Controverse autour de la participation d’Abdullah Al-Turky
Bernard Bovigny, de l’Apic
Genève, 4 juillet 2004 (Apic) La communauté musulmane de Genève a planté une « Tente du dialogue » du 24 juin au 4 juillet dans le Parc Trembley. Une impressionnante palette de dix invités a investi les lieux, vendredi soir 2 juillet, pour un débat sur « Civilisations, cultures et spiritualité: comment vivre ensemble dans le respect et la paix ». La participation du secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Abdullah Al-Turkey, a alimenté la controverse.
Les trois participants juifs à ce débat ont fortement hésité à maintenir leur présence lorsqu’ils ont appris que le représentant islamique avait interdit la liberté de culte pour les non-musulmans en Arabie Saoudite lorsqu’il y exerçait la fonction de ministres des Affaires étrangères.
Mais le premier à tirer sur des invités controversés, vendredi soir, devant près de 200 participants, a été le municipal genevois Patrice Mugny. Lequel a reproché aux initiateurs de la « Tente du Dialogue » d’avoir invité un « révisionniste » en la personne du Père blanc Michel Lelong, défenseur de Roger Garaudy, mai qui s’est finalement désisté, et « quelqu’un qui interdit sur ses terres les lieux de prière pour les autres religions ». L’organisateur principal et animateur de la soirée Hafid Ouardiri ne s’est pas démonté. Il a répondu en faisant offrir au conseiller communal genevois une décoration pour sa contribution au dialogue entre les religions, remise par Abdullah Al-Turky lui-même !
Dans son intervention, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale n’est pas entré dans la polémique. Dans son discours, il a habilement mêlé les déclarations pacifiques, les dénonciations du terrorisme et les appels au respect des musulmans en Occident, tout en lançant quelques flèches contre ceux qui imposent « une tutelle sur le monde arabo-musulman ou des solutions, voire des projets », et ceci « sans tenir compte de l’avis des musulmans, sous prétexte de résoudre leurs problèmes et améliorer leurs conditions de vie! » Il a également souligné que « la question palestinienne a une influence primordiale dans l’émergence des positions extrémistes qui font perdre nombre d’occasions de compréhension et de dialogue fructueux entre l’orient te l’occident ».
Une poignée de mains pour seule réponse
Le Grand rabbin de Genève, Marc Raphaël Guedj, a confirmé durant le débat qu’il est venu avec hésitation, et avec beaucoup de questions. Il a demandé à Abdullah Al-Turky pourquoi il prône le dialogue lors de son intervention, alors qu’il n’accepte pas d’autres lieux de culte en Arabie Saoudite. Il a pressé les différents responsables musulmans présents sous la tente de lever toute ambiguïté dans leur intervention ou dans le choix de leurs invités afin de lutter ensemble contre les adversaires de la liberté religieuse. Là encore, le véritable dialogue n’aura pas lieu. Devant quitter les lieux durant la rencontre, en raison du Sabbat, la seule réponse que recevra le rabbin Guedj sera une poigné de mains chaleureuse de la part du secrétaire général de la Ligue islamique mondiale.
La soirée a également été marquée par l’intervention très « théâtrale » de Raymond W. Baker, président de « Christian and Muslim for Peace Society », venu exprès des Etats-Unis pour cette soirée qui a marqué le 25e anniversaire de la Fondation culturelle islamique et Mosquée de Genève.
Ce chrétien se présente comme Américain de souche, mais pas comme un peau-rouge. « Et-ce que j’ai l’air rouge ? », a-t-il lancé, avant d’expliquer que les conquérants européens étaient venus dire à ses ancêtres qui était Dieu, alors qu’ils voulaient en fait un bout de leurs terres. « En voyant les films américains, j’ai d’ailleurs l’impression que nous avons existé uniquement pour qu’on nous tire dessus », a-t-il commenté, avant de souligner que tous les participants à ce débat sont des enfants d’Abraham. S’empressant d’ajouter: « Nous nous battons comme des enfants, mais nous vivons en fraternité ». Se définissant lui-même comme « musulman » du fait qu’il se considère comme soumis à l’esprit de Dieu, il a insisté sur les valeurs de vérité et de justice comme fondements nécessaires pour bâtir la paix.
Protestations laïcistes et féministes
La « Tente des religions » a également été marquée, durant la semaine, par des mouvements de protestations de la part de milieux laïcistes et féministes venus dire leurs faits aux organisateurs. Lundi soir, des représentants de plusieurs associations sont intervenus pour dénoncer la participation de la « Fondation Cordoue », dirigée selon eux par un islamiste. Les critiques se sont élevées contre l’organisation de la rencontre et le soutien de la Ville de Genève à cette manifestation à hauteur de 20’000 francs.
Les quelques controverses qui ont marqué cette semaine la « Tente du dialogue » n’ont pas ébranlé Hafid Ouardiri, de la Fondation de l’Entre- Connaissance. Au contraire: « Cela fait partie du dialogue », a-t-il confié à l’Apic, « C’est le signe qu’il ne s’agit pas d’une série de monologues ».
L’affluence relativement modeste sous la tente – 200 participants à la cérémonie d’ouverture et à la soirée du 2 juillet, peut-être une centaine les autres fois – n’a pas été jugée décevante par le principal organisateur et homme à tout faire de la fête. « Nous n’avions aucune attente. L’objectif est donc atteint. D’autant plus qu’une majorité des participants sont des non-musulmans. Le but était justement d’instaurer le dialogue avec eux », a encore souligne Hafid Ouardiri.
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