad hoc rédigeant chaque année un rapport sur la liberté religieuse dans le monde -, se borne à étudier certains cas et ne se risque pas à en étudier d’autres.

«Les commentaires que nous avons eus de la délégation musulmane ont été très utiles, le climat très cordial, quoique parfois difficile», a ajouté Mgr Fitzgerald. Il a noté une «évolution de la pensée musulmane sur la liberté religieuse suite à des réflexions en cours au sein de l’Islam». Sur le problème de la liberté religieuse du point de vue de l’individu, par exemple, et le fait de faire la volonté de Dieu selon sa propre conscience, «il n’y a pas eu de réactions négatives de la part des musulmans», a-t-il commenté.

A propos de l’apostasie

La question de l’apostasie est également un thème qui a été largement discuté. En cas d’apostasie d’un fidèle, l’Islam prévoit des sanctions non seulement religieuses mais aussi politiques et juridiques. «Ces sanctions n’existent pas dans l’Eglise catholique», s’est exclamé Mgr Fitzgerald.

«Si l’apostasie est considérée comme un manque de liberté religieuse pour les chrétiens, ce n’est pas le cas pour l’Islam», avait pour sa part déclaré quelques heures auparavant la professeur Aysha Al-Mannai, doyenne de la faculté de la charia au Qatar, une des deux femmes de la délégation musulmane. «Nous avons dialogué sur cette question, de manière très compréhensive et sans se lancer des accusations, mais bien pour que chacun explique ce qui pouvait être plus obscur pour l’autre délégation», a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse. «Dialoguer ne veut pas dire fusionner, chacun a ses croyances qui ne peuvent être modifiées, mais dialoguer veut dire se comprendre et respecter l’autre».

C’est la première fois que des experts musulmans étaient invités à donner leur opinion sur ce rapport élaboré par les 12 membres catholiques de la Commission ces trois dernières années. Ce document, après modification suite à ces trois jours de débat à Doha, devrait rester à usage interne au Vatican. Il ne sera pas publié officiellement mais servira aux évêques et aux églises locales confrontées au problème de la liberté religieuse. (Apic/imedia/bb/pr)

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