L’Action de Carême sur la bonne voie

Suisse: Succès de la campagne de carême 2004, stabilisation des rentrées 2003

Jacques Berset, Apic

Lucerne, 25 juin 2004 (Apic) L’Action de Carême des catholiques suisses, après quelques années difficiles, va mieux. Les réformes de structures portent leurs fruits et la campagne de carême 2004 axée sur la sécurité alimentaire dans les pays du Sud s’annonce comme un succès. Au stade actuel, les rentrées sont supérieures de 6 à 700’000 francs par rapport à l’an dernier. Quant à la collecte de la campagne 2003, elle a rapporté 18,5 millions de francs, soit un léger recul de 1,2% par rapport à l’année précédente.

2003 a été pour l’Action de Carême (AdC) une année de consolidation et 2004 devrait être celle de l’essor, a souligné Antonio Hautle, lors du bilan annuel présenté à la presse le 24 juin à Lucerne. Le directeur de l’AdC s’est réjoui du changement de tendance, après la baisse dramatique de la collecte 2002. Cette année-là, le recul avait été de deux millions de francs (-10% par rapport à l’année précédente).

Antonio Hautle a salué également le « retour de la confiance », et souligné les bons contacts avec la Conférence des évêques suisses, dont deux membres font partie du Conseil de fondation, à savoir son président, Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall, et Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion.

La restructuration se poursuit

Contrairement aux années précédentes, l’AdC – qui détient des actions et des obligations reçues à titre de donations ou de legs – n’a pas enregistré de pertes comptables, de sorte que son résultat financier est positif. L’excédent de recettes de 958’351 francs a été affecté aux réserves pour le financement des programmes et des projets et servira à atténuer les conséquences d’éventuelles diminutions des dons.

Malgré des résultats financiers en amélioration, l’oeuvre d’entraide catholique basée à Lucerne va continuer sa restructuration et ses mesures d’économie. Elle passera graduellement de 35,8 postes (équivalents plein temps) à une trentaine de postes dans un espace de 3 à 4 ans. Deux licenciements qui prendront effet à la fin 2005 ont déjà été décidés. « Cette mesure, conséquence aussi du retrait de l’AdC de certaines régions, est très douloureuse, mais elle est toutefois accompagnée d’un plan social généreux », relève le directeur de l’Action de Carême.

Dans le but de faire des économies, l’oeuvre d’entraide se concentre désormais sur 18 pays, contre 28 il y a encore quatre ans. A. Hautle estime qu’il faudra peut-être encore réduire les régions d’intervention, mais rester sur tous les continents, en raison de l’histoire de l’oeuvre et aussi des besoins des paroisses, qui veulent s’identifier à un projet concret.

Concurrence accrue sur le marché des dons

L’an dernier, a rappelé le directeur de l’AdC, la concurrence sur le marché des dons s’est encore accrue. Le sentiment d’insécurité, la guerre en Irak ainsi que la mauvaise conjoncture économique n’ont pas lancé des signaux positifs en direction des donateurs. Certes, si certaines organisations actives dans l’aide d’urgence profitent de l’ »effet catastrophe » (Caritas Suisse a enregistré une progression des dons de 4,5% l’an dernier, ndr), ce n’est pas le cas des organisations de développement. La campagne oecuménique de carême de cette année, ayant pour slogan « Nous croyons. Luttons pour des conditions de vie plus dignes », a très bien marché.

Centrée sur l’accès équitable aux ressources de la terre, en particulier la sécurité alimentaire, grâce à un concept renouvelé et à quelques affiches aux slogans « impertinents », elle a certainement amélioré son profil et attiré davantage l’attention, notamment des jeunes et du public qui ne va plus à l’église.

« Objectifs du millénaire »: la Suisse doit tenir ses promesses !

Ensemble avec 197 Etats, la Suisse s’était engagée en l’an 2000 à contribuer à la réalisation des objectifs de la « Déclaration du Millénaire », qui vise une réduction de moitié de la pauvreté dans le monde d’ici 2015. « Le Conseil fédéral, au nom de la population suisse, a signé ces objectifs, et un postulat a été déposé au Parlement pour exiger la publication d’un rapport intermédiaire sur la contribution de la Suisse à leur réalisation », a souligné à Lucerne Doris Leuthard, présidente du Forum de fondation de l’AdC.

La conseillère nationale démocrate chrétienne argovienne a rappelé que la Suisse, comme les autres pays signataires, devra présenter un rapport sur les mesures adoptées, l’an prochain, à l’assemblée générale de l’ONU. Le Conseil fédéral a prévu de publier ce rapport en automne 2005. L’Action de Carême l’examinera et interviendra, le cas échéant, pour défendre les intérêts des pays du Sud.

D. Leuthard a regretté qu’en Suisse encore peu d’organisations et de médias, à part des oeuvres d’entraide chrétiennes, parlent effectivement des objectifs du Millénaire. L’AdC, en collaboration avec la CIDSE (une alliance d’organisations catholiques d’Europe et d’Amérique du Nord oeuvrant pour le développement), milite pour que la Suisse respecte ses engagements. Pour le moment, les résultats au niveau mondial sont loin d’être satisfaisants: 62 pays n’arriveront pas, d’ici à 2015, à réduire de moitié la mortalité infantile; au moins 26 pays n’atteindront pas l’objectif de réduire de moitié le nombre des enfants privés de scolarité.

