Guatemala: Pour la première fois, 15 militaires condamnés pour le massacre d’indigènes
Guatemala Ciudad, 14 juillet 2004 (Apic) Sentence qualifiée d’historique au Guatemala. Pour la première fois, des militaires ont été condamnés pour le massacre d’indigènes. La peine est lourde pour un lieutenant et 14 soldats, reconnus coupables de la mort de 11 indigènes. Historique aussi: les tribunaux militaires ont été mis sur la touche pour statuer dans ce genre d’affaire.
« C’est une sentence qui a une énorme valeur, surtout, car au Guatemala lorsque des militaires ou des hommes politiques sont impliqués dans des épisodes de ce genre, leur responsabilité est toujours passée sous silence ». C’est en ces termes que Nery Rodenas, directeur du Bureau pour les droits de l’homme de l’archevêché de la ville de Guatemala (ODHAG), explique à Misna la signification de ce verdict « historique ».
Un verdict par lequel la justice guatémaltèque a condamné à 40 ans de prison un lieutenant et 13 soldats de l’armée pour le massacre de 11 indigènes, dont deux enfants, perpétré dans la communauté de « Aurora 8 de Octubre » à Xamán (département septentrional d’Alta Verapaz) en 1995.
« Je crois qu’il s’agit de l’une des rares fois, et sans doute l’unique, où les militaires sont reconnus coupables pour les abus commis contre les communautés indigènes durant la guerre civile » poursuit Rodenas, en se référant au long conflit qui, de 1960 à 1996, a ensanglanté le Guatemala.
« C’est la preuve que même dans ce pays, la magistrature peut faire son travail lorsqu’une volonté politique existe » ajoute le directeur de l’ODHAG, organisme fondé par Mgr Juan José Gerardi Conedera, sauvagement tué le 26 avril 1998. « Mais je ne sais pas s’il s’agit d’un premier pas vers la fin de l’impunité » conclut Rodenas.
Tribunal militaire mis sur la touche
C’est pour le délit d’exécution extrajudiciaire que le lieutenant Camilo Antonio Lacán Chaclán et les hommes qui formaient son peloton ont été condamnés par le tribunal de San Pedro Charchá. Dans la même sentence la cour a établi que dès à présent aucun tribunal militaire ne pourra plus juger des crimes commis contre la population civile.
Le 5 octobre 1995, 14 mois avant que la guerre ne s’achève, une patrouille de 25 soldats commandée par le lieutenant Lacán Chaclán a fait irruption à Xamán – où étaient réunis plusieurs indigènes réfugiés pendant 15 ans au Mexique durant l’une des périodes les plus féroces du conflit – et ont tués de façon indiscriminée des hommes, des femmes et des enfants.
Les soldats avaient déjà été condamnés en première instance mais en 1999 la Cour d’appel de Cobán avait acquitté 15 d’entre eux, dont le lieutenant, car il n’avait pas été possible de « prouver que leurs armes avaient effectivement été actionnées ».
Le verdict qui renverse aujourd’hui la situation, mais auquel la défense fera appel une fois le texte intégral de la sentence publié, a été accueilli avec satisfaction par le Prix Nobel pour la Paix Rigoberta Menchú. Elle avait dans le passé porté le cas de Xamán devant la Cour interaméricaine pour les droits de l’Homme.
Pas la fin des violences et des intimidations
« Je suis heureux de cette sentence exemplaire et je souhaite que le long chapitre des massacres, de la lâcheté des personnes armées contre d’autres sans défense soit finalement clos » a déclaré la dirigeante indigène maya. « Je suis triste en même temps de voir que plus de dix ans ont été nécessaires, marqués par une véritable guerre psychologique contre les parents des victimes, la communauté indigène de Xamán et la Fondation Rigoberta Menchú Tum ».
Ces dernières années, des épisodes de violence et des actes d’intimidation se multiplient cependant, en particulier contre les défenseurs des droits de l’homme. (apic/misna/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse