Quelque 600 cas par an à Fribourg, 15 à 20’000 en Suisse

Suisse: Mgr Genoud publie des directives pour la sortie d’Eglise dans le canton de Fribourg

Fribourg, 3 juin 2004 (Apic) Les sorties d’Eglise, même si leur nombre est encore relativement modeste dans le canton de Fribourg, sont un phénomène douloureux qui doit nous interpeller, a souligné mercredi soir à Belfaux l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg.

Mgr Bernard Genoud a plaidé pour une voie médiane entre le refus de tout service pastoral pour ceux qui ont quitté l’Eglise et un laxisme qui pourrait à terme mettre en péril les finances des collectivités paroissiales et serait surtout contraire au devoir de solidarité et de partage. Ces lignes directrices proposent des solutions permettant à la fois le respect du principe de la solidarité matérielle et la charité.

Certes, une paroisse n’est pas tenue d’offrir ses services pastoraux aux personnes sorties de l’Eglise «mais la charité du Christ transcende la loi», insiste l’évêque. C’est le curé, dans le dialogue avec son conseil de paroisse, qui est responsable de l’appréciation d’une telle situation.

Devant plus de 400 personnes – agents pastoraux, conseillers de paroisses, notamment -, Mgr Bernard Genoud a présenté le 2 juin la portée canonique et les conséquences pastorales d’une déclaration de sortie de l’Eglise catholique romaine. Ces directives font suite au nouveau Statut ecclésiastique de l’Eglise dans le canton de Fribourg entré en vigueur le 1er janvier 1998. Il ne règle, dans ses articles 8 à 12, ce problème que du point de vue du droit ecclésiastique. Les conséquences d’une déclaration de sortie du point de vue du droit ecclésiastique sont la perte du droit de vote et d’élection; la perte de l’éligibilité et la perte de l’obligation de verser l’impôt ecclésiastique.

Des règles pour chaque diocèse

Chaque année, en Suisse, entre 15 et 20’000 baptisés quittent l’Eglise catholique romaine. Comme il n’y a pas d’unité de doctrine au niveau suisse, chaque diocèse règle le problème en accord avec sa propre réalité. Dans le canton de Fribourg, les corporations ecclésiastiques recensent annuellement quelque 600 départs par année, et leurs façons d’agir face aux demandes de sortie ne sont pas toutes les mêmes. D’où la nécessité d’harmoniser et d’unifier les pratiques des conseils de paroisses.

Des modèles de lettres – offrant notamment des possibilités de dialogue, présentant les conséquences d’une sortie de l’Eglise, formulant la déclaration de sortie de l’Eglise catholique romaine et sa confirmation, ainsi que le formulaire de sortie pour les personnes n’ayant pas atteint leurs 16 ans révolus – sont proposés aux paroisses.

Accompagnement pastoral des personnes sorties de l’Eglise

En rendant publiques ses «Lignes directrices concernant la sortie de l’Eglise catholique romaine du canton de Fribourg», qui entreront en vigueur le 1er juillet prochain, Mgr Genoud a dit chercher une voie médiane entre justice, charité et solidarité. Fruit de longues cogitations et de consultations multiples, ces directives proposent un accompagnement pastoral des personnes sorties de l’Eglise et règlent l’offre de services pastoraux demandés par ces personnes – enseignement religieux de leurs enfants mineurs, baptême, catéchèse, funérailles religieuses, mariage religieux -.

Ces lignes directrices s’adressent prioritairement aux agents pastoraux (prêtres, diacres permanents et laïcs permanents) ainsi qu’aux Conseils pastoraux et aux Conseils de paroisse du canton de Fribourg.

Le thème des sorties d’Eglise est brûlant

Si la foule était présente en masse à la salle paroissiale de Belfaux, c’est que le thème des sorties d’Eglise est brûlant, car il interpelle fortement la communauté des croyants confrontée de plus en plus à une société sécularisée, laïcisée et indifférente au plan religieux. Le lien entre certains croyants et l’Eglise s’est estompé – «un fait tristement attesté par la baisse de la pratique religieuse» -, même si le besoin de Dieu reste toujours là. Certains croyants ont été blessés par telle ou telle décision ou attitude des autorités, d’autres connaissent la détresse matérielle. Les motifs de sortie sont à l’évidence très divers.

Mais c’est la crainte que des départs massifs ne menacent les finances des corporations ecclésiastiques qui se dessinait en filigrane de la rencontre de l’autorité diocésaine avec les agents pastoraux. Dès le 1er juillet, agents pastoraux et conseils de paroisse devraient donc savoir à quoi s’en tenir: mercredi soir, Mgr Genoud et ses deux vicaires épiscopaux ont voulu dissiper les craintes présentes au niveau des corporations ecclésiastiques. JB

Encadré

Distinguer les motifs de sortie de l’Eglise

L’évêque diocésain a souhaité que l’on mette en place une pastorale appropriée pour toutes les personnes non pratiquantes, étant donné que les fidèles ayant perdu un lien étroit avec l’Eglise seront certainement de futurs candidats à une déclaration de sortie. De plus, en cas de demande de sortie, il faut d’abord chercher le dialogue – sous réserve de la liberté du demandeur – pour savoir quelles sont les raisons derrière cette «grave décision». Du point de vue du droit canonique, il n’y a pas de sortie d’Eglise, car on appartient à l’Eglise par le sacrement du baptême, qui est indélébile: «Puisque dans le baptême, c’est Dieu qui se lie à la personne, il ne révoque pas ses dons».

Si une personne ne veut plus faire partie de l’Eglise de manière active, se retrancher de la communauté des croyants, elle est libre, souligne Mgr Genoud. Il y a trois situations claires sur ce plan: le schisme, l’hérésie ou l’apostasie. La personne qui se retranche de la participation active n’est pas forcément apostat, hérétique ou schismatique. Des personnes en révolte ou blessées par des actions ou des attitudes dans la communauté, même si elles font une demande de sortie et prennent une distance avec l’Eglise, ne rejettent pas forcément la foi catholique ou Jésus-Christ. Il est très important, du point de vue pastoral, de distinguer les motivations et d’avoir une approche différenciée, rappelle l’évêque. Si quelqu’un qui est sorti de l’Eglise demande des services pastoraux, il faudra d’abord l’inviter à réintégrer la communauté, et s’il ne veut pas, lui demander une participation sans tomber dans la «simonie», l’Eglise ne vendant pas des sacrements ou des services pastoraux. JB

Encadré

Payer les services pastoraux: pas de tarifs, mais une fourchette à élaborer par les paroisses

Mgr Genoud ne souhaite pas que l’on fasse payer les services pastoraux, pour ceux qui sont sortis de l’Eglise – et qui souhaiteraient tout de même en bénéficier dans certaines circonstances – selon des tarifs uniques fixés d’avance. «Cela me paraîtrait tellement peu pastoral, peu aimant. On ne travaille pas dans l’Eglise comme dans une entreprise humaine; on ne vend pas les sacrements. mais il faut par contre rappeler le devoir de solidarité avec la communauté. Nous devons vivre, et je comprends le souci des paroisses». L’évêque diocésain souhaiterait qu’une commission ou un groupe de travail émanant des paroisses élabore une fourchette, de façon à ce que les montants demandés soient harmonisés au niveau cantonal. Il faut être conscient que lorsque l’on demande les services de la paroisse, la communauté paie des frais de chauffage, d’électricité, le salaire du sacristain. (apic/be)

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