Un fort vent contraire aux Chambres fédérales

L’AdC a édité une brochure qui présente en détails les objectifs du Millénaire et propose des moyens d’action ciblés. Elle a remis cette brochure aux membres des Chambres fédérales afin de leur rappeler leur responsabilité. Les parlementaires peuvent apporter une contribution importante à la diminution de la pauvreté dans le monde lors de votes sur les budgets alloués à la coopération au développement. Doris Leuthard a reconnu que dans ce domaine, il souffle un fort vent contraire aux Chambres fédérales.

Le Conseil fédéral promettait encore récemment de maintenir jusqu’en 2010 l’aide au développement à la hauteur de 0,4% du PIB. Il propose cependant la « neutralité des coûts » pour sa participation au Fonds de cohésion de l’Union européenne. 400 millions d’un crédit demandé pour l’aide au pays l’Est ont déjà été réaffectés à ce Fonds et les 600 millions restants devront être financés par les Départements des Affaires étrangères et de l’économie. Ce sont les deux ministères en charge de l’aide aux pays du Sud et de l’Est, a relevé D. Leuthard.

La candidate à la présidence du PDC Suisse a encore qualifié de grossière erreur la volonté du Conseil national de coupler la politique d’asile avec celle du développement. Supprimer éventuellement l’aide au développement pour punir les pays qui refusent de reprendre leurs demandeurs d’asile refusés toucherait essentiellement les plus pauvres dans ces pays. Une telle mesure serait contre-productive, puisque l’aide au développement contribue à long terme à diminuer le flux des réfugiés.

Plaidant un engagement durable dans la politique de désendettement des pays les plus pauvres, elle a rappelé la place de la Suisse dans les sphères dirigeantes de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.

Un tel désendettement apporterait également une contribution essentielle au financement des objectifs du Millénaire. Doris Leuthard a encore regretté que dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la Suisse ne se soit pas placée du côté des pays en développement.

Pour l’Action de Carême, la lutte contre la pauvreté reste une priorité absolue. Mener des programmes de développement au Sud ne suffit cependant pas: un changement fondamental des conditions-cadre est nécessaire. L’AdC veut se battre contre tout démantèlement de l’aide publique au développement, et maintient l’objectif de 0,7% du PIB fixé par l’ONU. « C’est un objectif réaliste à long terme », conclut Doris Leuthard. Pour qui l’aide au développement permet finalement des économies: par exemple en diminuant les causes de guerres ou en évitant des flux migratoires incontrôlables. JB

Encadré

Des réformes de structures payantes

Après quelques années difficiles, culminant avec le départ de la directrice Anne-Marie Holenstein fin 2000, l’avenir s’annonce plus serein. « L’atmosphère de travail est très bonne, le dialogue est là et les tensions ont complètement disparu », a confié à l’Apic Antonio Hautle, directeur de l’AdC. L’oeuvre d’entraide, dont le Conseil de fondation présidé par l’évêque de St-Gall, Mgr Ivo Fürer, a été quasiment réduit de moitié, a gagné en efficacité. Il se réunit 5 fois par an au lieu de 2 avant la réforme des structures.

Dans le but de mieux coordonner la politique de développement, l’AdC a confié à une seule personne, en l’occurrence Markus Brun, toute la responsabilité de ce secteur. La cohérence sera ainsi mieux garantie entre les actions en faveur, par ex., du commerce équitable et le lobbying au Parlement fédéral. L’AdC espère ainsi encore mieux remplir sa mission d’ »avocate des pauvres » et de « lobby des pays du Sud » en Suisse.

Avec le départ prévu de Don Valerio Crivelli, qui fonctionnait avec le Comité tessinois comme antenne de l’AdC au Tessin, la direction de Lucerne étudie les moyens pour l’Adc d’être davantage présente dans la Suisse italophone. « Nous aimerions être présents toute l’année, et pas seulement durant la campagne de carême, et augmenter notre travail de lobbying », déclare Antonio Hautle. JB

Encadré

Des produits pour 22,5 millions de francs

La collecte de la campagne de carême et les dons directs ont rapporté quelque 18,5 millions de francs en 2003. La contribution de la Confédération et les dons d’autres collectivités (communes, fondations et oeuvres d’entraide) se montent à 3 millions de francs. D’autres entrées pour une somme d’environ 1 million de francs s’y ajoutent. Au total, les produits 2003 de l’Action de Carême s’élèvent à quelque 22,5 millions de francs.

Les dépenses 2003, pour un montant total de près de 21,6 millions de francs, sont attribuées à raison de 15,33% aux projets pastoraux et missionnaires, 32,6% aux projets de développement et 17,58% aux projets suisses, à la part diocésaine et à la réserve du Secteur suisse. Les frais de gestion des projets se montent à près de 11% des dépenses (y compris les projets sous la responsabilité de la direction); les frais administratifs à 6,69%; la documentation pour la campagne de carême et une réserve pour la formation à 7,29%; les projets de communication/formation à 6,5%. Le marketing et la collecte de fonds représentent un coût de 2,4% et les charges des immeubles 0,7%. (apic/be)

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