Sanctions: le Vatican en appelle à la prudence pastorale

Etats-Unis: Les évêques toujours divisés sur le refus de la communion aux politiciens

Washington, 24 juin 2004 (Apic) La Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis est toujours profondément divisée sur l’opportunité de refuser la communion aux politiciens catholiques favorables à la libéralisation de l’avortement. Certains évêques craignent que ce sacrement de l’unité qu’est l’eucharistie soit instrumentalisé au plan politique.

Une telle mesure pourrait avoir un «impact négatif» sur les législateurs croyants, la communauté catholique et le rôle de l’Eglise dans la vie publique, mettent également en garde les directeurs des «State Catholic conferences», les agences de l’Eglise représentant les diocèses dans les divers Etats américains.

De nombreux experts consultés par les évêques américains pensent qu’il serait contre-productif d’imposer ce type de sanctions sur les politiciens catholiques qui ont des positions publiques contraires à l’enseignement de l’Eglise. Selon le cardinal William H. Keeler, archevêque de Baltimore, «la plupart des évêques interrogés sont également opposés à l’usage de sanctions».

Le Vatican lui-même en appelle à la «prudence pastorale» dans l’usage de telles mesures, souligne le cardinal Theodore E. McCarrick, archevêque de Washington. D’autres, comme Mgr William J. Levada, archevêque de San Francisco, sont plus radicaux. Mgr Levada considère ainsi que l’IVG a une «place unique» dans la doctrine sociale catholique. Ces diverses positions, exprimées lors de la dernière assemblée plénière des évêques catholiques américains à Englewood, dans la banlieue de Denver – qui s’est tenue à huis clos la semaine dernière – ont été rendues publiques mercredi 23 juin.

L’avortement, «place unique» dans la doctrine catholique, pas la peine de mort et la guerre

Pour l’archevêque de San Francisco, la doctrine sociale catholique couvre une large palette de problèmes importants, «mais tous les problèmes moraux n’ont pas le même poids moral que l’avortement et l’euthanasie».

Mgr William J. Levada n’est pas aussi catégorique en matière de défense de la vie quand il s’agit de la guerre ou de la peine de mort: «il peut y avoir une diversité légitime d’opinion parmi les catholiques sur le lancement d’une guerre ou l’application de la peine de mort, mais pas en ce qui concerne l’avortement ou l’euthanasie».

Président de la Commission épiscopale sur la doctrine et membre du groupe de travail «Evêques catholiques et politiciens catholiques», Mgr Levada a appelé les évêques à engager un véritable dialogue avec les hommes politiques catholiques à propos des relations entre la politique publique et les principes moraux et éthiques. Concernant l’éventualité d’une situation dans laquelle un évêque peut se sentir forcé à refuser la communion à un catholique qui défend publiquement l’avortement, il a toutefois souligné qu’en tant qu’évêques, «nous sommes appelés à veiller à l’unité de l’Eglise, dans toute sa diversité». Et de relever que l’application de mesures restrictives concernant la réception de la communion dans un diocèse particulier a nécessairement des implications pour tous.»

Bataille à livrer: pas à la table de communion, mais sur la place publique

La bataille à livrer pour la vie humaine et la dignité et pour le plus faible et le plus vulnérable ne doit pas se dérouler à la table de communion, mais sur la place publique, a pour sa part lancé le cardinal McCarrick. C’est une bataille pour gagner les coeurs et les esprits qui doit être menée en chaire et dans le public. Au sujet du refus de la communion, l’archevêque de Washington reconnaît que «la Conférence épiscopale est divisée, avec plusieurs évêques qui sont sincèrement convaincus que c’est nécessaire et beaucoup d’autres qui ne soutiennent pas de telles actions.»

Des évêques appelés à être «politiques mais non partisans»

La Conférence des évêques a mené des consultations avec des théologiens moraux et des canonistes qui ont mis en garde contre de telles mesures qui pourraient soulever «de sérieuses questions au sujet de la doctrine catholique et l’application du droit canonique», a-t-il déclaré lors de la séance plénière des évêques.

«Il n’y a pas de réponses simples» dans la manière dont les évêques doivent entretenir des relations avec les hommes politiques, estime le cardinal McCarrick. Les évêques doivent être «politiques mais non partisans» quand ils expriment leur enseignement, et exercent leur tâche pastorale et leur rôle de chefs de l’Eglise, en faisant appel aux responsabilités des politiciens catholiques et en leur rappelant les valeurs morales en jeu. Il souhaite que les évêques aient des principes mais ne soient pas «idéologiques», «engagés mais pas utilisés». (apic/usccb/cns/be)

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