Appel aux femmes et en faveur du respect de la vie

104e voyage de Jean Paul II: Une foule impressionnante accompagne le pape pour la messe

De notre envoyé à Lourdes, Hervé Yannou

Rome, 15 août 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II s’est adressé aux femmes dimanche à Lourdes et lancé «un appel pressant» en faveur du respect de la vie, condamnant ainsi sans les citer explicitement l’avortement et l’euthanasie.

Au second et dernier jour de sa visite à Lourdes, pour marquer la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, il y a 150 ans, le pape a concélébrée la messe dimanche, jour de l’Assomption, dans la Prairie des Sanctuaires. La cérémonie, qui s’est déroulée en présence d’une foule impressionnante de pèlerins rassemblée depuis l’aube sur la prairie du sanctuaire pouvant officiellement accueillir 300’000 personnes. Un nombre officiellement avancé par les organisateurs, dimanche. Un chiffre comparable à la foule de pèlerins qui avait accueilli le pape en 1983.

Toujours très marqué par la maladie de Parkinson, le pape n’est parvenu que difficilement à lire l’intégralité de son homélie, entrecoupée de multiples interruptions. Il semblait toutefois dans une meilleure forme que celle affichée la veille lors de son passage à la Grotte de Massabielle.

Durant près de deux heures et demie, près de 140 choristes ont animé la célébration, inaugurée par une lente procession d’hommes en blanc: cardinaux, évêques français et étrangers, cohortes d’enfants de choeur…

«De cette grotte, je vous lance un appel spécial à vous, les femmes. En apparaissant dans la grotte, Marie a confié son message à une fille, comme pour souligner la mission particulière qui revient à la femme, à notre époque tentée par le matérialisme et par la sécularisation», a déclaré le pape qui a été encouragé par la foule dans la lecture de son homélie.

Jean Paul II a demandé aux femmes d’être «dans la société actuelle témoin des valeurs essentielles qui ne peuvent se percevoir qu’avec les yeux du coeur. A vous, les femmes, il revient d’être des sentinelles de l’invisible», a-t-il poursuivi.

«Soyez des femmes et des hommes libres»

Il y a quinze jours, Jean Paul II avait dénoncé le féminisme radical dans une lettre adressée aux évêques de l’Eglise catholique. Le Vatican a également réitéré la semaine dernière la condamnation du clonage des embryons à la suite de la décision britannique d’autoriser les expérimentations en ce domaine.

Dimanche, le pape a demandé à tous les fidèles de «faire tout ce qui est en votre pouvoir pour que la vie, toute la vie, soit respectée depuis la conception jusqu’à son terme naturel. La vie est un don sacré, dont nul ne peut se faire le maître», a poursuivi le pape, qui a été ovationné après ces paroles par les pèlerins venus des cinq continents. «Soyez des femmes et des hommes libres», a déclaré Jean Paul II, qui a aussi rappelé «l’attention de Marie envers sa parente âgée», sa cousine Elisabeth.

«C’est un amour concret qui ne se limite pas à des paroles de compréhension mais qui s’engage personnellement dans une véritable assistance», a souligné le pape devant des milliers de pèlerins malades et les personnes qui les assistent, qui ont participé à la messe par différentes lectures.

Par ailleurs, le pape a souhaité saluer Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur, qui représentait le gouvernement français durant cette messe du 15 août. D’autres personnalités politiques françaises étaient aussi présentes au premier rang de l’assemblée, entre autres, Philippe Douste-Blazy, ancien maire de Lourdes et ministre de la Santé, et Jean-Luc Gaudin, maire de Marseille.

Après le second paragraphe de son texte, le pape qui a fait énormément d’efforts pour lire son texte, malgré de grandes difficultés d’élocution. Le pape a même interrompu sa lecture pour glisser un «Aidez moi!» en polonais en direction de son secrétaire qui ne le quitte pas d’une semelle. Après une nouvelle pause, il aurait dit: «je dois terminer». Un verre d’eau lui a alors été apporté pour l’aider à poursuivre.

«Nous vous attendions»

Jean Paul II est arrivé à 9h30 en papamobile sur la prairie des Sanctuaires chamarrée des drapeaux aux couleurs du Vatican, de la Vierge, de l’Italie, du Portugal, d’Allemagne, de Pologne, de confréries, de paroisses et de régions françaises. Traversant la foule, le pape a embrassé un bébé qui lui a été présenté.

«Depuis longtemps, nous vous attendions», a quant à lui déclaré Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, reprenant les paroles de son prédécesseur qui accueillit Jean Paul II à Lourdes en 1983. «Depuis près de 26 ans que nous vous connaissons comme pape, vous êtes devenu l’ami des bons et des mauvais jours, ami exigeant mais toujours cordial et chaleureux», a poursuivi le prélat français, dont les paroles ont été interrompues par des salves d’applaudissements. «Ami des prêtres, des diacres, des personnes consacrées, des familles, des enfants, des jeunes bien sûr, des malades, des hommes et des femmes, des personnages âgées et handicapées, parmi lesquelles vous n’hésitez pas à vous ranger», a-t-il poursuivi.

