104e voyage de Jean-Paul II hors d’Italie
Rome, 11 août 2004 (Apic) A trois jours de son pèlerinage à Lourdes, le pape Jean Paul II est apparu en assez bonne forme le 11 août, lors de l’audience hebdomadaire dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo. Il a dédié la catéchèse à son voyage. Les déplacements du pape, âgé de 84 ans et atteint par la maladie de Parkinson, sont devenus une gageure pour les services du Vatican et les autorités locales devant accueillir le pape.
Jean-Claude Saucède, responsable du secteur pré-hospitalier, Samu, Smur et secours en montagne du centre hospitalier de Bigorre, qui réunit les anciens hôpitaux des villes de Tarbes et de Vic-en-Bigorre, d’une capacité de 1’119 lits et disposant de 1’800 agents, assure à Lourdes le dispositif sanitaire pour le pèlerinage de Jean Paul II, les 14 et 15 août prochains.
Le « dispositif pape », selon le jargon employé par les services sanitaires, « a été organisé à la demande des autorités du Vatican et du Service de protection des hautes personnalités à Paris », a expliqué le médecin urgentiste à I’Apic)
« Il s’agit avant tout de la mise en place de moyens terrestres suivant en permanence le pape dans ses déplacements, une ambulance équipée de matériel de réanimation, et une ambulance banalisée dans le cortège officiel. Ensuite, une antenne sanitaire discrète composée de quelques personnes est installée à proximité directe des lieux des cérémonies, afin de prodiguer au pape d’éventuels soins immédiats. Par ailleurs, un hélicoptère est prévu pour une évacuation dans le cas où des soins plus particuliers devaient lui êtres administrés dans des services spécialisés des hôpitaux les plus proches de Lourdes. Enfin, si nécessaire, une évacuation rapide vers l’Italie fait aussi partie de ce dispositif », a précisé le médecin.
« Les dispositifs sanitaires pour l’accueil des chefs d’Etat sont normalisés, standardisés. Ceux-ci ne posent pas de problèmes particuliers. La seule difficulté, c’est la confidentialité, le grand secret des dossiers médicaux des chefs d’Etat, et donc du pape », a souligné Jean-Claude Saucède, dont le centre hospitalier a reçu un résumé du dossier médical de Jean Paul II. « Nous ne sommes là qu’en appoint, souligne le docteur Saucède, il est déjà très entouré par sa suite, notre dispositif ne vient qu’en complément ». En effet, le pape est accompagné lors de ses voyages par son médecin personnel, Renato Buzzonetti.
Météo clémente
Pour le docteur Saucède, l’été relativement frais que connaît la Bigorre cette année est loin de la canicule de 2003. La météo annonce des températures maximales de 25° ou 28° pour le week-end du 15 août. « Les conditions médicales et sanitaires liées à la météo ne devraient pas poser de problème pour un pèlerin malade », estime le médecin français.
Malgré une santé de plus en plus déclinante au fil des années et de nombreux pics d’alerte, Jean Paul II est apparu en meilleure forme lors de ses dernières apparitions publiques. Si les symptômes de sa maladie de Parkinson restent très visibles, le pape a récupéré en partie de son élocution et une certaine souplesse de mouvements. Ses dix jours de vacances dans le Val d’Aoste en juillet dernier semblent lui avoir été bénéfiques, ainsi que la climatisation installée dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo.
La dernière grosse crise de santé du pape remonte à l’automne 2003. Un été d’éprouvante canicule passé dans sa résidence de Castel Gandolfo, marqué par des alertes cardiaques plus ou moins vérifiées ainsi que par des troubles intestinaux qui ont alors nettement affaibli le pape. Tout le monde pensait que le voyage en Slovaquie, en septembre 2003, aurait été le dernier. Mais Jean Paul II a repris son bâton de pèlerin pour se rendre à Bernes, en Suisse, les 5 et 6 juin 2004.
Voyages désormais adaptés
Devant la diminution des forces du pape, les organisateurs de ses voyages ont dû adapter toutes les structures de transport aux limites physiques de Jean Paul II. Depuis son voyage en Azerbaïdjan et en Bulgarie, en mai 2002, la plate-forme mobile, utilisée habituellement lors des cérémonies dans la basilique Saint-Pierre, sert aussi au cours des voyages. Le pape ne se déplace quasiment plus, utilisant lors de ses apparitions publiques une sorte de fauteuil-trône à roulettes, embarqué à son départ de Rome dans les soutes de l’Airbus A 321 affrété par la compagnie Alitalia. Les plates-formes élévatrices, permettant au chef de l’Eglise catholique de monter et descendre d’un avion, de monter dans sa papamobile et d’accéder aux tribunes sans trop de difficultés sont désormais systématiquement utilisées.
Par ailleurs, le logement de Jean Paul II doit dorénavant être adapté à sa condition physique. A Lourdes, il logera avec sa suite à l’Accueil Notre-Dame, bâtiment construit en 1997 pour héberger quelque 900 pèlerins malades. Il en a été de même lors de son voyage en Suisse, en juin 2004. Il avait alors séjourné dans une résidence pour personnes âgées.
Si le Vatican a toujours montré une grande réserve sur la santé du pape, ce dernier s’est parfois montré enclin à en parler. En juin 1994, alors qu’il était de retour au Vatican après une hospitalisation et que la presse mondiale commençait à parler de l’après Wojtyla, Jean Paul II s’adressait en riant à la foule réunie sur la place Saint-Pierre. « Chaque dimanche, faites un contrôle du pape, pour voir s’il va bien, ou s’il va mieux. Nous ferons notre possible ! »
Impact médiatique
« La fatigue de Jean Paul II est devenue un élément de son ministère qui restera dans le patrimoine de l’Eglise pour les futurs papes », avait pour sa part déclaré Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, le 9 mai 2001 à Maltes, lors de l’ultime étape du pèlerinage de Jean Paul II sur les pas de saint Paul. « Cette fatigue, avait-il ajouté, le pape ne la cache pas et tous, nous la connaissons et la voyons. Ce qu’il faut voir, c’est ce que Dieu lui permet de faire avec ».
Jean Paul II, malgré la diminution de ses forces physiques et une santé chancelante, continue à remplir sa charge. Les voix l’appelant à la renonciation se font de plus en plus sourdes. Il a réaffirmé en Suisse lors de son 103e voyage, « qu’il était beau de pouvoir se dépenser jusqu’au bout pour la cause du règne de Dieu ». A Lourdes, l’image du pape en chaise roulante, au milieu des autres malades, aura sans doute un fort impact médiatique.
Pourtant, cet infatigable voyageur au long cours devra sans doute, face à l’outrage des ans et de la maladie, se contenter de parcourir désormais des distances plus courtes, pour de plus brefs séjours. Ainsi, on attendait Jean Paul II au Mexique en octobre, il y a délégué un cardinal. Il reste les invitations de la Conférence épiscopale irlandaise à se rendre en Eire à l’automne, et surtout celle que lui a lancée le patriarche orthodoxe Bartholomé Ier à se rendre à Istanbul, à la fin du mois de novembre 2004. (apic/imedia/hy/pr)
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