Importance de la visite: George Bush a changé son agenda

Rome: Jean Paul II reçoit le président américain vendredi 4 juin

Rome, 3 juin 2004 (Apic) A la veille de sa visite en Suisse, samedi, le pape Jean Paul II recevra vendredi 4 juin 2004 au Vatican le président américain qui se rend en Europe à l’occasion des commémorations de la Deuxième guerre mondiale. En cette année électorale, George Bush tenait à rencontrer le Souverain pontife qu’il n’avait plus vu depuis le 28 mai 2002, à tel point qu’il a avancé son arrivée à Rome afin de le rencontrer.

Le président américain a ainsi souligné l’importance de cette audience, alors que les Etats-Unis cherchent l’aide de la communauté internationale pour assurer la transition en Irak. A quelques mois de l’élection présidentielle américaine, le poids de l’électorat catholique sera loin d’être négligeable, d’autant plus que l’aventure sanglante en Irak s’est heurtée dès le départ à l’opposition du Saint-Siège et du pape lui-même. Malgré les explications appuyées de Washington, le Vatican n’a pas légitimé le concept contesté de «guerre préventive» avancé par l’administration américaine pour justifier l’invasion d’un pays souverain.

Une audience de près d’une heure

L’audience entre les deux hommes devrait durer près d’une heure. Le président américain rencontrera tout d’abord Jean Paul II en privé, dans la bibliothèque du palais apostolique, avant que le Souverain pontife ne lise son discours officiel en présence de la suite présidentielle. George Bush s’entretiendra par la suite, selon la coutume, avec le cardinal secrétaire d’Etat Angelo Sodano.

«Le Souverain pontife et le président américain discuteront sûrement de la situation en Irak et au Moyen-Orient», a affirmé R. James Nicholson, l’ambassadeur des Etats-Unis près le Saint-Siège, à l’agence catholique Korazym, le 31 mai 2004.

Selon lui, «s’il dispose de suffisamment de temps, le président voudra également affronter les questions de liberté religieuse et les nombreux problèmes concernant le bien de l’humanité, comme le combat contre le sida». Il voudra aussi aborder «les questions concernant la poursuite, la protection et la promotion de la dignité humaine dans le monde entier, auxquelles tiennent aussi bien les Etats-Unis que le Saint-Siège».

«La position des Etats-Unis et du Vatican sur la question irakienne ne sont pas diamétralement opposées (.) Les Etats-Unis partagent pleinement la vision du Saint-Siège» concernant le rôle que les Nations Unies doivent jouer actuellement en Irak», a déclaré de son côté l’ambassadeur R. James Nicholson.

«Nous sommes d’accord sur la date du 30 juin pour le transfert de l’autorité aux mains du gouvernement irakien», a-t-il donné en exemple. «Nous apprécions que le Vatican considère positivement le rétablissement d’un régime démocratique, et nous comprenons aussi qu’il doit être fondé sur les traditions culturelles du pays», a-t-il expliqué.

Par ailleurs, concernant le scandale des tortures en Irak, il a précisé que «le président américain profitera de la rencontre avec le pape pour exprimer sa condamnation sévère de tels actes, soulignant qu’il est prêt à aller jusqu’au bout et à assurer que les responsables seront punis». «Le président comprend les implications tragiques pour le dialogue avec l’islam et les violations à la dignité humaine», a-t-il justifié, ajoutant qu’il «soulignerait en outre que les violences à Abu Ghraïb ne concernent pas l’Amérique entière mais (.) peu de personnes».

Jean-Paul II, quant à lui, a condamné publiquement les tortures, le 27 mai 2004, qu’il a qualifiées d’»affront intolérable à la dignité humaine», en soulignant que personne ne pouvait «se taire devant de telles exactions».

La guerre injuste et illégale

Lors de leur dernière rencontre d’il y a deux ans, Jean Paul II avait essayé en vain de convaincre le président américain de ne pas s’engager dans une «guerre préventive» en Irak, concept qu’il ne jugeait pas juste. En mars 2003, il avait envoyé en dernier recours aux Etats-Unis le cardinal Pio Laghi, préfet émérite de la Congrégation pour l’éducation catholique, ancien nonce apostolique aux Etats-Unis et ami de George Bush père, qui avait prévenu le gouvernement américain de l’illégalité d’un conflit qui ne serait pas approuvé par les Nations Unies.

«Il est bon qu’il [G.Bush] vienne parce que le pape a certaines choses à lui dire», a affirmé le cardinal Pio Laghi dans le quotidien italien «Il Corriere della Sera» du 13 mai 2004. Il espérait que le président américain réalise «la sagesse» de la position de Jean Paul II sur la guerre. Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, a rappelé pour sa part dans le même quotidien en date du 27 mai 2004 que la position du Vatican sur la guerre «n’avait pas changé». Il a cependant ajouté qu’il «fallait désormais regarder devant nous», et a appelé la communauté internationale «à un effort collectif» pour parvenir à un retour à la paix en Irak. «»La rencontre du président Bush avec le pape sera l’occasion de réaffirmer ses engagements de paix et de solidarité entre les peuples, et de leur donner une nouvelle urgence».

L’avortement: point de convergence

Jean Paul II et le méthodiste George Bush sont tous deux opposés à l’avortement, contrairement au démocrate John Kerry, candidat à la présidence dont l’accès à la communion a été remis en cause pour cette raison par des membres de l’épiscopat américain et par le cardinal Francis Arinze, préfet de la Congrégation pour le culte divin.

George Bush, à Rome pour la commémoration de la libération de la ville pour les troupes américaines lors de la seconde guerre mondiale, il y a soixante ans, arrivera dans la soirée du 3 juin 2004 dans la capitale italienne, pour y demeurer jusqu’au samedi matin. Il verra notamment le président de la République au Quirinal, Carlo Azeglio Ciampi, ainsi que le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi. AR/JB

Encadré

La visite de G. Bush à Rome: ambiance pesante et très haute surveillance

La visite à Rome du Président George W. Bush, les 4 et 5 juin 2004, est très attendue par les pacifistes et les contestataires de la guerre en Irak. Pour éviter tout débordement, les autorités italiennes ont prévu un très important dispositif de sécurité, sans pour autant empêcher les manifestations contre la politique du président américain en Irak. Certains craignent des débordements semblables à ceux du sommet du G 8 à Gênes, en juillet 2001.

Aux abords du Vatican, d’importantes mesures de sécurités ont été prises, interdiction de stationner sur l’avenue qui mène au Saint-Siège et fermeture hermétique des poubelles. Les manifestations se poursuivront au- delà du départ du président Bush, le 5 juin. Des milliers de drapeaux arc- en-ciel ont été accrochés aux fenêtres et sur les ponts de Rome à l’occasion du 2 juin, fête nationale en Italie, qui a vu se dérouler plusieurs manifestations pacifistes en marge du défilé militaire sur l’avenue des Forums impériaux. Sur le pont Saint-Ange, les manifestants ont encapuchonné l’une des statues du Bernin, à l’image des victimes des tortures américaines en Irak. (apic/imedia/be)

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