Quant à Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la Conférence des évêques de France, il a rappelé dans son introduction à la profession de foi que lors de son premier voyage en France en 1980, Jean Paul II avait demandé, «France, qu’as-tu fait de ton baptême ?».

Au début de la messe, Jean Paul II a béni l’eau qui jaillit dans la grotte de Massabielle. Une coupe la contenant lui a été présentée par des femmes vêtues de tenues traditionnelles du monde entier, représentant la diversité culturelle des six millions de pèlerins originaires des cinq continents se rendant chaque année en pèlerinage à Lourdes. Les cardinaux Angelo Sodano, secrétaire d’Etat, et Antonio Rouco Varela, archevêque de Madrid ont ensuite aspergé de cette eau la foule.

Financement et participation

Cette messe de l’Assomption, concélébrée par les cardinaux Roger Etchegaray, président émérite des Conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris et Godfried Danneels, archevêque de Malignes-Bruxellesle, ainsi que 30 évêques étrangers et 71 évêques français, a été dite en français, anglais, italien, espagnol, allemand et flamand.

La liturgie de l’Eucharistie a aussi vu le déroulement d’une nappe d’autel de 500 mètres, portée par des jeunes dans la prairie, pour symboliser l’union entre l’assemblée des fidèles et l’autel.

Les fidèles ont afflué tout au long de la nuit vers la prairie où s’est déroulée la messe de l’Assomption. A leur entrée dans l’enceinte des sanctuaires de Lourdes, un «sac du pèlerin» leur était distribué, contenant un livret de messe, une petite couverture en plastique noir pour pouvoir s’asseoir dans la prairie, un cierge, et un rosaire fabriqué en Terre Sainte.

Face au soleil ardent qui inondait la prairie des Sanctuaires, les autorités ont répété en différentes langues, les consignes pour les fidèles de se protéger du soleil et de s’hydrater. Par ailleurs, les pèlerins étaient invités à donner dix euros pour participer au financement du pèlerinage de Jean Paul II dont le coût, estimé à 1’480’000 euros, ne peut être supporté par le budget ordinaire des Sanctuaires de Lourdes. Des jeunes portant un tee-shirt vert et des urnes blanches ont ainsi invité les pèlerins a effectué ce don.

A l’issue de la messe, le pape a récité la prière de l’Angélus. 21 ans après son premier pèlerinage apostolique à Lourdes, il s’est alors adressé au jeunes, «spécialement à ceux venus à Lourdes pour servir les malades comme hospitaliers», se souvenant de ses rencontres avec eux en 1980 à Paris, lors de son premier séjour en France, puis à Lyon en 1986 et à Strasbourg en 1988, et enfin lors de son dernier séjour en France, lors des 12e JMJ qui se sont déroulées à Paris en 1997, où ils avaient été plus d’un million à venir l’écouter sur l’hippodrome de Longchamp. «Ces rencontres ont été pour moi le signe d’une grande espérance», a conclu le pape, très applaudi, qui sait rendu à huit reprises en France, ce qui fait de ce pays le plus visité par le pape après sa Pologne natale.

Dans l’attente du dernier acte

Jean Paul II Il a ensuite salué les fidèles en italien, espagnol, anglais, flamand, allemand, polonais et français, lançant alors un «merci de votre accueil. Merci à tous ceux qui se sont prodigués de toutes manières pour rendre possible ma venue parmi vous».

Le pape a quitté la prairie des Sanctuaires sur son trône monté sur une plate forme roulante, qui sert aussi à ses déplacements dans la basilique Saint-Pierre de Rome. Il est rentré à l’Accueil Notre-Dame pour y déjeuner en compagnie des membres du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France présents à Lourdes, les cardinaux français et des cardinaux et évêques de sa suite.

Après avoir pris congé des chapelains des Sanctuaires, des membres de l’organisation de sa visite, le personnel des Sanctuaires, rassemblés dans le jardin de l’Accueil Notre-Dame, Jean Paul II se rendra à nouveau à la grotte de Massabielle, pour la dernière étape de son pèlerinage, une prière personnelle, seul dans la grotte. Dernier acte de ce pèlerinage.

A 18h00 l’avion de Jean Paul II décollera de l’aéroport de Tarbes, marquant la fin de son second pèlerinage apostolique à Lourdes pour le 150e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, qui a donné une dimension particulière au 131e pèlerinage national à Lourdes.

L’avion du pape se posera à 20h45 à l’aéroport de Ciampino, au sud de Rome. Jean Paul II, après avoir reçu les honneurs des autorités italiennes, regagnera sa résidence d’été de Castel Gandolfo, près du lac d’Albano, à 9 Kms de l’aéroport. C’est de là qu’il se rendra à Lorette en Italie, autre grand sanctuaire marial, le 5 septembre 2004. (apic/imedia/hy/pr)

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