L’icône ne vaut pas une visite du pape en Russie

Moscou: Le patriarche russe Alexis II boude l’icône de Notre-Dame de Kazan

Moscou, 13 août 2004 (Apic) L’icône de Notre-Dame de Kazan, que le pape souhaite remettre au patriarche orthodoxe russe Alexis II est un faux. Et pour remettre une copie de cette icône, a déclaré vendredi Alexis II au président russe Vladimir Poutine, le pape n’a pas besoin de se déplacer en Russie.

Jean Paul II fera remettre l’icône en question par deux cardinaux au cours d’une cérémonie qui aura lieu le 28 août à la cathédrale de la Dormition du Kremlin, a précisé le chef de l’Eglise orthodoxe russe, dont la visite à Poutine a été retransmise par plusieurs chaînes de télévision russes.

L’icône de Notre-Dame de Kazan est l’une des images de la Vierge les plus vénérées par les orthodoxes. Il s’agit d’un geste symbolique, destiné, assurait il y a peu le porte-parole du Vatican, à améliorer les relations entre les orthodoxes et les catholiques. Il y a quelques semaines, selon Joaquin Navarro Valls, le pape a fait savoir au patriarche de Moscou, Alexis II, son désir de donner à l’Eglise orthodoxe russe l’icône sacrée de Notre-Dame de Kazan.

Les spécialistes du ministère de la Culture, de l’Eglise orthodoxe russe et du Vatican ont constaté que l’exemplaire gardé à Rome était une copie de la fin du XVIIIe siècle, «une des nombreuses copies», mais non l’icône miraculeuse disparue au début du XXe siècle, a souligné Alexis II. «C’est pourquoi le pape n’a pas besoin de l’apporter en personne», a-t-il dit. Un commentaire auquel a répondu Poutine par un hochement de tête.

Un froid supplémentaire

Le Vatican espérait que la restitution de l’icône de Notre-Dame de Kazan permettrait au pape de faire ne serait-ce qu’une brève escale en Russie, un voyage auquel il est attaché depuis des années, sans pouvoir le réaliser en raison de l’opposition du patriarcat. L’attitude d’Alexis II ne contribuera sans doute pas à améliorer les tensions entre Rome et Moscou, entre catholiques et orthodoxes russes. Des relations qualifiées de froides par les observateurs, même si parfois un souffle plus tiède tente d’en atténuer les effets.

Les orthodoxes accusent les catholiques de «prosélytisme» dans leurs territoires. De même, la nomination d’évêques et la création de diocèses sur territoire russe et en Ukraine par le Vatican ont été mal digérées par les orthodoxes, emmenés par Alexis II.

«Depuis que le pape conserve cette icône sacrée, il a toujours été désireux de la restituer à la vénération du peuple russe», assurait-on à Rome. La date du 28 août prochain correspond à fête de la Dormition de la Vierge (l’équivalent de l’Assomption chez les catholiques, Ndlr) selon le calendrier liturgique orthodoxe.

Avant de restituer cette image sacrée au Russes, Jean Paul II procèdera à un acte de dévotion, dont la date n’a pas encore été fixée. Quant à la composition de la délégation du Saint-Siège qui se rendra à Moscou pour la remise de l’icône au patriarcat, elle devrait être connue ces jours.

La décision de remettre cette icône à la Russie coïncide avec la visite à Rome du patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomé Ier, au début du mois de juillet dernier.

Les tribulations de l’icône, de 1612 à la révolution russe

Peinte sur bois au 13e siècle, l’icône de Notre-Dame de Kazan a été apportée à Moscou en 1612, au moment où la capitale russe était occupée par les Polonais, pour implorer la protection de la Vierge en faveur de ses habitants. Depuis le début du 18e siècle pourtant, l’icône ne se trouvait plus à Moscou. A l’époque, le tsar Pierre le Grand décide son transfert à Saint-Pétersbourg, sa nouvelle capitale, où elle est placée dans une église construite sur le modèle de la basilique Saint-Pierre de Rome. Lors des révolutions russes du début du 20e siècle, l’église est pillée et transformée en «musée de l’athéisme», au lendemain de la révolution d’Octobre 1917. L’icône est alors vendue à l’étranger et passe entre les mains de plusieurs propriétaires. Elle est finalement acquise par un particulier qui la rend à l’Eglise orthodoxe russe des Etats-Unis.

L’icône reste chez les Américains, jusqu’à ce que dans les années 70, un groupe de catholiques américains obtienne qu’elle soit apportée à Fatima au Portugal. Elle est alors placée dans une petite église de style byzantin. Elle y demeure jusqu’en 1991, lorsque le pape, se rendant lui- même à Fatima, décide que l’icône serait transportée au Vatican et placée dans ses appartements.

En 2000 déjà.

La possibilité de la restitution de cette icône à la Russie a été évoquée à chaque fois qu’il a été question d’une rencontre entre Jean Paul II et le patriarche Alexis II. Le pape avait exprimé son désir de le faire en recevant au Vatican le maire de Kazan dans la République autonome de Tatarie, Kamil Ishkakovn, en octobre 2000. C’est aussi pour cela qu’une éventuelle étape dans cette ville avait été projetée en août 2003, lors d’un possible voyage de Jean Paul II en Mongolie. Ce projet n’avait pas pu se réaliser, d’une part à cause de la santé déclinante du pape, et d’autre part du fait des relations difficile avec le patriarcat de Moscou.

Enfin, Jean Paul II avait montré au président russe, Vladimir Poutine, la précieuse icône, lors de sa visite au Vatican, le 5 novembre 2003. Embrassant l’icône, le souverain pontife avait alors affirmé en russe qu’il «priait tous les jours pour la Russie» et son interlocuteur avait également vénéré l’image pieuse. (apic/pr)

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