Une tuerie programmée dans « la logique » des atrocités
Gatumba, 15 août 2004 (Apic) Les obsèques des 159 personnes massacrées vendredi soir dans un camp de réfugiés tutsis congolais au Burundi, prévues dimanche, ont été reportées à lundi après-midi pour des raisons de logistique, a-t-on appris de source gouvernementale burundaise. Selon Médecins sans frontières, il pourrait y avoir plus de victimes encore.
« Tout n’est pas encore prêt, il n’y a pas encore suffisamment de cercueils, les tombes ne sont pas encore prêtes. Et on attend des membres des familles des disparus (en provenance) de Kigali et Kinshasa », a expliqué le ministre burundais de la Formation professionnelle Gaudefroid Hakizimana.
En outre, selon Médecins sans frontières (MSF), 108 autres personnes sont hospitalisées et des cadavres pourraient encore être cachés dans les marécages à proximité du camp, selon plusieurs sources.
La rébellion qui opère au Burundi, les Forces nationales de libération (FLN, hutu), a réaffirmé dimanche sa responsabilité dans cette attaque sanglante, perpétrée à la machette, au couteau, à la houe, à la grenade, à l’essence et avec des armes à feu. Elle a justifié cette attaque par la nécessité de combattre « la coalition négative de Tutsis » congolais, burundais et rwandais « qui se prépare à tuer (…) les Hutus » de la RDC.
« Human Rights Watch » le craignait, ce massacre
Dans un rapport publié en juin dernier à Bujumbura, « Human Rights Watch » relevait que toutes les parties en conflit au Burundi sont responsables de crimes contre les civils. L’organisation relevait: « On salue les progrès en faveur de la paix, mais la guerre continue pour des centaines de milliers de personnes.
Le rapport, intitulé « Suffering in Silence : Civilians in Continuing Combat in Bujumbura Rural », déclare que, dans les campagnes burundaises, les civils continuent à être victimes de tous les belligérants: les militaires de l’armée régulière, les nouveaux alliés des FDD (Forces pour la Défense de la Démocratie, anciens rebelles qui sont parvenus à un accord de paix avec le gouvernement au mois de novembre 2003), et les miliciens des Forces nationales de Libération (FNL). Malgré l’accord avec les FDD, les combats continuent à cause du refus des Forces Nationales de Libération de s’asseoir à la table des négociations.
Ceux qui en paient les frais sont les civils, contraints à abandonner les champs et les habitations pour fuir les violences. « Human Rights Watch » rapporte quelques exemples: à 15 km au sud de Bujumbura, 25.000 personnes ont été contraintes de fuir de la commune de Kabezi ; 25.000 autres ont fui la commune voisine de Mytambu, au sud-est de la capitale.
Le rapport de « Human Rights Watch » estimait enfin que la mission de paix des Nations Unies au Burundi (3’000 hommes environ, provenant d’Afrique du Sud, d’Ethiopie, et du Mozambique), devait travailler avec une plus grande détermination, et protéger la population civile. Le Burundi est le théâtre depuis 1993 d’une guerre civile qui oppose l’armée gouvernementale formée en grande partie de Tutsis, et plusieurs mouvements Hutus de guérilla. Le conflit a fait jusqu’à présent 300.000 morts. (apic/ag/fides/pr)
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