Amnesty dénonce des centaines de cas de violence sexuelle

Londres: Le viol des femmes comme arme de guerre au Darfour

Londres, 20 juillet 2004 (Apic) Dans un rapport publié le 19 juillet, Amnesty International recense des centaines de cas de violence sexuelle commis par les milices Janjawid contre les femmes et les fillettes, au Soudan, dans la région du Darfour. L’organisation de défense des droits humains exige que la communauté internationale « prenne enfin au sérieux le viol comme arme de guerre ».

« Les miliciens Janjawid violent et abusent des femmes et des fillettes devant les yeux de leur famille et de leur village. Ils enlèvent leurs victimes et les réduisent en esclavage sexuel », explique Annette Weber, qui a participé à une mission en mai dernier dans les camps de réfugiés soudanais du Darfour, au Tchad. Lors de presque toutes les attaques de villages répertoriées par Amnesty International, l’armée gouvernementale était soit directement impliquée, soit en tant que témoin direct. « Les viols de masse qui se poursuivent dans le Darfour sont des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », rappelle Amnesty International dans son rapport publié le 19 juillet, « Sudan, Darfur : Rape as a weapon of war, Sexual violence and its consequences ».

« Le viol des femmes est un système »

Le rapport, qui s’appuie sur des centaines de témoignages, raconte comment des femmes et des jeunes filles sont violées, enlevées et forcées à devenir des esclaves sexuelles par les Janjawid, milices arabes, soutenues par le gouvernement de Khartoum.

« Les viols sont un système. Les femmes ne sont pas seulement agressées en tant qu’individus, mais pour humilier toute une population. C’est le véritable objectif des Janjawid », dit Annette Weber. Les viols n’ont pas seulement un effet catastrophique sur la santé des femmes et des jeunes filles, mais ces dernières sont exclues de leur communauté.

Survivantes stigmatisées à vie

Les survivantes sont stigmatisées à vie et se retrouvent marginalisées à la fois vis-à-vis de leurs familles et de leurs communautés. « Cinq ou six hommes nous ont violées, l’un après l’autre, pendant des heures pendant six jours, toutes les nuits. Mon mari n’a pas pu me le pardonner, il m’a rejetée », a expliqué à la délégation d’Amnesty International une jeune femme du Darfour. Selon les témoignages de réfugiés soudanais, les miliciens Janjawid ont cassé les jambes de femmes et de fillettes pour les empêcher de s’enfuir.

Les collaborateurs d’Amnesty ont documenté des centaines de cas similaires dans les camps à la frontière du Soudan. Les viols systématiques sont des crimes de guerre, « mais la communauté internationale fait très peu de choses pour y mettre un terme », dénonce l’experte sur le Soudan.

Amnesty exige que l’on condamne le viol comme arme de guerre

Amnesty International exige que toutes les parties au conflit mettent un terme à ces pratiques et condamnent le viol comme arme de guerre.

Amnesty demande que les milices des Janjawid soient désarmées et dissoutes et que cessent leurs attaques contre la population civile; qu’une commission internationale d’enquête soit mise en place immédiatement pour examiner des éléments prouvant l’existence de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et autres violations du droit international humanitaire, viols et allégations de génocide notamment ; que les auteurs présumés d’attaques à l’encontre de civils, notamment de violences contre des femmes, soient traduits en justice lors de procès répondant aux normes internationales d’équité.

Les négociations piétinent

Tandis que les négociations sur le Darfour piétinent, la crise humanitaire s’aggrave dans cette immense province de l’ouest soudanais en proie à une guerre civile dévastatrice depuis bientôt un an. Les délégations des deux mouvements rebelles ont quitté Addis-Abeba, dimanche 18 juillet, sans avoir entamé de pourparlers de paix avec Khartoum. Le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et le Mouvement de libération du Soudan (MLS) ont estimé que le gouvernement soudanais n’avait satisfait aucune de leurs demandes, notamment sur la démilitarisation du Darfour. En dépit des efforts déployés par l’Union africaine (UA) et l’ONU, les deux parties ne se sont réunies qu’une seule fois et la rencontre a été un échec.

Le conflit, qui a déjà causé au moins 30 000 morts et 1,2 million de déplacés, est dans une situation humanitaire catastrophique, « la pire au monde » selon les ONG sur place. (apic/com/liberation/vb)

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