Lausanne: Mgr Genoud décharge Mgr Pierre Bürcher de sa tâche de vicaire épiscopal
Fribourg/Lausanne, 14 juin 2004 (Apic) L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, a communiqué lundi 14 juin sa décision de décharger son auxiliaire, Mgr Pierre Bürcher, de la responsabilité du Vicariat épiscopal du canton de Vaud. Le remaniement survient dans un contexte de tensions, provoquées – entre autres – par des difficultés de communication entre le Vicariat à Lausanne et la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud.
Cette annonce faite lors d’une conférence de presse à l’évêché de Fribourg coïncide avec la nomination le même jour par le pape Jean Paul II de Mgr Pierre Bürcher comme membre de la Congrégation pour les Eglises orientales. Bien que déchargé de sa fonction de vicaire épiscopal, Mgr Bürcher ne quitte ni le diocèse ni Lausanne «comme d’aucuns le souhaitaient vivement», a-t-il précisé lundi. «D’autres, notamment au niveau des hautes autorités romaines, demandaient que je reste dans le diocèse.», a poursuivi Mgr Bürcher, avec une certaine émotion dans la voix.
Mgr Bürcher reste au service du diocèse de LGF
Tout en ayant quitté «dans l’obéissance et dans la paix» la responsabilité du Vicariat épiscopal, Mgr Bürcher demeure, en tant qu’évêque auxiliaire, vicaire général du diocèse et membre de la Conférence des évêques suisses. «J’ai une très grande sérénité, car les problèmes en cause ne sont pas nouveaux, ils perdurent depuis une trentaine d’années et ne sont pas uniquement liés à ma personne», a-t-il confié à l’Apic.
Pendant six mois, jusqu’en février 2005, Mgr Bürcher bénéficiera d’une période sabbatique, qui lui permettra notamment de se perfectionner dans le domaine linguistique, en particulier dans la langue arabe. Très engagé en faveur des chrétiens de Terre Sainte, l’évêque auxiliaire séjourne en effet fréquemment en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Au plan diocésain, il continuera notamment à célébrer confirmations et ordinations.
Pour remplacer Mgr Bürcher, qui quitte le 31 août prochain la responsabilité du Vicariat épiscopal assumée pendant plus de dix ans, Mgr Genoud a choisi son vicaire général Mgr Rémy Berchier. Il assumera cette tâche pour une durée limitée – qui ne devrait, selon lui pas excéder deux ans -, le temps de ramener la paix dans le canton et de procéder en temps voulu aux consultations pour la nomination d’un nouveau vicaire épiscopal.
«Il faut rétablir le plus vite possible un climat qui puisse être propice à une consultation, car une telle consultation me semble très difficile dans l’état actuel», a-t-il déclaré à l’Apic. Mgr Berchier est d’avis que dans la situation actuelle, «il y a également des questions de caractère et peut-être la nécessité de davantage de diplomatie». Mgr Genoud a précisé que le départ de Mgr Bürcher du Vicariat ne signifie pas du tout que Rome dotera le diocèse d’un nouvel évêque auxiliaire: il a déjà été difficile d’en obtenir deux.
Mgr Berchier temporairement à la tête du Vicariat
Mgr Berchier a reconnu que la situation à Lausanne avait un certain «caractère d’urgence» et que sa mission temporaire et limitée avait pour but d’écouter et de recréer l’unité. Il sera dès le 1er septembre responsable de l’Eglise dans le canton de Vaud – en étroite collaboration avec l’abbé Jacques Pillonel, délégué épiscopal pour ce canton – tout en conservant sa responsabilité de vicaire général pour le diocèse.
L’abbé Berchier sera déchargé par l’évêque d’une de ses responsabilités principales, celle de la présidence de la Commission diocésaine de planification pastorale. Il gardera cependant la responsabilité générale de toute la réorganisation pastorale du diocèse.
Pour lui succéder à la présidence opérationnelle de cette Commission diocésaine, l’évêque a nommé Béatrice Vaucher, de Lausanne, jusqu’ici membre de ladite Commission.
