Etats-Unis: Bush a cherché l’aide du Vatican pour promouvoir les valeurs conservatrices
Washington, 15 juin 2004 (Apic) Le président George W. Bush aurait demandé l’aide du Vatican pour promouvoir les valeurs conservatrices aux Etats- Unis, rapporte le quotidien américain «Boston Globe». Lors de sa visite au pape Jean Paul II, le 4 juin dernier, il aurait cherché selon la presse américaine le soutien du cardinal secrétaire d’Etat du Vatican Angelo Sodano. La Maison Blanche a refusé de confirmer ou d’infirmer lundi cet appel du pied en vue des élections présidentielles de novembre.
Le président sortant, qui fait feu de tout bois pour obtenir le soutien des électeurs chrétiens, se serait plaint auprès d’un responsable du Vatican du fait que «pas tous les évêques américains sont avec moi» dans les questions de société. D’après le journal catholique américain indépendant «National Catholic Reporter», Bush aurait insisté particulièrement sur le mariage des homosexuels et demandé que les évêques américains soient plus «agressifs» sur cette question chère à la Maison Blanche.
Tentative d’instrumentaliser la religion à des fins politiques
Cette insistance n’est pas fortuite, car le challenger de Bush, le sénateur catholique du Massachusetts John Kerry, s’il se déclare hostile au mariage de personnes du même sexe, ne souhaite toutefois pas que son interdiction soit inscrite dans la Constitution. Il est par contre favorable aux unions civiles pour les gays. Les conseillers de John Kerry ont déploré qu’une fois encore, le président et candidat républicain continue de mélanger religion et politique. Et de citer un mémo des responsables de la campagne électorale de Bush, rendu public au début du mois, cherchant à organiser des cercles de sympathisants dans les communautés religieuses et les Eglises et à utiliser les lieux de culte pour des buts politiques.
Pour Michael Meehan, porte-parole de la campagne du candidat démocrate, avec ces tentatives d’instrumentaliser la religion à des fins politiques et d’enrôler le Vatican à ses côtés «Bush a franchi la ligne rouge». La religion a joué un rôle croissant dans la politique américaine ces dernières années, spécialement au niveau de l’administration actuelle. George Bush a lui-même partagé publiquement ses convictions religieuses et encouragé les «initiatives basées sur la foi» qui permettent au gouvernement fédéral de financer certains programmes religieux.
Les experts engagés pour sa campagne électorale, se basant sur des études et des enquêtes d’opinion montrant le lien entre pratique religieuse et affiliation politique, ont décidé de cibler les croyants pratiquants réguliers pour assurer la réélection d’un président à la baisse dans les sondages.
Lutte pour le vote des chrétiens pratiquants
Bush, un converti méthodiste de tendance «born again» (né à nouveau), partage des valeurs communes avec certains milieux catholiques, notamment en matière de moeurs. Jean Paul II s’est par contre vivement opposé à l’invasion illégale et illégitime de l’Irak, basée sur les fausses allégations de possession d’armes de destruction massive. Le pape, contrairement à Bush, est également opposé à la peine de mort. Quant à John Kerry, sa position libérale en matière d’interruption volontaire de grossesse lui ont attiré les foudres de certains prélats catholiques américains et de certaines personnalités vaticanes. Ainsi, le refus de la communion aux politiciens favorables à la légalisation de l’avortement a fait son apparition dans le débat électoral aux Etats-Unis.
Un certain nombre de communautés catholiques américaines sont d’avis que l’on ne doit pas instrumentaliser l’eucharistie, et John Kerry a pu recevoir récemment la communion lors de messes auxquelles il a participé à Boston et Pittsburgh.
Divisions au sein de l’Eglise
Cette semaine, les évêques catholiques américains sont rassemblés à huis clos à Englewood, près de Denver, pour une retraite de six jours durant laquelle ils prieront et discuteront de questions cruciales concernant les 65 millions de catholiques américains. Au programme figurent la question de l’opportunité du refus de la communion pour les catholiques en désaccord avec la doctrine de l’Eglise et le scandale des abus sexuels commis par des membres du clergé.
Plusieurs évêques ont d’ores et déjà annoncé qu’ils refuseraient la communion aux hommes politiques favorables au libre choix en matière d’IVG, alors que l’Eglise interdit l’avortement. Ainsi Mgr Michael Sheridan, évêque de Colorado Springs, a même affirmé que les fidèles votant pour des politiciens favorables au droit à l’avortement, la recherche sur les cellules souche et le mariage homosexuel risquent de «compromettre leur salut». A noter que les trois quarts des catholiques américains, selon un sondage, sont opposés à ce que l’on refuse la communion aux partisans de la libéralisation en matière d’avortement. (apic/bg/ncr/cns/be)
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