APIC Dossier
de la liste des Organisations Internationales Catholiques (OIC)
Intervention de la JOCI auprès du Saint-Siège
Rome/Bruxelles, 6août(APIC/CIP) Il y a trois ans quasiment jour pour
jour, le 4 août 1986, suite à une crise qui couvait depuis une dizaine
d’années, le Saint-Siège reconnaissait la CIJOC (Coordination Internationale de la Jeunesse Ouvrière fondée moins de deux mois auparavant) comme la
nouvelle structure provisoire du mouvement des jeunes travailleurs chrétiens. Et cela en lieu et place de la JOCI, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne
Internationale (JOCI). Le Saint-Siège vient à présent de signer avec la CIJOC un protocole d’accord reconnaissant à la nouvelle structure le statut
d’Organisation Internationale Catholique (OIC), « avec tous les droits et
effets y attenant ». Ce qui signifie, par corollaire, que la JOCI, basée à
Bruxelles, cesse d’être reconnue comme OIC. Elle demande aujourd’hui au Vatican de reconsidérer sa position.
Dans une lettre signée par des responsables de la JOCI et son président
Felix Ollarves, la JOCI demande que le Vatican reprenne le dialogue et revoie sa décision de ne plus la considérer comme une OIC. Datée du 14 juillet, mais venant seulement d’être portée à la connaissance du public, cette
lettre est adressée à Mgr Edward Idris Cassidy, substitut de la Secrétairerie d’Etat du Vatican. Dans une lettre adressée au président de la JOCI le
26 juin dernier, Mgr Cassidy rappelait que les différentes JOC locales
pouvaient cependant toujours être affiliées aux Eglises locales, étant
donné que les évêques ont le droit de reconnaître des organisations à
l’intérieur de leur juridiction.
Une crise qui couve depuis plus d’une décennie
C’est à la suite d’une crise qui couvait depuis une bonne dizaine
d’années et que venait d’exacerber le Conseil international de Madrid
(1983), que la CIJOC fut fondée à Paris le 22 juin 1986 par les JOC de
France, d’Italie, d’Angleterre et de Malte. Peu de temps après, le
Saint-Siège nommait un aumônier international auprès de la CIJOC. (Ce
qu’elle ne faisait plus auprès de la JOCI depuis 1983). Depuis, huit autres
mouvements nationaux, dont la VKAJ, la JOC féminine flamande, ont adhéré à
la nouvelle coordination. D’autres ont annoncé leur participation.
On ne reviendra que brièvement sur les motifs qui ont provoqué le dissidence et qui ont été largement exposés au moment de la rupture. Ils tiennent pour l’essentiel à la nature et aux buts du mouvement face aux idéologies et religions non-chrétiennes – à sa caractéristique chrétienne, sa
« dimension missionnaire », la « fidélité à l’intuition de Cardijn », le prêtre
belge qui fonda la JOC en 1925 – ainsi qu’au type de rapports devant exister entre l’équipe internationale et les mouvements nationaux.
Une des questions qui se pose avec acuité, surtout dans le tiers-monde,
est de savoir si la JOC est un mouvement de masse, accueillant sans distinction des jeunes travailleurs de toute convictions religieuses ou philosophiques, ou ne doit-elle recruter que des travailleurs chrétiens. En
Asie, où les chrétiens sont minoritaires, la JOC travaille souvent avec des
travailleurs non-chrétiens, provoquant des difficultés avec l’épiscopat local, comme en Inde depuis quelques années déjà. Des réunions de la JOC
d’Asie doivent d’ailleurs se tenir à ce propos ce mois-ci et le mois prochain.
Qu’en est-il de la caractéristique chrétienne de la JOC ?
La question de la caractéristique chrétienne a été examinée par la JOCI
en 1976, à la demande de Rome, dans un document sur « La spécificité chrétienne et ecclésiale de la JOC ». Document approuvé par la Secrétairerie
d’Etat, comme le fut par la suite un Protocole d’accord. Dans sa lettre du
26 juin dernier, informant la JOCI des nouvelles dispositions, Mgr Cassidy
explique que la décision « provisoire » de reconnaître la CIJOC comme nouvelle structure était prise « dans l’espoir que la JOCI s’engagerait vers de
nouvelles orientations qui permettraient un rapprochement et une unification. Etant donné qu’aucune clarté n’a été faite sur les questions fondamentales, et en raison de la violation du Protocole d’accord, (…) celuici est résilié. A dater de ce jour, la JOCI n’est donc plus reconnue comme
OIC ».
