Une Association gardienne de la basilique Saint-Pierre

Rome: La tradition au service des pèlerins et des touristes

De notre correspondant roman, Hervé Yannou

Rome, 13 juillet 2004 (Apic) Durant l’été, la basilique Saint-Pierre est, avec le Colisée, le monument le plus visité de Rome. Pour gérer le flux continu des visiteurs, des gardiens bénévoles veillent quotidiennement sur la vénérable église. Parmi eux, les membres de la prestigieuse Association des saints Pierre et Paul, celle que Jean Paul II appelle «l’Association de la maison du pape».

Giandomenico Panebianco est romain et ingénieur informaticien. Il est entré dans l’Association en 1996, à 25 ans. Un dimanche par mois, il endosse son costume bleu marine, noue sa cravate bordeaux, rayée aux couleurs argent et or du Vatican, et accroche au revers de sa veste sa plaque rouge de vigile aux armes de Pierre et Paul. Il arpente alors pendant 4h30 la basilique pour «faire en sorte qu’il ne se passe rien».

«Nous sommes les héritiers de la Garde palatine d’honneur, supprimée par Paul VI en 1970», souligne le président de l’Association, Gianluigi Marrone. Les anciens Gardes palatins, qui portaient sabre, colbach, plumet et fourragère, font toujours partie de l’Association et dans ce club de gentlemen, les femmes ne sont pas encore admises. «De l’esprit et de la tradition des Gardes palatins, nous avons hérité une foi sincère issue du peuple de Rome et un attachement filial, dévoué et inconditionnel au pape», déclare le président Marrone.

«L’Association a trois missions, explique Gianluigi Marrone, qui siège aussi au Parlement italien, la première est celle de l’assistance aux pèlerins à l’intérieur de la basilique. La seconde est le service lors des liturgies célébrées par le pape à Rome. Enfin, nous avons une activité caritative en participant à la cantine des religieuses de Mère Térésa installées au Vatican et au dispensaire pédiatrique de Sainte-Marthe installé derrière le siège de la poste vaticane. Mais nous avons aussi des activités culturelles, en particulier grâce à notre bibliothèque et nous participons aux tournois de foot qui voient s’affronter les équipes du Vatican».

Par cooptation

Cette année, ils sont 28 à avoir rejoint les rangs des quelque 600 membres de l’Association. Pour arriver au jour de l’adoubement, ils ont dû suivre chaque dimanche pendant deux ans une formation spirituelle, «dans une ambiance austère, formelle et hiérarchique, sans le droit à une seule absence injustifiée», souligne Giandomenico. Pas toujours facile à expliquer aux copains et aux petites amies.

On entre dans cette milice pacifique par cooptation. «J’ai rejoint l’Association car mon frère y était déjà et m’y a parrainé. Je voulais faire quelque chose de différent par rapport à ma vie d’étudiant, puis professionnelle. J’aime le contact avec les étrangers, l’esprit de collaboration, la disponibilité et les rencontres».

Giandomenico n’est pas un Italien comme les autres, il n’aime ni le foot, ni le café et toutes ces relations ne connaissent pas son activité au service du pape.»Généralement, je leur en parle quand nous nous connaissons mieux. Ils ne comprennent pas toujours très bien à quoi ça sert, mais trouve ça plutôt amusant. Par contre, je fais découvrir la basilique et ses petits secrets à mes collègues étrangers».

Etranges rencontres

Dans le petit monde de la basilique, on peut en effet faire d’étranges rencontres. «Il y a des habitués, que l’on voit quotidiennement. Pendant longtemps, il y avait une femme qui s’habillait en religieuse, mais qui ne l’était pas et faisait preuve d’une grande autorité envers nous. Pour elle, on ne faisait pas bien notre boulot», s’amuse Giandomenico, dont le plus beau souvenir reste la période du Jubilé de l’an 2000. «Une atmosphère de fête et de grande solidarité», précise-t-il.

Depuis les attentats de l’an 2000, les volontaires de l’Association sont plus vigilants. «Dès que quelqu’un a une attitude un peu suspecte par rapport à celle du touriste lambda, des personnes agitées, des sacs abandonnés, nous faisons appel aux gendarmes du Vatican qui patrouillent dans la basilique ou qui se trouvent avec nous à l’entrée, devant la Pietà ou à la chapelle du Saint-Sacrement. Nous avons très peu de contact avec la Garde suisse, davantage avec les San Pietrini», des étudiants des universités et des collèges pontificaux qui deviennent vigiles le temps de financer leurs études.

Giandomenico n’a pas de souvenir d’accident grave. «La peur du gendarme» suffit généralement à calmer les plus agités.

Le pic touristique du printemps

Giandomenico et les autres «sociétaires», comme ils se nomment, veillent aussi sur le bon déroulement de la dizaine d’offices religieux quotidiens et sont souvent pris pour des guides touristiques. «Nous répondons à toutes sortes de questions, dans toutes les langues du monde, dont on finit par connaître trois mots. Le plus souvent, on nous demande où l’on peut voir le pape, s’il est là. Ils veulent tous le voir. Beaucoup ne savent pas où ils sont et pensent parfois qu’ils sont entrés dans la chapelle Sixtine».

Cet été, il continuera à veiller sur Saint-Pierre.»Le pic touristique pour nous, c’est le printemps. Il y a alors beaucoup de Japonais et d’Américains. Mais la basilique ne désemplie vraiment jamais. Le problème c’est que les touristes considèrent de moins en moins la basilique comme un lieu de culte. C’est plus une sorte de musée, où l’on est cependant beaucoup plus libre de déambuler et où l’on peut se rafraîchir en se collant au marbre. Au moins, ils nous arrivent en général habillés», plaisante Giandomenico, qui regarde asser les touristes invités à recouvrir leurs épaules ou leurs jambes trop dénudées. (apic/imedia/pr)

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