Un véritable acte de réunification du continent

Vienne: Le cardinal Schönborn salue l’intégration des dix pays dans l’Union européenne

Vienne, 13 juin 2004 (Apic) Pour le cardinal Christoph Schönborn, l’entrée le 1er mai 2004 de dix nouveaux pays dans l’Union européenne est « un véritable acte de réunification de notre continent ». Alors que les citoyens des vingt-cinq pays membres procèdent à l’élection des députés au parlement européen de Strasbourg, l’archevêque de Vienne a été interrogé sur le sens de cette nouvelle Europe par le quotidien italien Avvenire du 12 juin.

« Jean Paul II, avec son discours fondamental prononcé à Vienne en 1998, a voulu mettre en évidence que l’on ne peut parler d’Europe sans que les pays soumis à la dictature communiste jusqu’en 1989 ne fassent partie de la famille européenne, avec une dignité et des droits équivalents », a expliqué le théologien autrichien. « Il en manque encore quelques uns. Je pense à la Croatie mais aussi aux autres pays des Balkans », a-t-il poursuivi.

Pour le dominicain, « sur le plan historique, il n’y a pas d’autre alternative raisonnable au projet de l’Union européenne ». « Il ne faut pas oublier que les pères fondateurs de ce projet de Gasperi, Schuman, Adenauer étaient des catholiques convaincus », a-t-il rappelé.

« Certainement l’Union à 25, avec des Etats et des langues si différents sera plus difficile à manoeuvrer », a-t-il lancé. « Mais je crois que les problèmes seraient de toutes façons nombreux, et que l’entrée des dix nouveaux membres peut apporter de nouvelles énergies capables de donner une impulsion décisive à l’Union européenne », a-t-il encore expliqué.

Si pour l’archevêque de Vienne l’Union européenne « n’est pas le paradis sur terre, elle constitue un projet de paix aidant à dépasser les ombres du passé ». « L’Union européenne cherche à assurer la paix et le bien- être », a-t-il justifié, des objectifs hautement positifs également du point de vue de la foi chrétienne ».

Interrogé sur la place des chrétiens dans cette Europe, le cardinal Schönborn a répondu que « la responsabilité des sujets leur tenant particulièrement à coeur en tant que chrétiens dans le domaine éthique – défense de la vie ou refus de l’euthanasie – incombaient aux Etats plus qu’à l’Union européenne ». « Cependant, nous devons être très attentifs à ce qui se passe dans les instances communautaires », a-t-il nuancé, faisant référence à la discussion sur la recherche sur les embryons. « La principale tâche de l’Eglise est d’influer sur les acteurs politiques afin que les décisions prises à Bruxelles et à Strasbourg ne respectent pas seulement une vision laïciste du problème », a-t-il ajouté.

Mention des racines chrétiennes: une évidence

Concernant l’omission de la mention des racines chrétiennes dans le préambule de la future Constitution européenne, l’archevêque de Vienne a répondu « que le dernier mot n’avait pas encore été dit ». Pour lui, en effet, « la reconnaissance des racines chrétiennes du continent est une vérité tellement évidente qu’on ne devrait pas avoir du mal à en admettre l’évidence ».

« Peut-être que l’entrée de nouveaux membres dans l’Union européenne, comme celle de la Pologne ou de Malte aura pour effet de raviver les discussions sur ce sujet », a-t-il encore souhaité. Si les discussions sont toujours en cours, un accord relatif au Traité constitutionnel devrait être atteint d’ici la fin du mois de juin 2004. « Il est important que les racines chrétiennes soient citées dans le Préambule, mais encore plus décisif que le texte de la Constitution soit ancré à des valeurs inspirées du christianisme », a-t-il encore affirmé. Et d’ajouter que « sont en jeu des principes fondamentaux comme la dignité et les droits humains, y compris les droits sociaux ».

Et pour le cardinal Schönborn, il est bon d’expliquer que « les Eglises ne poursuivent aucun but à caractère politique et ne prétendent à aucune domination quand elles font référence aux racines chrétiennes du continent ».

Interrogé enfin sur le faible poids politique de l’Europe, le prélat a répondu qu’il n’existait pas encore « de coordination efficace de la politique étrangère, ni de la politique relative à la défense et à la sécurité ». Et « il y a des occasions où l’Europe devrait parler clairement d’une seule voix », a conclu l’archevêque de Vienne. AR

Encadré:

Le cardinal Jean-Louis Tauran et l’Europe chrétienne

Pour le cardinal Jean-Louis Tauran, l’élargissement de l’Union européenne est « un retour » des pays européens mis à l’écart pendant de nombreuses années. Alors que l’Europe célèbre ses premières élections à vingt-cinq, le bibliothécaire du Saint-Siège a également insisté sur l’ancrage chrétien de cette nouvelle Europe sur les ondes de Radio Vatican, le 12 juin.

« En relisant l’histoire, on ne peut nier que le christianisme ne soit la religion qui a contribué à la formation des institutions européennes », a- t-il affirmé, rappelant que le préambule du traité institutionnel précédant la Constitution « était une vision de l’histoire de l’Europe ».

« Qui a fondé les universités ? L’Eglise (.) Et le premier exemple d’application de démocratie directe a été l’élection des abbés dans les monastères bénédictins », a encore expliqué l’ancien ’ministre des affaires étrangères’ du Saint-Siège. « Et je pense aux phénomènes des pèlerinages et de la langue latine, faits culturels qui ont déterminé et modelé la physionomie de l’Europe », a encore ajouté le prélat français.

Egalement interrogé sur les difficultés rencontrées par cette Europe élargie, le cardinal Tauran a répondu que « bien sûr il y aurait des problèmes techniques ». »Décider à 25 est un exercice très complexe et je pense qu’il sera nécessaire de trouver des formules réalistes qui permettront à chaque pays de se sentir pleinement partenaire », a-t-il encore affirmé. (apic/imedia/bb)

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