Plus que par des discussions théologiques, dit le cardinal Ouellet

Rome: L’unité des Eglises chrétiennes passera par des initiatives concrètes

Rome, 2 juillet 2004 (Apic) L’unité des Eglises chrétiennes, envisageable, passera davantage par des initiatives concrètes que par des discussions théologiques, a estimé le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec et primat du Canada, dans un entretien à l’Apic.

Selon l’ancien secrétaire du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et membre de la commission interdicastérielle permanente pour l’Eglise en Europe orientale, de passage à Rome à l’occasion de la venue du patriarche oecuménique Bartholomé Ier, l’unité de l’Eglise chrétienne est réalisable «parce que c’est la volonté, la prière et le fruit du sacrifice du Christ (.) Cela doit être possible car Dieu le veut», a expliqué le prélat québécois interrogé sur la volonté de rapprochement des Eglises catholique et orthodoxe, manifestée dans une déclaration commune de Jean Paul II et Bartolomé Ier, le 1er juillet 2004.

«Je ne peux pas donner de calendrier», a toutefois nuancé le cardinal âgé de 60 ans, soulignant la nécessité de «chercher par tous les moyens à recomposer ce qui a été divisé» au cours de l’histoire. «Les orthodoxes sentent cela, ils le savent très bien», a-t-il ajouté.

Pour cela, «nous avons besoin de retrouver une attitude d’obéissance plus stricte envers la parole de Dieu, notre référence», a-t-il poursuivi. En effet, pour le théologien, l’autorité de la parole de Dieu s’est un peu «effritée» au cours des siècles.

Le prélat canadien décrivant les divergences de point de vue porté sur l’Ecriture comme «l’une des difficultés en oecuménisme», a alors donné l’exemple des questions de l’avortement, de l’euthanasie, du divorce, et du mariage homosexuel sur lesquels «presque tous les groupes des Eglises orthodoxes et protestantes ont cédé».

«S’il y a quelque chose d’exclu dans la Bible c’est bien le mariage homosexuel, enjeu de débats à l’heure actuelle. On n’en parle même pas dans l’Ecriture notre référence car c’est impensable», a-t-il encore argumenté rappelant que l’Eglise catholique était la seule à rester ferme sur ses positions morales.

Les obstacles

Concernant plus particulièrement la question des obstacles à l’unité des Eglises catholique et orthodoxe, le cardinal a expliqué que si «de notre point de vue occidental, latin, il n’y avait pas beaucoup de différences avec l’orthodoxie (.), les orientaux avaient une perception différente». «Même s’ils reconnaissent une certaine proximité, ils ont le sentiment qu’il y a plus de choses qui nous divisent que nous», a-t-il poursuivi.

Selon le cardinal Ouellet, «il y a des siècles et des facteurs psychologiques et culturels qui nous éloignent, ainsi qu’une mémoire douloureuse d’événements du passé» du côté des orientaux. Citant le sac de Constantinople de 1204, pour lequel Jean Paul II a redemandé pardon lors de la célébration commune avec le patriarche oecuménique le 29 juin 2004, le Sulpicien canadien a qualifié cet événement d’»espèce de brûlure toujours présente». Et pour lui, «nous ne sommes pas suffisamment sensibles à ces difficultés qui ne sont pas d’ordre théologique mais qui sont réelles».

«Nous sommes portés comme occidentaux qui traitons de questions dogmatiques à nous dire qu’une bonne discussion devrait nous permettre de résoudre ces difficultés», a-t-il alors lancé. «Mais les dialogues théologiques ne suffisent pas !», a-t-il poursuivi. De plus, selon le primat du Canada, les Orientaux se méfient car ils ont «peur de perdre l’autonomie de leur vie ecclésiale», ne voulant surtout pas être réintégrés dans un système latin où la papauté contrôlerait l’épiscopat.

