Venezuela: Chavez fête sa huitième victoire consécutive
Pierre Rottet, de l’Apic
Caracas, 16 août 2004 (Apic) Le président vénézuelien Hugo Chavez a gagné le référendum sur son mandat. Selon le Conseil national électoral vénézuélien (CNE), le chef de l’Etat l’a emporté avec 58,25% des voix contre 41,74% pour l’opposition. Ces chiffres sont fondés sur le décompte de 94,49% des suffrages exprimés, indique le CNE. Aucun chiffre officiel sur la participation – massive – n’a pour l’instant été donné.
Un premier décompte donne 4,991’483 de voix en faveur du «non», contre 3’576’515 en faveur des partisans du «oui».
Chavez a célébré avec la foule sa victoire. Le président vénézuélien est sorti sur le balcon du palais présidentiel à Caracas, peu après 4 heures du matin. Arborant une chemise rouge, il a chanté l’hymne national. L’opposition a de son côté annoncé qu’elle refusera de valider ces résultats, les qualifiant de frauduleux. «Nous rejetons fermement et catégoriquement ce résultat. Nous allons réunir des éléments afin de prouver au Venezuela et au monde la gigantesque fraude qui a été perpétrée contre la volonté du peuple», a déclaré le dirigeant de l’opposition Henry Ramos Allup, ainsi que son partenaire Haydee Deutsch, selon qui son camp «a gagné avec une large majorité». Ces derniers annoncent que 8,5 millions de personnes se sont déplacées aux urnes. Un chiffre que ne confirme pas la présidence du CNE. Les allégations de l’opposition ne sont pas partagées par les observateurs de l’OEA.
Chaos redouté
Le chaos que cherchera sans doute à imposer la droite pour faire accroître l’idée selon laquelle le pays est ingouvernable avec Chavez, risque fort de déboucher sur de nouvelles tensions, craignent les observateurs.
Serein, Hugo Chavez a rétorqué à l’opposition: «Maintenant, il est impossible que la tendance victorieuse du «non» soit renversée. Il a appelé le camp du «oui» à accepter ce référendum comme «une victoire nationale». Il dit n’avoir jamais douté de la victoire, et a indiqué que son gouvernement garantira la stabilité du marché pétrolier mondial, dans un discours après l’annonce de sa victoire. «Aux pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, j’indique que mon gouvernement garantit la stabilité du marché mondial du pétrole et l’intégration de l’OPEP afin de défendre les intérêts de nos peuples», a tenu à rassurer Hugo Chavez. Le Venezuela est le cinquième exportateur mondial de pétrole. Les conséquences: le prix du brut, en hausse constante ces derniers jours, s’est effrité après l’annonce de la victoire de Chavez et de «sa révolution bolivarienne».
Sitôt la nouvelle connue, les pro chavistes ont laissé éclaté leur joie. Tôt lundi matin déjà, des milliers de partisans de Chavez avaient en effet convergé vers le palais présidentiel, pour appuyer leur leader. Le scrutin, sous très haute surveillance militaire et policière, avec près de 120’000 hommes mobilisés, a été émaillé d’un incident majeur. Une femme a en effet été tuée et dix autres blessées par balles, dimanche. Un groupe d’hommes armés a ouvert le feu au cours du référendum sur une file d’électeurs devant un bureau de vote dans la banlieue de Caracas.
Jusqu’au bout du mandat
Le président du CNE, Francisco Carrasquero, a proclamé dans la nuit de dimanche à lundi, peu après 3h30, que Chavez «devait terminer son mandat, jusqu’au terme, prévu en janvier 2007″. Carrasquero a souligné qu’il s’agissait là d’»un résultat préliminaire officiel du CNE». Il s’agit de la huitième victoire consécutive du clan Chavez: deux présidentielles et six consultations et référendums.
Interrogé par «Cadena Global», l’ex-président des Etats-Unis, Jimmy Carter, présent à Caracas en qualité d’observateur international, a relevé qu’il n’avait jamais vu de sa vie des queues humaines aussi grandes en attente devant les bureaux de vote. Dans la nuit, Carter et César Gaviria, secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA), observateur lui aussi, ont été reçus au siège du CNE, après s’être entretenus avec les principaux leaders de l’opposition. Ces derniers, au nom de l’OEA qu’ils représentent, ont avalisé les mécanismes techniques et logistiques qui ont conduit à ce référendum, ainsi que pendant le scrutin. «Les résultats seront transparents et fiables, ils reflèteront la volonté des électeurs».
Quelque 14 millions d’électeurs décidaient dimanche de l’avenir politique du président Hugo Chavez lors d’un référendum au cours duquel il leur était demandé s’ils voulaient que le chef de l’Etat soit révoqué ou reste au pouvoir.
Conforme à la volonté des électeurs
Ce rendez-vous représentait une première non seulement pour le Venezuela mais aussi en Amérique latine, si ce n’est dans le monde. Pour la première fois, une ordonnance constitutionnelle a permis au peuple de recourir à un référendum pour entamer un processus de révocation présidentielle. Avec une condition: que 20% au moins de l’électorat le demande à la mi-mandat, conformément à la Constitution «bolivarienne. Une «aubaine» que les opposants de Chavez ont saisi en juin dernier en déposant 2’451’821 signatures recueillies avec peine. Cette Constitution a été proposée par Chavez lui-même et approuvée par le peuple en décembre 1999. Sur la base de ce texte, le président, élu en 1998, avait organisé un nouveau scrutin, qu’il devait remporter en 2000 pour un mandat de six ans.
L’opposition, regroupée sous la bannière d’une trentaine de partis et d’associations anti-chavistes, majoritairement formée de la «Coordination démocratique», des milieux du centre droit, de droite, des patrons, de l’oligarchie et d’une partie de l’Eglise catholique, réputée conservatrice, a donc raté son pari de renverser légalement le président Chavez. Cela, après la tentative de coup d’Etat, dans la nuit du 11 au 12 avril 2002.
Division accrue?
Ce scrutin pourrait marquer davantage encore le pays, et une société plus ou moins divisée en pro et anti chavistes. Selon les observateurs, il serait étonnant que l’opposition s’en tienne au verdict des urnes. Plusieurs jours avant le référendum, elle et les médias, à 90% en mains de grands groupes, opposés à Chavez, dont, principalement, quatre grandes chaînes de TV, préparaient déjà leur troupe en vue de l’après référendum. En parlant d’ores et déjà de fraudes.
Pour sa part, le gouvernement de Chavez avait assuré qu’il respecterait le verdict des urnes, «quel qu’il soit». L’opposition ayant elle déclaré qu’elle reconnaîtrait le résultat seulement si la communauté internationale le considère valide. (apic/pr)
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