Rome: Constitution de l’UE et refus de la mention des racines chrétiennes de l’Europe

Pour cause de «préjugé idéologique», déplore Mgr Lajolo

Rome, 24 juin 2004 (Apic) La mention des racines chrétiennes de l’Europe dans la nouvelle Constitution n’aurait pas empêché l’entrée d’un pays à majorité musulmane dans l’Union européenne, a estimé le secrétaire du Saint- Siège pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, dans un entretien accordé le 23 juin au quotidien italien «Avvenire». Il met en cause les pays qui n’en ont pas voulu, pour cause de «préjugé idéologique». Sans être citée, la France figure en bonne place dans la critique de Mgr Lajolo

«Le principe de la liberté religieuse et de la claire distinction entre sphère religieuse et sphère politique, permettant à différentes religions de cohabiter pacifiquement dans une même organisation politique, est issu du christianisme», déclare Mgr Lajolo, qui met en cause l’attitude des pays ayant refusé la mention explicite de l’héritage chrétien de l’Europe.

Pour lui, en effet, à cause d’un «préjugé idéologique», ces rares pays, dont la France, – où le christianisme a pourtant joué un très grand rôle – ont eu peur qu’elle rende «moins acceptable la maison européenne à un pays à majorité musulmane pouvant éventuellement en faire partie».

L’héritage religieux auquel la Constitution se réfère «n’est pas un concept abstrait, un héritage de n’importe quelle religion, mais est justement l’héritage chrétien», a par ailleurs affirmé Mgr Lajolo, interrogé sur la Constitution adoptée par les 25 chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’Union européenne, le 18 juin 2004.

«Le Saint-Siège se montre satisfait que le Traité préserve le statut de l’Eglise dans les différents Etats membres de l’Union, en reconnaissant son identité et sa contribution spécifique, et s’engage à un dialogue ouvert et régulier avec elle», a-t-il également confié. Pour le prélat italien, cela peut en effet être «le début d’un chemin profitable, même s’il ne sera pas toujours facile».

Pas suffisamment concret

Interrogé sur les taux records d’abstention lors des élections européennes du 13 juin 2004, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats a recommandé aux responsables politiques de rendre davantage perceptibles et compréhensibles aux citoyens européens les grands principes de solidarité et de subsidiarité – présents et déterminants dans le Traité – devant caractériser la politique de l’Union, et d’indiquer certains objectifs concrets à caractère social, culturel et politique pouvant être atteints ensemble par les différents Etats européens.

«C’est aux politiques, et particulièrement au parlement européen, de les individualiser, de les formuler et de les faire comprendre à l’intérieur des Etats», a-t-il lancé.

Concernant les pays de l’Europe de l’Est, le prélat italien a expliqué que ces pays, qui ont retrouvé il y a peu de temps leur souveraineté nationale et leur liberté politique, ont peut-être peur «que leur voix ne soit pas assez écoutée dans une union avec des pays plus grands et plus forts, et de devoir à nouveau subir des mesures législatives imposées de l’extérieur».

Il a alors recommandé de «rendre les citoyens européens plus conscients d’une Europe qui vaille la peine de s’enthousiasmer, une Europe qui ne soit pas seulement une solution technico-économique, mais aussi un grand dessein politique qui soit une fin sociale et un choix moral».

Des souhaits.

Pour Mgr Lajolo, l’Europe devrait être, en tant que grande force mondiale, «un partenaire pour le développement culturel et économique des pays du Tiers Monde». Elle devrait se présenter comme «le partenaire solidaire animateur de joint-ventures, non seulement dans le domaine du développement technique et économique, mais aussi dans celui de la recherche, du réseau d’informations, de la culture de base, comme de la culture en général et des projets sociaux».

De façon générale, le secrétaire du Saint-Siège pour les rapports avec les Etats, a «a exprimé sa satisfaction quant à la Constitution européenne», une étape importante dont l’échec «aurait pu avoir de graves effets négatifs, encourageant les forces centrifuges et les égoïsmes nationaux».

Etrangers en Europe.

Réaction encore à propos de ce refus: «L’Osservatore Romano» du même jour titrait en première page «Invités, sinon étrangers, dans une Europe qui ne reconnaît pas ses racines chrétiennes», dans une déclaration sur le Traité constitutionnel. Il reprenait les mots de Mgr Aldo Giordano, secrétaire général du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, pour lequel «une occasion historique a été perdue avec la promulgation du Traité constitutionnel de l’Union européenne». «S’il y avait eu cette référence, la majorité des Européens, surtout de l’Est, se serait davantage retrouvée chez soi, alors que nous sommes dans une construction où nous nous sentons invités, sinon étrangers», avait-il encore affirmé. (apic/imedia/pr)

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