A cause «d’un certain style»

A cause du passé et «d’un certain style», les orthodoxes ont peur de manoeuvres diplomatiques venant de l’Eglise catholique dans le but de les contrôler, ce qu’elle ne souhaite pourtant pas, a-t-il encore expliqué. En effet, du côté catholique, «il y a une volonté de respect à la fois de leur ancienneté et de leur tradition», a-t-il justifié.

«Je crois qu’il faut reconstruire l’amitié et la fraternité sur des bases plus larges que le dialogue théologique», a-t-il encore expliqué, précisant qu’il faut retrouver «les choses que nous avons en commun, plus fondamentales que les vérités dogmatiques nous divisant». «Si nous pouvions trouver un moyen de renouer le dialogue et les échanges à partir de ce que nous avons en commun de vie de foi, cela nous aiderait à construire cette fraternité», a lancé le cardinal dont la devise est ’Ut unum sint’, ou ’Qu’ils ne soient qu’un’.

Il a, à cette fin, encouragé les initiatives de partage concret, comme le sommet du 8 mai 2004 à Stuttgart, en Allemagne, «un événement extraordinaire de communion entre les gens de différentes confessions». Cette première rencontre sous l’égide de la communauté Sant’Egidio et du mouvement des Foccolari dont le thème était «Ensemble pour l’Europe» rassemblait communautés et mouvements chrétiens européens.

«Etant donnée la globalisation, et toutes les causes à défendre comme celles de la paix et de la justice, il faut aujourd’hui que les Eglises s’unissent pour avoir plus de force face aux pouvoirs publics tels le parlement européen, l’Onu ou les gouvernements nationaux», a conclu le cardinal Ouellet. APIC

Encadré

Le prochain pape pourrait être une figure plus modeste que Jean Paul II

La figure du prochain pape pourrait être «plus modeste» que celle de Jean Paul II, laissant aussi plus de place à la collégialité de l’Eglise, a confié à l’Apic le cardinal.

«Le prochain pape pourrait être une figure plus modeste, ayant un rôle plus en vue de la collégialité. La primauté a été très fortement représentée par Jean Paul II», a expliqué le cardinal Ouellet interrogé sur le rôle du pape aujourd’hui dans l’Eglise et dans le monde. «Il est sûr que ce pape a été un homme d’un extraordinaire rayonnement d’une valeur personnelle; il a eu un rôle ecclésial et mondial unique à cause de la conjoncture de fin de millénaire, et par la mise en pratique du Concile Vatican II. Il a eu pour mission de faire entrer l’Eglise dans le 3e millénaire», a-t-il aussi rappelé.

«Peut-être qu’après un rôle aussi déterminant d’un chef, la suite sera plus discrète. Je bénirai le Seigneur s’il nous envoie un autre chef d’une envergure semblable. Mais il y a des alternances dans l’histoire des nations et de l’Eglise», a-t-il poursuivi. Pour le cardinal Ouellet, «il peut y avoir un style de pontificat qui permette à la collégialité de s’exercer différemment». «Actuellement la formule synodale est appréciée», a-t-il développé.

Soulignant le charisme et le rayonnement de Jean Paul II, qui a d’ailleurs multiplié les synodes, le jeune cardinal de 60 ans a souligné que «l’Eglise avait fait beaucoup de progrès dans ce domaine» et que «cela avait fait avancer la communion dans l’Eglise». «Ce mouvement doit continuer», a-t-il encore lancé.

Pour l’archevêque de Québec, il ne faut cependant «pas abandonner, ni sous-estimer», le fait que le pape soit «devenu la conscience morale de l’humanité». «Il est la référence dans cette mondialisation, les autorités politiques ayant peu de crédibilité en général», (.) et c’est une «richesse», a-t-il souligné. A ses yeux, il y a donc «un équilibre à trouver entre un rôle directif central et un rôle de participation des épiscopats nationaux et des structures synodales dans la direction de l’Eglise universelle», a conclu le prélat canadien. (apic/imedia/pr)

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