L’absence de référence chrétienne fait grincer des dents au Vatican

Union Européenne: Les épiscopats européens se félicitent du nouveau Traité constitutionnel

Bruxelles, 20 juin 2004 (Apic) Les épiscopats européens se félicitent du nouveau Traité constitutionnel de l’Union Européenne, adopté vendredi soir 18 juin par les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 pays membres de l’Union Européenne. L’absence de référence aux « racines chrétiennes » de l’UE fait cependant grincer des dents non seulement au Vatican, mais également dans la plupart des Eglises européennes.

Le Saint-Siège s’est déclaré samedi 19 juin satisfait de l’adoption de la Constitution européenne. Le Vatican « exprime sa satisfaction pour cette nouvelle et importante avancée dans le processus d’intégration européenne, toujours souhaitée et encouragée par le pape », a souligné samedi le directeur de la salle de presse du Saint-Siège. Il exprime cependant « des regrets pour l’opposition de certains gouvernements à la reconnaissances explicite des racines chrétiennes de l’Europe » dans le texte adopté par les chefs d’Etat et de gouvernements des 25 pays membres de l’Union, le 18 juin 2004 à Bruxelles.

Jean Paul II a toujours encouragé l’intégration européenne

Dans une déclaration publiée le 19 juin 2004, Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, voit cependant un « motif de satisfaction » dans l’insertion, dans le nouveau Traité constitutionnel, de dispositions qui sauvegardent le statut des confessions religieuses dans les Etats membres et engagent l’Union à maintenir avec elles un dialogue ouvert, transparent et régulier, reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique.

Ainsi, l’Article I-51 du texte consacré au statut des Eglises et des organisations non confessionnelles stipule que « l’Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Eglises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres ».

Ignorance de l’évidence historique

Pourtant, le Saint-Siège ne peut pas ne « pas exprimer des regrets pour l’opposition de certains gouvernements à la reconnaissance explicite des racines chrétienne de l’Europe. Il s’agit de l’ignorance de l’évidence historique et de l’identité chrétienne des populations européennes », a poursuivi le porte-parole du Saint-Siège.

Par contre, le Vatican « exprime de vives appréciations et remerciements aux gouvernements qui, dans la conscience du passé et de l’horizon historique dans lequel prend forme la nouvelle Europe, ont travaillé pour donner une expression concrète à la reconnaissance de son héritage religieux », a indiqué Joaquin Navarro-Valls, se référant au préambule de la Constitution qui reconnaît l’héritage « culturel, religieux et humaniste » de l’Europe.

Enfin Navarro-Valls a souligné qu’il ne fallait pas oublier « le fort engagement venu de différentes instances pour faire mentionner le patrimoine chrétien de l’Europe dans ce traité, stimulant la réflexion des responsables politiques, des citoyens et de l’opinion publique sur une question qui n’est pas secondaire dans l’actuel contexte national, européen et mondial ».

Une Europe à la mémoire oubliée

Quant à L’Osservatore Romano, il titre sur « une Europe à la mémoire oubliée », en première page de son édition du 20 mai 2004. « L’Europe qui, comme il se doit, regarde vers l’avenir et veut jeter des bases solides et importantes pour donner un élan nouveau au chemin communautaire, semble avoir voulu se priver d’un repère fondamental de sa mémoire historique », peut-on lire dans les colonnes de l’organe de presse officiel du Vatican.

France et Belgique visées

Le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, s’interroge aussi dans le quotidien La Repubblica du 20 mai 2004, sur un « choix antidémocratique ». « La France et la Belgique se sont en particulier battus contre l’insertion dans la Constitution d’une référence au christianisme. Je ne comprends pas comment deux pays ont pu imposer leur volonté à la grande majorité de l’Union européenne. Je ne veux pas faire de polémique, mais je me demande quelle est cette démocratie ? », a déclaré le cardinal français au journal italien.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne ont clos deux années de négociations et deux journées de difficiles discussions le 18 juin 2004, en accouchant la première Constitution européenne. Elle devra cependant encore être ratifiée par les 25 Etats membres pour pouvoir entrer en application. Le mérite de l’adoption de la Constitution revient pour bonne part à une présidence irlandaise de l’Union qui a conduit en six mois de nombreuses tractations entre les membres de l’UE. Par ailleurs, le sommet n’a pas réussi à désigner le successeur de l’Italien Romano Prodi à la présidence de la Commission européenne.

Satisfaction et regrets du côté de la COMECE

Du côté de la Commission des Conférences épiscopales catholiques des Etats membres de l’Union européenne (COMECE), on note de la satisfaction et des regrets. Mgr Noël Treanor, secrétaire général de la COMECE, dans une première réaction, a salué le fait que les dirigeants de l’Europe se soient mis d’accord sur un Traité constitutionnel pour l’Union européenne.

« Après le taux de participation décevant lors des élections de la semaine passée, les européens avaient besoin d’un signal clair que leurs dirigeants pouvaient travailler ensemble pour le bien commun », poursuit-il. Malgré certains compromis qui obscurcissent parfois la nouveauté de ce traité. Mais, estime-t-il, il ne faut pas douter que celui-ci représente un pas majeur en avant pour la construction de l’Union européenne.

L’importance du Traité constitutionnel se trouve dans le fait qu’il redéfinit la mission démocratique de l’Union. Il identifie clairement les valeurs et les objectifs, enracinés dans son patrimoine commun, qui guident l’Union. Il rend ses institutions et ses compétences plus faciles à comprendre, ce qui – si les politiciens le présentent d’une manière responsable – devrait aider à faire face au grave sentiment de désaffection pour beaucoup d’Européens. Il renforce le principe de subsidiarité, selon lequel toute action politique doit se réaliser au niveau efficace le plus bas.

Pour la COMECE, la nouvelle Constitution donne une occasion sans précédent à tous les citoyens et à tous les acteurs dans la société civile de contribuer par le processus démocratique à une Europe de paix, de justice et de solidarité.

Reconnaissance de la liberté religieuse et du rôle des communautés religieuses

Mgr Noël Treanor se félicite particulièrement de la manière dans laquelle le Traité constitutionnel reconnaît la liberté religieuse ainsi que le rôle des communautés religieuses dans la vie publique. Il garantit à la fois le respect de la diversité et le dialogue entre institutions religieuses et autorités politiques.

« En équilibrant un esprit d’ouverture entre le religieux et le politique avec la juste séparation des deux sphères, l’Article I-51 représente une nouvelle approche inclusive à la gouvernance qui est au niveau des enjeux de la société européenne dans le 21e siècle.

Une Constitution inspirée par la pensée chrétienne

En se référant dès ses premières paroles aux « héritages culturel, religieux et humaniste » de l’Europe, le Traité constitutionnel souligne le rôle formateur de ces héritages – dont le christianisme fait partie essentielle – pour l’Europe d’aujourd’hui. Mgr Treanor regrette cependant que les chefs d’Etat et de gouvernement n’aient pas pu trouver une formulation qui reconnaîtrait explicitement la contribution indiscutable du christianisme et d’autres traditions.

« Cette omission ne change en rien le fait que les valeurs de l’Union décrites dans l’Article I-2, surtout le respect de la dignité humaine, ont été inspirées par la pensée chrétienne. Mais elle représente une occasion manquée de construire sur la base de notre patrimoine commun un avenir qui est ouvert et inclusif à tous. » (apic/imedia/com/comece/be)

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