Même la mendicité s’est « transformée »
Goa, 2 juillet 2004 (Apic) L’ancienne colonie portugaise de Goa, en Inde, n’est plus habitée par une majorité de catholiques. Ces derniers y sont désormais minoritaires et ne représentent plus que 29% de la population, qui s’élève actuellement à 1’300’000 habitants. Corollaire: même les mendiants d’avant ont modifié leur manière de quémander. Au profit d’une mendicité nouvelle liée à la civilisation. Si l’on peu dire.
Ce changement quantitatif a entraîné des transformations d’ordres culturel et spirituel, comme celle, par exemple, qui a affecté le rapport traditionnel des catholiques goanais avec leurs pauvres et leurs mendiants, rapporte Eglises d’Asie. De nombreux catholiques voient une atteinte à l’ancienne convivialité chrétienne dans la disparition des mendiants traditionnels et des formes particulièrement significatives selon lesquelles ils pratiquaient leur mendicité.
Aujourd’hui, se plaignent les catholiques d’un certain âge, les mendiants ne prient plus comme autrefois dans les maisons où ils venaient quémander. Ils exercent leurs activités en priorité dans certains lieux touristiques, auprès des stations de bus et dans des marchés. Ils ne se préoccupent plus que de la somme que l’on verse dans leur escarcelle et expriment tout haut leur mécontentement lorsque la valeur de l’aumône est au-dessous de leurs espérances.
Les mendiants de l’ancienne génération, catholiques pour la plupart, se déplaçaient par groupes de trois à cinq. Ils rendaient visites aux diverses maisons à jours fixes chaque semaine. A leur arrivée à la porte de la maison, ils commençaient par réciter à haute voix le « Notre Père ». Si quelqu’un leur ouvrait la porte, alors seulement, ils demandaient l’aumône. En attendant que vienne l’aumône, ils récitaient d’autres prières comme le « Je vous salue Marie », le « Symbole des Apôtres ». Les familles leur donnaient du riz, du pain, de la soupe de riz que l’on versait dans un récipient fait avec la coque d’une noix de coco, que chaque mendiant portait avec lui.
L’aumône reçue, le mendiant priait encore et appelait la bénédiction de Dieu sur le donneur. Il pouvait arriver que les familles fassent semblant de ne pas entendre les prières des mendiants; dans ce cas-là, au bout de quelque temps, les solliciteurs s’en allaient ailleurs.
Pratiques perdues
Une autre coutume marquait les relations des catholiques goanais avec les pauvres. Pour s’acquitter d’un voeu ou à l’occasion d’un mariage, on servait le repas de midi aux mendiants. Cette pratique s’appelait « Bikarachem jevon ». La famille faisait asseoir ces hôtes occasionnels sur un tapis de bambou et plaçaient devant eux une série de mets. Ils mangeaient tout ce qu’il pouvaient et réservaient le reste pour plus tard ou bien le portaient à leurs proches.
Autant d’usages et de traditions auxquels les Goanais étaient attachés mais qui peuvent être considérés aujourd’hui comme disparus. Contrairement aux mendiants d’hier, pour la plupart originaires des villages des environs de Goa, les solliciteurs d’aujourd’hui sont souvent des immigrés récents, venant des provinces voisines. Ce sont souvent des paysans qui ont été jetés dans la misère par la sécheresse et la perte de leurs récoltes. Par ailleurs, ils appartiennent pour la plupart à d’autres religions que la religion chrétienne et seraient bien en peine de prononcer les prières connues par coeur des anciens mendiants goanais. (apic/eda/pr)
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