Pour les autorités diocésaines, la nomination vaticane confirme la confiance placée par le Saint-Siège en Mgr Bürcher et intensifie sa responsabilité internationale en tant que président général depuis août 2001 de l’oeuvre «Catholica Unio Internationalis» (CUI). Fondée en 1924, la CUI est soutenue par le Saint-Siège pour promouvoir les Eglises orientales. Mgr Bürcher sera donc chargé d’élargir la base de la CUI, qui présente jusqu’ici en Suisse, en Allemagne et en Autriche. JB
Encadré
«Nous avons tous souffert ces derniers jours»
«Nous avons souffert ces derniers jours des articles de presse, où tous nous avons été blessés et attaqués d’une manière ou d’une autre», a déploré Mgr Genoud lors de la conférence de presse. Qui a regretté en particulier «certaines informations tendancieuses» et les témoignages anonymes parus ces derniers jours dans les médias.
L’évêque de LGF souhaite que la paix revienne dans le canton de Vaud. Il s’engage à davantage communiquer et rencontrer ses prêtres. Qualifiant de normal et d’humain le fait qu’il y ait certaines tensions et divergences de vue dans l’Eglise – c’était déjà le cas dans l’Eglise primitive – il a regretté qu’elles ne soient pas toujours vécues dans l’amour et la charité et dans une «vision supérieure», car «l’essentiel, c’est d’annoncer le Christ!». JB
Encadré
Eglise dans le canton de Vaud: «bicéphalité pas constructive», juge Mgr Bürcher
Depuis 1970, date de la votation du Statut des catholiques dans le canton de Vaud, règne au niveau ecclésial entre la Fédération des paroisses et le Vicariat épiscopal une «bicéphalité qui n’est pas constructive», a relevé Mgr Bürcher lors de la conférence de presse. Durant ces dernières décennies, de nombreux essais de solution ont été étudiés, «malheureusement sans grand succès, pourtant la Fédération des paroisses catholiques se dit au service de la pastorale», a souligné l’évêque auxiliaire.
Certes, le Vicariat épiscopal du canton de Vaud reconnaît la spécificité administrative et financière de la Fédération. Mais là où le bât blesse, c’est que la structure de cette Fédération est décalquée sur celle de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, d’essence démocratique. Et Mgr Bürcher de souligner, en citant le juriste lausannois Philippe Gardaz, que ce qui ne fait pas difficulté à l’Eglise réformée «ne correspond pas à la structure fondamentale de l’Eglise catholique».
«C’est dans le fond cette absence de correspondance entre la structure prévue par le Statut des catholiques vaudois et la structure fondamentale de l’Eglise qui provoque depuis une trentaine d’années déjà ces soubresauts entre l’organisme financier et certaines instances pastorales, en particulier avec le Vicariat épiscopal», a encore souligné le vicaire épiscopal sortant. Ce problème structurel a provoqué, au cours des années, des situations de conflits plus ou moins ouverts. En amont, juge Mgr Bürcher, «il faut reconnaître la différence de conception ecclésiologique véhiculée par les uns et les autres, et en aval, la cristallisation du problème structurel dans un conflit de personnes». JB
Encadré
Faire naître «l’authentique Eglise catholique sans compromis ni confusion»
«Nous devons avoir le courage, et ce sera la mission essentielle de mon successeur, de faire naître dans le canton de Vaud, au-delà des contingences économiques et politiques, l’authentique Eglise catholique sans compromis ni confusion», a lancé lundi Mgr Bürcher.
Durant ses dix ans à la tête du Vicariat, a-t-il dit, compte tenu du malaise ressenti dès les premières années du Statut des catholiques dans le canton de Vaud, «cela a été ma volonté très ferme d’entreprendre une réforme structurelle de fond». Et d’estimer qu’il y avait une possibilité de le faire en prenant «un virage important» au moment d’élaborer, suite à l’adoption de la nouvelle Constitution vaudoise, la nouvelle loi d’application concernant le Statut des catholiques dans le canton de Vaud.
«Malheureusement, pour différentes raisons, ce virage a été manqué et nous aurons beaucoup de peine pour les années à venir à conjuguer le statut constitutionnel de l’Eglise catholique avec le statut démocratique tel qu’il se présente maintenant». Pour Mgr Bürcher, «malheureusement, trop souvent ce n’est pas la pastorale qui régit l’Eglise, mais les organes financiers». Il aurait souhaité que la rédaction de la nouvelle loi, qui relève certes de la loi civile, soit pilotée par l’autorité diocésaine, à qui aurait dû revenir la responsabilité entière. Mais Mgr Genoud a toutefois estimé préférable de donner cette compétence à la Fédération des paroisses.
Face aux risques éventuels de dérapages évoqués par Mgr Bürcher, Mgr Genoud a cependant rappelé qu’en matière de nominations ou d’orientation pastorale et théologique, c’est évidemment l’évêque diocésain qui dirige l’Eglise catholique dans le canton de Vaud. La Fédération des paroisses est au service de la pastorale et de l’annonce de Jésus Christ. Ayant rencontré les responsables de la Fédération, l’évêque diocésain a relevé avoir ressenti chez eux cette volonté. «J’ai confiance que nous y arriverons, mais il faudra beaucoup de temps». JB
Encadré
Racines haut-valaisannes de Mgr Pierre Bürcher
Les racines familiales de Pierre Bürcher sont plantées dans le Haut-Valais. Né à Fiesch le 20 décembre 1945, il n’y passe cependant que sa prime enfance, car la famille vient s’établir à Nyon en terre vaudoise. Son père est travailleur agricole puis ouvrier d’usine. Pierre suit le Collège St- Louis à Genève puis celui de l’abbaye d’Einsiedeln où il obtient son baccalauréat. En 1966, Pierre Bürcher entre au séminaire diocésain à Fribourg. Après ses études couronnées par une licence à l’Université de Fribourg, il est ordonné prêtre à Genève en 1971. Pour son premier poste l’évêque l’affecte à la communauté St-Paul à Fribourg dans le nouveau quartier du Schönberg. Il y restera jusqu’en 1977. Il est nommé ensuite vicaire à Lausanne, dans les paroisses St-André, St-Amédée et au Sacré-Coeur d’Ouchy.
En 1980, Mgr Mamie l’appelle comme curé de la paroisse St-Jean à Vevey. A partir de 1984 il assume conjointement la charge de doyen du décanat St-Martin dans le Lavaux. Suit en 1989 une nouvelle période d’études à Paris dans un Institut spécialisé pour les formateurs du clergé. La direction du séminaire diocésain, à Villars-sur-Glâne près de Fribourg, lui est confiée le 30 juin 1990. Pierre Bürcher a présidé en outre la commission diocésaine pour le diaconat permanent. Il s’est en outre signalé par son engagement dans l’organisation de pèlerinages, en particulier le pèlerinage diocésain d’Einsiedeln, dont il a assumé la direction durant plusieurs années.
Nommé évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg le 3 février 1994, il est ordonné évêque à la cathédrale de Fribourg le 12 mars 1994, puis installé par son évêque, Mgr Pierre Mamie, au vicariat épiscopal de Lausanne pour succéder à Mgr Gabriel Bullet, retiré pour raison d’âge.
Au sein de la Conférence des évêques Suisses (CES), Mgr Bürcher est responsable du dicastère du dialogue interreligieux et de celui des mouvements extra-ecclésiaux. Il est président du Groupe de travail Islam de la CES en Suisse. En outre, il est coresponsable du dicastère du dialogue oecuménique. A ce titre, il est membre de la Commission de travail des Eglises chrétiennes (CTEC) de Suisse. Au niveau international, Mgr Bürcher a été nommé, en août 2001, par le Saint-Siège, président général de «Catholica Unio». Le 14 juin 2004, il a été nommé par le pape Jean Paul II membre de la Congrégation pour les Eglises Orientales. (apic/be)
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