Ghana: Mise en garde contre la «réforme économique» à l’Alliance réformée mondiale

Un système économique injuste qui ne fait que détruire la vie

Accra, 4 août 2004 (Apic) La physicienne indienne Vandana Shiva, écologiste et auteur de 20 ouvrages, a interpellé les participants à la 24e Assemblée générale de l’Alliance réformée mondiale (ARM). Elle met en garde contre la connotation quasi-religieuse de la réforme économique. « Le mot ’réforme’ a été détourné », a-t-elle dit aux 400 délégués réunis à Accra au Ghana du 30 juillet au 12 août.

Dans un message repris par l’agence oecuménique ENI, Vandana Shiva explique que la réforme est perçue seulement comme « une réforme économique, qui est un montage dirigé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ou l’Organisation mondiale du commerce ». En fait, un système économique injuste qui prétend réformer le monde ne fait que détruire et anéantir « la vie dans sa plénitude », a-t-elle déploré en faisant référence au thème de la rencontre, « Que tous aient la vie en plénitude » (Jean 10:10).

Son message faisait écho à une question controversée, susceptible de diviser les délégués – le système économique mondial actuel devrait-il être rejeté comme un péché et une hérésie? – ce qu’avait fait l’ARM il y une vingtaine d’années en refusant le système sud-africain de l’apartheid.

Certaines Eglises réclament une dénonciation semblable du système économique mondial mais la question a déjà engendré des divisions entre des Eglises qui ont parfois des conceptions différentes de la mondialisation, rappelle l’agence ENI.

La vie n’a plus le droit de se dérouler dans la nature

« Le droit à l’eau, à l’alimentation, au travail et aux moyens d’existence – cela est contradictoire avec l’économie de marché », et la vie n’a plus le droit de se dérouler dans la nature », a affirmé Vandana Shiva dans son discours tenu le 30 juillet. « Toutes sortes de règles ont été établies qui tentent, de manière très subtile, de définir d’où vient la création. Or ce n’est pas de Dieu, c’est à la Bourse. »

« Plus il y a de vies tuées, de rivières empoisonnées, de femmes arrachées à leurs activités agricoles productives, de poisons répandus sur la planète, plus la croissance est supposée se produire. Je pense qu’il est temps pour les Eglises de réagi, a encore soutenu la physicienne indienne. Vandana Shiva dirige la Fondation de recherche pour la science, la technologie et la politique des ressources naturelles. En Inde, elle a fondé un mouvement de base pour la préservation de la bio-diversité et la défense des droits des paysans.

Le « pain quotidien », un brevet sur la vie?

Dans son allocution, Vandana Shiva a aussi attaqué les riches multinationales et ceux qui, dans le Nord, ne veulent pas partager leurs droits de brevets sur les médicaments porteurs de vie, ou ont acquis ces droits sur des ressources traditionnelles comme les plantes ou les semences aux propriétés médicinales, privant ainsi les communautés de leurs moyens d’existence. « J’espère que les Eglises rejoindront les mouvements de ceux qui luttent contre ces brevets sur la vie », a-t-elle déclaré, « car je suis convaincue que vous ne voulez pas que votre merveilleuse prière ’donne-nous notre pain quotidien’ ne devienne un brevet sur la vie! » (apic/eni/bb)

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