Genève: Le protestant Boudewijn Sjollema décoré pour sa lutte contre l’apartheid
Déo Negamiyimana, pour l’Apic
Genève, 13 juin 2004 (Apic) Le Néerlandais Boudewijn Sjollema, 77ans, protestant établi à Genève, sera décoré mercredi 16 juin en même temps que Kofi Annan pour s’être investi dans la lutte antiapartheid en Afrique du Sud. Longtemps chargé du secteur de la migration et des réfugiés au Conseil oecuménique des Eglises (COE), il livre ses sentiments et revient sur son engagement contre l’oppression au pays de Mandela.
Boudewijn Sjollema recevra mercredi en Afrique du Sud une médaille d’argent, un prix que l’Ordre des Compagnons d’Oliver Tambo, fondé en 2002, décerne aux personnalités qui se sont distinguées dans la lutte contre l’apartheid. D’autres personnalités, Kofi Annan en tête, recevront une telle récompense des mains du président sud-africain Thabo Mbeki.
Docteur en sociologie, Boudewijn Sjollema a travaillé au Conseil oecuménique des Eglises pendant 25 ans avant de devenir directeur chargé du programme contre le racisme au BIT, pendant 5 ans. Ce travail lui a permis, au nom du COE et en son nom propre, de lutter contre le système d’apartheid en Afrique du Sud.
Pour ce père de quatre enfants, le prix représente en même temps une surprise et un émerveillement. Surprise parce qu’il n’y pensait jamais, émerveillement parce qu’il s’agit d’une reconnaissance pour l’engagement du COE dans sa lutte contre l’apartheid, le racisme et le colonialisme. Une action qui s’est étendue sur toute l’Afrique australe: Afrique du Sud, Namibie, Mozambique, Zimbabwe, Angola, Guinée Bissau, etc. Les Eglises ont soutenu les programmes humanitaires des mouvements de libération de cette partie de l’Afrique. Le soutien, ce n’était pas seulement en paroles mais aussi en actes concrets. Des aides financières leur ont été versées pour appuyer des secteurs importants comme la santé, l’éducation et d’autres services sociaux. Le Néerlandais, qui vit en Suisse depuis bientôt 50 ans, se souvient que ces gestes de solidarité ont provoqué un tollé au sein de certaines Eglises membres, notamment de l’Europe de l’Ouest, qui ne comprenaient pas l’enjeu. «Elles pensaient, indique-t-il, que nous soutenions la violence. Ce qui n’était pas le cas. Nous voulions un dialogue entre le gouvernement et l’African National Congress (ANC), figure emblématique de l’opposition sud-africaine contre l’apartheid».
Les Eglises protestantes suisses n’ont pas compris la démarche
De l’avis du sociologue, les Eglises protestantes suisses n’ont jamais compris cette démarche. Les discussions avec ces dernières ne sont pas encore terminées. Elles viennent d’exprimer d’ailleurs leurs regrets. «Mais cela ne suffit pas», s’indigne Boudewijn Sjollema. «Il faut plutôt demander pardon. La différence entre les deux est énorme. En demandant pardon, les Eglises suisses s’engageraient, dans l’avenir, à des actions concrètes face à d’autres crimes qui restent encore impunis». On sait par exemple que certaines banques suisses ne reconnaissent toujours pas leurs responsabilités dans le rôle qu’elles ont joué en faveur de l’apartheid. Le lauréat recommande aux Eglises suisses de se prononcer ouvertement, en menant des actions de sensibilisations, afin de persuader ces banques de faire des gestes de réparation. «Ailleurs dans le monde, affirme-t-il, les Eglises ont compris cet appel qui était la nôtre. Elles ont retiré tout l’argent qu’elles avaient placé dans des banques accusées de collaborer avec le régime raciste. C’est le devoir des Eglises de moraliser les institutions sociales, économiques et politiques, étant donné que l’Evangile concerne tous les secteurs de la vie, sans exception».
Ce point de vue reflète le passé et le présent d’un homme qui vit sa foi et l’histoire de son pays. «J’ai mon histoire qui influe sur tout ce que je fais. J’ai vécu la 2è guerre mondiale. Alors que j’étais encore ado, raconte-t-il, je me suis battu contre les nazis, avec mes concitoyens hollandais. L’occupation des Pays-Bas était horrible. La résistance fait donc partie intégrale de mon être et de mon caractère. Aujourd’hui, je me bats pour le droit des requérants d’asile. Ce que j’ai fait par le passé, sur le plan international, je le fais, aujourd’hui sur le plan local». DNG
Encadré:
L’apartheid ou la douleur d’un peuple noir
On désigne par le terme afrikaans de «apartheid» une doctrine politique propre à l’histoire de l’Afrique du Sud, du début du XXe siècle à 1993. Littéralement, il signifie «développement séparé» des races. Son origine est à la fois dans la nature du peuplement de ce pays et dans les aléas historiques particuliers qui présidèrent à la naissance de cet Etat.
En 1652, le Hollandais Jan Van Riebeeck établit le premier comptoir européen en Afrique du Sud, à Table Bay, quartier du Cap, pour servir d’escale aux navires de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Peu après, la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685 provoque une émigration massive de Huguenots français vers l’Afrique du Sud. Leur arrivée coïncide avec le début de l’esclavage des Noirs et les Européens gagnent ensuite l’intérieur du pays. Les blancs mettent alors progressivement en place un système leur garantissant le pouvoir économique et politique dans l’ensemble du pays.
Nelson Mandela ou l’éradication de l’apartheid
En 1990, le président De Klerk fait libérer le leader noir Nelson Mandela, légalise l’ANC, puis fait abolir l’apartheid par le Parlement en 1991. Malgré les affrontements violents entre l’ANC et les Zoulous de l’Inkatha, animés par Gatsha Buthelezi, et la résistance des milieux blancs extrémistes, une nouvelle Constitution est adoptée en décembre 1993. Les premières élections multiraciales d’avril 1994, auxquelles l’Inkatha, après avoir longtemps hésité, accepte finalement de participer, assurent la victoire de l’ANC, avec 60% des suffrages, sur 27 partis en lice. Le Parti national de Frederik De Klerk est la deuxième force du pays (20%), ralliant non seulement la majorité des Blancs, mais aussi celle des lndiens et des métis. Buthelezi garde le contrôle du Natal, fief des Zoulous. Le 9 mai 1994, les 400 députés du nouveau Parlement portent Nelson Mandela à la présidence de la République, Thabo Mbeki et Frederik De Klerk devenant vice- présidents. L’apartheid est alors définitivement enterré. (apic/dng/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse