Paris: Document de l’épiscopat sur la politique à adopter à l’égard des migrants

«Quand l’étranger frappe à nos portes»

Paris, 17 juin 2004 (Apic) Le Comité épiscopal des migrations et des gens du voyage a présenté ce mercredi 16 juin à la presse le document: «Quand l’étranger frappe à nos portes». Conçu comme un outil de travail destiné aux personnes qui accompagnent les migrants, il se présente sous la forme de vingt fiches pédagogiques assorties d’une déclaration de principe.

Ces fiches visent tant à mieux faire connaître les réalités de l’immigration, ses raisons et la souffrance qui l’accompagne, qu’à provoquer la réflexion sur ce que l’accueil ou le non-accueil de l’étranger provoque en chacun. Enfin elles proposent quelques pistes d’action. Quitte, parfois, à aller jusqu’à la désobéissance civile pour être en conformité avec l’Evangile.

Pas d’avenir pour une Europe forteresse

Des experts ont été sollicités pour apporter leur éclairage sur les points soulevés à partir de la pratique de terrain des réseaux du Comité épiscopal des migrations et des gens du voyage (Cemgv). Notamment après les occupations d’églises en 2002, celle de la basilique Saint Denis ayant fait grand bruit. «Certes l’Eglise n’a pas à se substituer aux pouvoirs publics.

Mais si elle se mobilise, c’est parce qu’elle a le droit et le devoir d’interroger notre société sur le respect qu’elle doit aux personnes en précarité», rappelle Mgr Jean-Luc Brunin, président du Cemgv. Et de se référer à la parole de l’Evangile: «Qu’as-tu fait de ton frère ?» Ou de souligner qu’une société qui ne sait plus accueillir les étrangers, notamment parce que ses lois relatives à l’immigration et au droit d’asile sont inadéquates (et l’allusion à la société française est claire) est une société sans avenir.

De même qu’il n’y a pas d’avenir pour une Europe forteresse. Forteresse d’autant plus relative que les réseaux clandestins développent des pratiques de passage de plus en plus sophistiquées, non sans exiger des tarifs de plus en plus exorbitants.

Sans compter, comme le souligne Catherine Withol de Wenden, docteur en sciences politiques, que les Etats européens n’ont pas harmonisé leur politique d’immigration et qu’ils ballottent, dans la plus grande hypocrisie, entre l’affirmation claironnée de la nécessité de fermer les frontières et des pratiques plus discrètes de recours à une main d’oeuvre immigrée ciblée.

Faut-il soutenir des sans-papiers et des déboutés du droit d’asile?

A l’accusation de naïveté en matière d’immigration réitérée par les pouvoirs publics à l’encontre de l’Eglise, Mgr Brunin répond qu’il faut marier le coeur et la raison. Informer en vérité sur les situations qui génèrent injustices et misère est le premier devoir.

Par-delà, il s’agit de «devenir autre ensemble», en se laissant vraiment interpeller par l’altérité de l’étranger qu’on rencontre. En ne perdant toutefois pas de vue que cette rencontre est asymétrique, puisque les migrants sont en situation de grande vulnérabilité. Surtout les clandestins ou ceux, toujours plus nombreux, dont l’autorisation de séjour n’est obtenue et reconduite qu’avec peine.

Face à cette fragilité très grande des migrants, qui se traduit de plus en plus en termes de pathologies physiques et psychiques – trop d’insécurité et de traumatismes accumulés -, que faire, jusqu’où aller? Faut-il soutenir des sans-papiers et des déboutés du droit d’asile, alors même que la loi l’interdit?

Le document de la Cemgv rappelle que l’Eglise admet le droit à la désobéissance civile quand, «en conscience, le citoyen juge que le droit d’accueil politique ne permet pas le respect de l’étranger en danger et donc contraire aux exigences de la morale et de l’Evangile». A condition que «cette désobéissance civile soit fondée moralement sur le souci du bien commun et de l’autre.» Autrement dit, «la désobéissance civile doit rester au service de la citoyenneté».

Concrètement que faire dans le cas où des sans-papiers investissent des églises pour alerter l’opinion publique sur leur situation? Le document «Quand l’étranger frappe à nos portes» fait des recommandations pour mieux faire face à ces occupations (l’hôte est contraint) ou accueil dans les églises (l’hôte est consentant): nécessité d’un accord préalable entre les deux parties, création d’une équipe de liaison, soucieuse de développer un lien avec la communauté paroissiale en suscitant une information ad hoc et des rencontres. Ou encore refus de cautionner une grève de la faim.

D’autres pistes d’action sont suggérées: développement de la transversalité et du partenariat avec d’autres services d’Eglise, offre de lieux de parole où les réfugiés et sans papiers peuvent collectivement exprimer auprès des chrétiens leurs cris. Enfin, autant que possible, éviter de priver encore plus les personnes en précarité de leur intégrité en se substituant totalement à elles pour régulariser leur situation. Il s’agit plutôt de les accompagner dans leurs démarches. Pour ce faire, le parrainage d’une personne ou d’un groupe peut se révéler très précieux. (apic/jcn/bb)

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