Un résultat attendu, prévisible et programmé de longues dates
La Paz, 19 juillet 2004 (Apic) Le référendum sur la politique énergétique de la Bolivie s’est achevé dimanche par la complète victoire programmée du « oui » sur les cinq questions posées aux citoyens. Le taux d’abstention au référendum s’est élevé à 41%, malgré les pressions gouvernementales et les sanctions qui guettent les abstentionnistes. Le président Mesa n’a pas pour autant gagné la confiance des Boliviens, dont l’avenir social ne s’annonce pas sous les meilleurs jours.
Le président bolivien Carlos Mesa a salué l’issue du suffrage comme « un tournant historique pour une nouvelle politique nationale sur les hydrocarbures ». Selon des estimations, considérées comme très fiables, 87% des Boliviens ont répondu « oui » à l’abrogation de la Loi 1’689 sur la réglementation du secteur de l’énergie, approuvée durant le gouvernement de l’ex-président Gonzalo Sánchez de Lozada, chassé du pouvoir le 17 octobre dernier suite à un soulèvement populaire réprimé dans le sang.
A la seconde demande, sur la possibilité de récupérer complètement la propre souveraineté sur les ressources nationales d’hydrocarbures, la population a répondu positivement à hauteur de 92%; la même approbation massive est intervenue, avec 87% des voix, en faveur d’une hausse de la capacité de rendement de l’organisme national pour l’exploitation des hydrocarbures, YPFB (Gisements pétroliers fiscaux boliviens) qui devrait désormais récupérer une part importante des actions actuellement détenues par des sociétés étrangères, effet d’un passé politique fortement orienté vers la privatisation. La victoire sur la quatrième demande a été en revanche plus hésitante, avec 58% de voix en faveur, portant sur la possibilité d’utiliser la problématique des exportations de gaz naturel comme une monnaie d’échange afin d’obtenir du Chili l’accès à la mer tant convoité et perdu par la Bolivie en 1879, à la fin de la Guerre du Pacifique. Le président Mesa a fait savoir qu’il a présenté une demande en ce sens aux autorités de Santiago avant même de connaître l’issue du référendum. Enfin un « oui » à 65% a été enregistré pour la dernière question sur la hausse des taxes et « royalties » sur la vente du gaz dont la Bolivie est un des principaux producteurs en Amérique du Sud.
Riche sous-sol, et populations miséreuses
Selon des données récentes, la Bolivie a un sous-sol fort riche, avec la seconde réserve de gaz naturel en Amérique latine, après le Venezuela, évaluée à environ 70 milliards de dollars. Attirées par la privatisation de ce secteur, et par les gains juteux pouvant en dériver, une vingtaine de sociétés étrangères et multinationales ont investi plus de 3,5 milliards de dollars pour exporter le précieux hydrocarbure, découvrant des gisements de plus de 150 milliards de mètres cube.
Malgré cette richesse potentielle, une bonne partie de la population vit dans des conditions d’extrême pauvreté, voire même de misère.
« Le référendum de dimanche, a été qualifié par les opposants de « muy tramposo », de tromperie, de piège en cinq questions. Les principaux syndicats boliviens appelaient au boycott de ce rendez-vous joué d’avance. Le président Mesa avait du reste mis sa démission dans la balance en cas de rejet. Autre reproche: ce référendum a été conçu de façon confuse et compliquée.
Selon Giovanna Vitrano, analyste pour l’observatoire andin « Selvas.org », et experte de la réalité bolivienne, le texte proposé était en réalité un duplicata de celui élaboré par Sánchez de Lozada lors de son premier mandat présidentiel, à une époque où « privatiser » fut le mot d’ordre.
Une lettre d’intention écrite d’avance
Par ce décret, relève-t-elle, l’autorisation est fournie aux multinationales d’extraire du gaz naturel et du pétrole, en continuant à reconnaître à la Bolivie des « royalties », qui sont de véritables oboles: la somme versée à l’Etat bolivien équivaut en effet à la moitié de ce qui est reconnu à tous les autres pays producteurs de pétrole au monde », assure-t- elle.
Selon Mme Vitrano, tout était d’ailleurs joué, programmé à l’avance. Elle rappelle que le 2 juin dernier a été signée à La Paz une « Lettre d’intentions » entre la Bolivie et le Fonds monétaire international, qui accompagne le « Memorandum of Economic and Financial Policies, and Supplementary Technical Memorandum of Understanding » par lequel la Bolivie s’engage à exporter ses propres ressources en hydrocarbures en septembre 2004, et dans tous les cas d’ici octobre 2004, sûr du résultat positif du référendum ».
Cela, conclut-elle, pourrait être lu comme la raison pour laquelle les questions du référendum ont été élaborées de façon confuse et compliquée. Ce qu, assure-t-elle, pourrait être en définitive « la raison pour ne pas trop croire en la nature démocratique de ce référendum ». (apic/misna/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/bolivie-referendum-sur-le-gaz-le-oui-l-emporte-aux-cinq-questions/