Enquête sur le massacre de 150 réfugiés tutsis

Burundi: Fermeture de la frontière avec la République démocratique du Congo

Bujumbura, 17 août 2004 (Apic) Le Burundi a décidé de fermer la frontière avec la République démocratique du Congo afin d’enquêter sur le massacre d’au moins 150 réfugiés banyamulenge (tutsi congolais), en majorité des femmes et des enfants. Ils ont été tués vendredi soir par des hommes armés dans le camp de réfugiés de Gatumba, à quelques kilomètres de la frontière.

La fermeture de la frontière a été annoncée par le porte-parole de l’armée burundaise, Adolphe Manikariza. Lundi, les victimes ont été enterrées collectivement, relate l’agence d’information catholique Misna.

Le massacre a suscité une réaction unanime d’indignation de la part du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, du Conseil de sécurité des Nations Unies, des missions de paix du Palais de Verre au Burundi (connue comme ONUB) et au Congo (la MONUC), ainsi que de nombreux gouvernements. Jean Paul II a également exprimé ses condoléances dans un télégramme envoyé par le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, au nonce apostolique au Burundi, Mgr Paul Gallagher.

Deux versions discordantes concernent le nombre de morts. Pour la mission ONUB, il y aurait 150 victimes; le bilan fourni par l’armée burundaise parle en revanche de 162 victimes, auxquelles s’ajoutent 110 blessés. Selon Alexis Kamana, responsable des réfugiés tutsis congolais, une trentaine de personnes seraient encore portées disparues.

Protestations contre l’opération de paix de l’ONU au Burundi

Des milliers de personnes se sont réunies autour de la grande fosse – large de 20 mètres et longue de près de 30 mètres, creusée non loin du camp de Gatumba – où ont été déposés le 16 août les corps des victimes, qui pourraient être ensuite transférés au Congo. La cérémonie funèbre a été présidée par des représentants des Eglises catholique et anglicane, tandis que quelques dizaines de personnes ont protesté contre l’opération de paix de l’ONU au Burundi. Le chef d’Etat de Bujumbura, Domitien Ndayzeye, était lui aussi présent: « Nous espérions être sortis d’un conflit pour aller vers la paix mais certains de ceux qui sont contre la paix veulent transformer notre pays en un champ de bataille ».

Aucune certitude n’a été exprimée pour l’instant sur les responsabilités de l’attaque à Gatumba, mais des échanges d’accusation ont eu lieu. Pour les forces armées burundaises, le massacre a été perpétré par des éléments des Forces nationales de libération (FNL), le dernier groupe armé hutu en lutte contre le gouvernement de Bujumbura, auxquels se seraient ajoutés des miliciens provenant du Congo voisin. Samedi dernier, les FNL avaient revendiqué l’attaque, affirmant qu’ils voulaient frapper une base militaire de l’armée proche du camp de réfugiés. L’Union Africaine – par le biais du président actuellement en charge Olusegun Obasanjo – a fait savoir qu’elle enverra sur place sa propre commission d’enquête, qui s’ajoutera à celle mandatée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Entre temps, Ruud Lubbers, haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, a demandé au gouvernement du Burundi de réaliser une autre structure pour les réfugiés congolais et de garantir leur protection.

300’000 victimes de la guerre depuis 1993

Le massacre de Gatumba est survenu à la veille d’un important sommet régional des Grands Lacs sur la transition au Burundi, où la guerre ayant débuté en 1993 a provoqué plus de 300’000 victimes, en grande partie des civils, et au moins 700’000 réfugiés, dont un grand nombre se trouve en Tanzanie. Au Burundi, ont fui en revanche plus de 20’000 banyamulenge (tutsis) des provinces orientales du Nord et du Sud Kivu, dans l’est du Congo, où depuis plusieurs mois des affrontements entre l’armée et les milices locales ont repris. Dans ces mêmes zones se cachent les extrémistes rwandais hutus (les milices dites « Interahamwe ») impliqués dans le génocide qui a provoqué entre 500’000 et 800’000 victimes en 1994. (apic/misna/bb)

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