Les responsables de la JOCI ont répondu dans une lettre datée du 14
juillet, tout d’abord pour dire leur surprise : la lettre de Mgr Cassidy,
écrivent-ils, « est la première que nous recevons depuis que la nouvelle
Equipe Internationale a été élue (septembre 1987). Le Conseil International
de la JOC avait pourtant adressé une lettre au pape le 5 octobre 1987. La
JOCI avait ensuite écrit à Mgr Pironio (le 3 novembre 1987) et envoyé les
conclusions du Conseil International à la Secrétairerie d’Etat du Vatican
et au Conseil pontifical pour les Laïcs (16 novembre), redisant chaque fois
son désir de rencontrer leurs instances respectives pour dialoguer sur ce
que vit la JOCI et ses préoccupations.
Surprise d’autant plus grande, ajoute la JOCI, que lors du dernier Conseil International, les mouvemements nationaux « avaient unanimement exprimé
leur volonté de rester un Mouvement de jeunes travailleurs à l’intérieur de
l’Eglise et dont l’expérience soit reconnue par celle-ci »; que les mouvements nationaux avaient décidé d’entreprendre une réflexion sur l’orientation du mouvement, qui devait déboucher sur une clarification au prochain
Conseil International (1991); qu’une Commission d’Orientation, à laquelle
participent des anciens responsables de la JOCI, a été mise sur pied et a
commencé ses travaux en juin; que les mouvements nationaux avaient décidé
d’établir le dialogue avec le CIJOC et qu’à l’initiative de la JOCI, l’une
d’elle était prévue pour 1989.
Des espoirs quand même
S’ils regrettent que leur organisation n’est plus désormais reconnue
comme OIC, les responsables de la JOCI se réjouissent par contre de la
conclusion de la lettre que vient de leur adresser Mgr Cassidy, où l’on
peut lire que « cette décision prise au niveau international ne préjuge pas
des rapports que les Conférences épiscopales ont avec les Mouvements
jocistes de leur propre pays, mais est une invitation à réfléchir avec eux
à leur orientation. D’autre part, nous attendons que le dialogue entre la
CIJOC et la JOCI ait lieu sur des questions fondamentales, en vue de la
recherche d’une éventuelle unification sur des bases fidèles à l’héritage
jociste de Cardijn, dans la communion au Magistère et à la mission de
l’Eglise ».
Les responsables de la JOCI demandent de pouvoir rencontrer Mgr Cassidy.
« Si nous avons été choqués par le fait qu’une décision aussi importante que
celle que vous nous annoncez soit prise de manière si abrupte, sans tenir
compte de ce que nous venons de vous exprimer sur le cheminement de la JOCI, ni des sentiments des Mouvements nationaux, lui écrivent-ils, nous réaffirmons notre foi dans le dialogue et notre volonté de nous situer à
l’intérieur de l’Eglise. C’est pourquoi nous vous demandons de reconsidérer
votre décision et de donner aux démarches engagées (…) le temps d’arriver
à des conclusions (au prochain Conseil International) avant de prendre toute décision ».
Discrétion de mise
Au secrétariat de la JOCI à Bruxelles, la discrétion est de mise : « Le
temps n’est pas à la polémique, confie un responsable. Ce qu’il faut, c’est
faire en sorte qu’une analyse soit possible sur la façon dont les décisions
sont prises dans l’Eglise. Notre conflit doit être situé dans le cadre plus
large du débat interne et du dialogue au sein de l’Eglise. Nous ne sommes
pas les seuls concernés ». A la JOCI, on attend aussi du Saint-Siège qu’il
précise quel est désormais le statut de l’organisation dans l’Eglise : si
elle n’est plus reconnue comme OIC, est-elle encore considérée comme une
organisation internationale catholique ? (apic/bo/ucan/be)
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