23 août: Le monde entier célèbre la fin du commerce des esclaves

Paris: Journée mondiale de l’esclavage et de son abolition

Paris, 23 août 2004 (Apic) L’Unesco ayant proclamé le 23 août Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, on célèbre la fin de l’esclavage historique, mais des millions de personnes dans le monde vivent comme des esclaves sans que ce nom au sinistre passé soit évoqué. La date du 23 août commémore la révolte des esclaves en Haïti, en 1791, suivie de l’indépendance du pays, en 1804.

Le 23 août 2004 rappelle deux événements fondateurs : la révolte des esclaves de Saint-Domingue dans la nuit du 22 au 23 août 1791 et son héros, Toussaint Louverture (1743-1803), qui aboutira à l’indépendance d’Haïti en 1804.

Proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies Année de commémoration de la lutte contre l’esclavage et de son abolition, 2004 marque en effet à la fois le bicentenaire de la proclamation du premier État noir, Haïti, symbole du combat et de la résistance des esclaves, et le triomphe des principes de liberté, d’égalité, de dignité, des droits de la personne issus de la Révolution française.

L’esclavage, comme forme d’appropriation d’un individu et de sa force de travail par un autre individu, existe depuis l’Antiquité. Étaient en effet esclaves, souvent, des peuples vaincus qualifiés souvent de « barbares », ou des condamnés pour dettes. Telle était la pratique des Égyptiens, des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains.

Dès le Moyen-Âge, des réseaux de pistes acheminant les esclaves depuis le coeur de l’Afrique sont entretenus par les Arabes : le réseau saharien, nilotique (relatif au Nil est à son delta) et des Grands lacs africains.

La traite des Noirs à grande échelle

Avec la découverte de l’Amérique par les Occidentaux, la traite des Noirs à grande échelle se met en place. Les Espagnols et les Portugais, qui se sont partagés le Nouveau Monde dès 1493, désirent mettre en valeur ces contrées mais, dans certaines régions, aux grandes Antilles en particulier, les populations sont décimées par les guerres, les maladies importées d’Europe et aussi par les mauvais traitements.

Or, l’exploitation des terres américaines, des mines d’or et d’argent, nécessite une main-d’oeuvre abondante, robuste et, si possible, bon marché. Les Indiens feront l’affaire. Bartolomé de Las Casas, fils d’un des compagnons de voyage de Christophe Colomb, qui deviendra prêtre dominicain, sera le défenseur des Indiens, vendus avec les terres comme de simples choses.

En Europe déjà, des intellectuels comme Montaigne commencent à s’indigner et à se poser des questions. Ces Indiens sont-ils vraiment des hommes : ont- ils une âme ? Et sera-t-il possible un jour de les convertir au catholicisme? Las Casas prend leur parti et ses prêches deviennent de véritables réquisitoires contre les privilèges que se sont octroyés les Espagnols sur le dos des autochtones. Il sera désormais la « mauvaise conscience des conquistadores ». Toutefois, il préconise d’aller chercher les Africains, plus vigoureux. On pensait alors qu’un Africain avait une force de travail supérieure à celle d’un Indien.

La France et son fameux Code Noir

La France innove en codifiant le statut de l’esclave noir. Colbert, sous Louis XIV, réglemente l’esclavage en promulguant le fameux Code noir en 1685, c’est-à-dire en rendant l’esclavage officiel. Selon les historiens, l’esclavage qui a frappé la communauté indienne d’abord et noire ensuite est d’une autre nature. La traite négrière est un commerce parfaitement réglementé. Elle se développe très rapidement et est connue sous le nom de commerce triangulaire. Sont capturés et vendus des hommes, des femmes et des enfants.

On estime que les différentes traites négrières ont coûté la liberté à environ 25 à 30 millions de personnes déportées, sans compter les morts sur les navires, lors des guerres et des razzias.

Les révoltes d’esclaves ont été nombreuses et réprimées dans le sang. Parfois avec les premiers soutiens de Blancs. Comme celle qui en 1859 en Virginie fut menée par John Brown, qui pilla un dépôt d’armes pour aider ses protégés noirs. La révolte échoua et Brown fut pendu quelques semaines plus tard. Plus de trois ans après, le président Abraham Lincoln proclamait l’abolition de l’esclavage.

Comme l’a rappelé le directeur de l’Unesco, Koichiro Matsuura:  » Le commerce des esclaves et l’esclavage constituent l’un des chapitres les plus obscurs de l’Histoire du monde (.). Assurer une prise de conscience universelle de la tragédie du commerce des esclaves et de l’esclavage est une mission essentielle significative non seulement pour le passé mais aussi pour le présent et le futur. »

20 millions de personnes dans le monde peu ou prou esclaves

Aujourd’hui le travail forcé touche 20 millions de personnes dans le monde, le travail des enfants 179 millions, l’exploitation sexuelle des enfants et le trafic plus de 800’000 personnes. Le rapport de l’Unicef paru en avril 2004 couvre 53 pays africains dans lesquels les enfants sont les victimes les plus courantes, forcés à devenir des esclaves, recrutés comme enfants soldats ou vendus dans le commerce de la prostitution.

Aux Etats-Unis: environ 20’000 personnes sont victimes de trafic humain chaque année. En république dominicaine: des centaines de milliers de Haïtiens travaillent dans les plantations de sucre dans des conditions indignes.

Au Brésil: environ 25’000 personnes travaillent comme esclaves de paysans, souvent dans la déforestation.En Mauritanie: malgré son abolition en 1981, l’esclavage perdure avec 1 million d’esclaves héréditaires.

L’esclavage et la traite, ainsi que l’enrôlement des enfants perdurent au Soudan, en Albanie, au Pakistan, aux Emirats arabes unis, à Burma, en Thaïlande (esclavage sexuel). Triste palmarès. (apic/bbcnews/unesco/vb)

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